Les messages affluent. Messenger, textos, courriels, toutes
les formes sont bonnes.
Nous vivons dans une ère de rapidité et de performance. Dans
ce contexte, chaque mot contient trop de lettres, alors on invente un langage
qui ne garde que quelques lettres de chaque mot. Notre cerveau comblera les
lettres manquantes et il nous permettra de comprendre les mots lancés à la
sauvette. Je ne sais pas ce qui arrivera à cette relation que fait le cerveau
quand il n'aura jamais vu la version complète du mot. Mais bon...
En plus, bien la ponctuation, c'est bien trop long! On
enlève. Et les majuscules ? Gossage. On enlève aussi.
À l'oral, les messages écrits finissent par ressembler à des
messages vocaux hachurés parce que le signal cellulaire est mauvais.
Voilà ! Je viens de décrire le lot des communications
quotidiennes de la nouvelle génération.
Un jour, quand je me demanderai ce qu'il est advenu des
nuances, je reviendrai à cette introduction de chronique!
Mais dans cette ère de bousculade où les regards sont
orientés vers le sol parce qu'on regarde l'écran qu'on a en main, il me revient
cette expression : prêter attention.
Les algorithmes et l'ambiance quotidienne se liguent pour
nous faire oublier de prêter attention. De prendre du temps pour observer.
Réfléchir. Ou juste contempler le beau qui nous entoure.
Les images de nature qu'on nous propose en version
parfaitement retouchée sont léchées et sollicitent une partie de rêve en nous.
Ce coucher de soleil où les couleurs chaudes se mêlent pour offrir un spectacle
grandiose de la perfection du moment. Au moment où ces photos sèment l'idée
d'être là, sur place, tellement la perfection est magnifique. Voilà que deux
choses me viennent à l'esprit. D'abord, les retouches et le léchage
photographique enlèvent un petit quelque chose d'humain à la scène :
l'imperfection. Et puis, parlant imperfection, je me dis que si on était sur
place, on s'évertuerait à photographier la chose plutôt qu'en tirer un bénéfice
mille fois plus grand: celui de s'en nourrir.
Parce qu'une photo, si léchée soit-elle, n'éveille pas
tous les sens.
Prêter attention, c'est permettre à nos sens de s'imprimer
et de s'exprimer. Un coucher de soleil vient avec la température de l'air
ambiant, l'odeur du moment, le frisson qui vient délimiter le jour du soir qui
s'invite. Le bruit des vagues ou le silence qui s'exprime, troublé par notre simple
soupir de satisfaction et de gratitude.
Prêter attention revêt un caractère particulier ces
années-ci. Chacun est attaché à sa personne, sa liberté individuelle, ses
droits fondamentaux, bref, disons-le ainsi, à son nombril. Celui qui avait
pourtant été coupé à la naissance, mais qui prend beaucoup d'importance
aujourd'hui. Pour déjouer cet état latent et pour, surtout, déjouer
l'attractivité de nos téléphones intelligents, il faut prendre la décision de
prêter notre attention à quelqu'un ou quelque chose.
Une décision qui peut ouvrir à des choses inattendues qui
nous marqueront plus humainement que la plus belle vidéo de chat sur les médias
sociaux.
Prêter attention, c'est donner l'occasion à nos sens de
transmettre du sens à ce qui se passe autour.
Clin d'œil de la semaine
Le souvenir ému est celui qui s'imprime le mieux, je dirais.
S'il est heureux, il aura une propension à s'améliorer avec le temps. C'est pas
beau, ça ?