Saviez-vous que 93 % des plastiques dans le monde sont
fabriqués à partir de combustibles fossiles (pétrole et gaz naturel), que 6%
proviennent de plastiques recyclés et 0,6 % de la biomasse (plantes). (OCDE
2023).
Du pétrole au plastique
Du puits, le pétrole est transporté vers une raffinerie. Il
est alors raffiné selon son usage futur : essence, diesel, kérosène ou naphta.
Les trois premiers produisent des carburants (énergie), le naphta produit des
matériaux (plastiques, diluants, résines de synthèse, etc.).
À partir du naphta, chauffé à 850 ℃, on produira
des molécules simples comme l'éthylène, le propylène, le benzène, Une
ultime transformation (polymérisation)
produira du polyéthylène
(sacs de plastique), du polypropylène
(contenants), du polystyrène (produits isolants et comme protection dans les
emballages) et du téréphtalate (PET) (bouteilles, pièces d'auto). Cette
transformation à partir du naphta est l'affaire de la pétrochimie. Cette
dernière consomme environ 15 % du pétrole mondial.
Le plastique est utilisé dans tous genres de produits :
véhicules, jouets, stylos, vêtements, brosses à dents, matériel médical, etc.
Le plastique est lié très étroitement à nos modes de vie et il faut du pétrole
pour en fabriquer, les deux sont étroitement imbriqués.
Le plastique et l'environnement
Nous savons que pour sauvegarder notre civilisation, il faut
abandonner les énergies fossiles. Nous avons des raisons supplémentaires de se
départir du plastique : il pollue l'environnement et il est difficilement
recyclable.
111 millions de tonnes de plastique se retrouvent dans
l'océan chaque année.
Les microparticules sont ingérées par la faune aquatique et
on en retrouve de plus en plus dans l'eau que nous utilisons et buvons.
Selon Statistique Canada, nous réussissons à n'en recycler
que 7 % à 9 % alors que 83 % irait à l'enfouissement ou à l'incinération et on
en exporterait quelque 9 %. Autre donnée à considérer : 40 % servirait aux
emballages.
Le plastique est difficile à recycler du fait de la
production de différents plastiques et souvent de l'amalgame de plusieurs
plastiques dans un même produit.
Sortir des
énergies fossiles
Au niveau du climat, le défi est double: sortir le pétrole
du secteur de l'énergie et le sortir ou le réduire au maximum du secteur des
autres produits.
Plusieurs pays ont pris au sérieux les objectifs de l'accord
de Paris en 2015 et ont mis en place des objectifs et des programmes de
décarbonation. L'électrification des transport étant un très gros morceaux, des
pays comme la Suède, la Norvège, les Pays-Bas, la France, la Suisse, etc.
progressent bien.
Le Canada commençait à diminuer ses émissions de GES mais
depuis l'élection de Mark Carney un recul important est en train de se
produire.
Les pétrolières se recyclent
Des scientifiques, dont ceux de l'Agence internationale de
l'énergie (AIE), prévoient que les énergies renouvelables vont bientôt
entrainer le déclin du pétrole comme carburant. L'industrie pétrolière a déjà
commencé à planifier une alternative : utiliser le pétrole en pétrochimie
(plastiques, solvants, matériaux synthétiques, etc.).
Toujours selon l'AIE, la pétrochimie pourrait représenter
plus du tiers de la croissance de la demande de pétrole d'ici 2030 et près de
50 % d'ici à 2050. On constate donc une bifurcation de l'utilisation du pétrole
vers les plastiques et les produits chimiques.
En effet, les grandes pétrolières investissent de plus en
plus dans l'industrie pétrochimique qui viserait à transformer directement le
pétrole en matières plastiques plutôt qu'en carburants. Aujourd'hui, on produit
entre 400 millions à 460 millions de tonnes/an de plastiques. Selon l'industrie
pétrolière, l'on atteindrait entre 1 000 à 1 200 millions de tonnes/an en 2050. Cette dernière
croit donc que l'avenir du pétrole est dans le plastique et se prépare en
conséquence.
L'influence du lobby pétrolier au Canada
Après un long processus, le gouvernement canadien a
interdit, en juin 2022, la fabrication, l'importation et la vente de quelques
produits de plastique à usage unique : sacs d'emplettes, ustensiles, pailles,
bâtonnets, contenants difficiles à recycler. Ce règlement s'inscrivait dans «
l'objectif de zéro déchet de plastique d'ici 2030 et de contribuer à réduire
les émissions de GES».
Un mois plus tard, le 15 juillet 2022, la Coalition pour une
utilisation responsable du plastique conteste l'intervention du gouvernement,
La cause se rend jusqu'en Cour d'appel fédérale. Cette dernière statue que le
gouvernement est en droit de légiférer donc d'interdire des produits en
plastique (janvier 2026).
Qui étaient derrière la contestation ? L'industrie de la
pétrochimie dont DOW Chemical Canada et le plus grand producteur de résines
plastiques en Amérique du Nord, NOVA Chemicals Corporation ainsi que la
pétrolière Imperial Oil. Ajoutons la dizaine d'entreprises de la fabrication,
du recyclage et de la distribution des plastiques par le biais de la Coalition.
Le plan gouvernemental vise officiellement le zéro déchet
plastique en 2030. Dans 4 ans. Irréaliste, insuffisant s'insurgent le mouvement
écologiste et plusieurs experts : nous n'arriverons jamais à atteindre cet
objectif, le plan est beaucoup trop timide.
Écueils à l'horizon
Le GIEC nous répète que les cibles sont de réduire les
émissions de GES de 50 % en 2030, atteindre la carboneutralité en 2050 et
rétablir le climat en l'an 2000. Croyez-vous
vraiment que nous nous dirigeons vers « la sortie des énergies fossiles
« et que, pour se faire, nous sommes prêts à « changer radicalement et
rapidement nos modes de vie » ?
Yves Nantel
Avril 2026