Je me souviens, à l'école primaire, de certaines réactions
quant au fait de ne pas pouvoir remettre un devoir dans les délais prévus : «
Ben, c'est pas de ma faute, je l'avais oublié hier pis je ne pouvais pas
revenir le chercher! »
Une candeur certaine dans le fait qu'on ne voyait pas la
contradiction en : je l'ai oublié et c'est pas de ma faute. Candeur toute
juvénile.
Mes parents n'acceptaient pas ce type d'argument. « C‘est la
faute à qui, si c'est toi qui as oublié ? » Ils avaient cette façon de nous
ramener à la base de nos responsabilités personnelles. Ils ne nous mettaient
pas le poids du monde sur les épaules, mais nous faisaient comprendre que nos
épaules étaient bien assez fortes pour supporter le poids de nos bévues.
À défaut de tout régler, voilà que ça venait nous dire qu'on
avait une responsabilité dans le déroulement de notre quotidien.
Candeur juvénile, disais-je. Des fois, souvent, je me
demande si on a grandi, collectivement.
« C'est pas de ma faute... »
J'entendais, l'autre jour, un message du Bureau d'assurance
du Canada. Celui-ci en appelait à la notion de double sens dans la gestion de
nos réclamations. Ne pas réclamer pour rien, d'une part, et de le faire de
façon transparente et honnête si vous avez à le faire.
Après tout, poursuivait-on dans le reportage, les primes
d'assurances sont directement liées aux réclamations. On aurait pu ajouter
qu'elles sont aussi liées au maintien de leur généreuse marge bénéficiaire,
mais bon.
Je comprends tout ça. Aucun problème. L'équation fonctionne
dans ma tête.
Mais après, voilà que je m'installe devant le téléviseur et
que je suis bombardé de publicités qui deviennent presque agressantes. Celles
de Trivago, dans lesquelles l'acteur principal a résolument trop de dents
beaucoup trop blanches et qui chuinte tellement les mots cherchent un espace
pour sortir de sa bouche.
Mais elle n'a pas de rapport avec cette chronique ! Ça fait
juste du bien de le mentionner...
Au-delà de cette désagréable prestation (et il y en a
d'autres!), il y a aussi ces publicités qui envoient un message bizarre. C'est
le cas des assureurs généraux.
Des annonces qui viennent faire la promesse que, peu importe
ce qui arrive, à la maison, que ce soit gros ou pas, tu peux réclamer. Ton
chien a bouffé une partie du divan? C'est couvert! Ton aspirateur-robot détruit
des trucs? C'est couvert! Tout ce qui peut arriver est couvert. C'est pas beau,
ça?
Non seulement c'est couvert, mais la réclamation se traite
en quelques secondes et le paiement et les réparations sont faits sans même
qu'on s'en aperçoive tellement c'est efficace et rapide...
Ouin...
Les réclamations ne se passent pas toujours aussi bien. Et
tout n'est finalement pas couvert, au final. Alors, quand le Bureau d'assurance
du Canada (BAC) nous rappelle que la transparence et l'honnêteté priment, les
bémols apparaissent dans ma tête.
Mais voilà, on est prêt à tout pour que les gens changent de
compagnie d'assurances pour adhérer à la nôtre.
La chose ne serait peut-être pas si grave (c'est la 2e fois
que j'en parle, quand même!) si elle ne reflétait pas notre comportement en
société.
Le concept de responsabilité personnelle dans les sphères
directes de nos vies quotidiennes n'est pas gagné!
Par exemple, on le voit avec le comportement de plusieurs
personnes par rapport à la gestion de leurs déchets. « Je laisse traîner ça...
quelqu'un devrait le ramasser éventuellement, j'imagine... » Le printemps est
révélateur des choses qui traînent, incluant les défections des chiens dans les
sentiers balisés. La neige fond.
On ne peut pas régler tout ce qui ne va pas dans le monde.
On ne peut être responsable de tout.
Mais ce qui nous concerne, nous concerne !
Clin d'œil de la semaine
Mot d'espoir : « C'est pas de ma faute, j'étais
saoul! » Voilà un argument qui était recevable dans les années 1960-1970. Plus
maintenant. On peut se responsabiliser, faut croire...