Mon amie Geneviève a eu 50 ans.
Ceci n'est pas une chronique pour célébrer la vie de
Geneviève : ça prendrait, de toute façon, une chronique encyclopédique !
Donc, Geneviève, elle a eu 50 ans.
Lors d'une rencontre pour souligner cette 6e décennie qui
débute (si elle lit cette chronique, elle devrait avoir réagi juste avant cette
parenthèse), les discussions concernant notre relation avec l'âge étaient de
mise, visiblement.
C'est normal qu'on en parle. Quand on se laisse séduire par
la prétention d'une crème pour le visage d'être anti-âge, c'est qu'il y a une
assez extraordinaire pression sociale sur le fait de ne pas vieillir !
C'est comme si la peur de mourir s'était répandue sous la
forme d'une anxiété de vieillir. Tout ça parce que, généralement, c'est la
vieillesse qui nous guide lentement mais sûrement vers cette mort que nous
n'éviterons pas.
Pourtant, discourir sur le vieillissement ne le fera pas
disparaître. C'est comme la pluie. Chiâler parce qu'elle tombe ne l'arrêtera
pas. Pourtant, on en parle, de la pluie et du temps qu'il fait !
Discourir sur l'âge qui avance dans nos vies a quand même
l'avantage de canaliser un peu cette anxiété en procurant certaines façons de
voir les choses qui peuvent, si tant est qu'on les fait nôtres, nous aider.
« C'est rien qu'un chiffre, l'âge, c'est juste dans la tête!
»
Bon, je comprends le point, mais il est généralement soulevé
par quelqu'un qui n'a aucune hypothèque sur ses mouvements ou capacités
physiques ou cognitives. C'est un peu l'équivalent de dire « quand on veut, on
peut! » Ben non! C'est quand même un peu
simple comme raisonnement. Si je n'ai aucun sens musical et que je chante comme
une casserole, même si je veux très fort devenir un virtuose de la guitare qui
chante ses propres chansons, bien, ça n'arrivera pas!
Bref.
Geneviève a eu 50 ans.
Elle est pétillante, vive, alerte, inventive, intense... mais,
comme tout le monde, elle vieillit. Mais elle le fait de brillante
manière.
J'ai participé avec joie à cette rencontre. Fatigué à la
suite d'une semaine intensive, je me sentais pantouflard au moment de m'y
préparer. Mais je trouvais important d'y être. Parce que, justement, Geneviève
est importante pour moi et je voulais savourer un heureux bain de solidarité
amicale qui fait tellement de bien dans les années que nous vivons.
Quand l'ensemble des pas qui ont meublé nos 50 premières
années de vie ont fait en sorte que des dizaines de personnes se réunissent
comme ça, un samedi soir, c'est qu'on a bien fait les choses. C'est aussi que
les contacts humains se sont transformés en pépites d'amitié et d'amour. Et que
ces pépites constituent, au final, le trésor de notre vie.
La magie de ce type de trésor, c'est qu'il n'est pas
volable! On peut le négliger et le laisser s'effriter, mais on ne peut nous le
voler. Une richesse vraie, je dirais.
Geneviève a eu 50 ans, disais-je.
Au fil des conversations, on s'est mis à identifier l'âge
qui a été une sorte de mur, une sorte de remise en question pour chacun d'entre
nous. C'est parfois les 30 ans, les 35, les 40 ou peu importe... Chacun y allait
de son ressenti là-dessus.
Je dois être une peu candide, mais ça ne m'est pas encore
arrivé. On verra à 65 ou 70!
Vieillir, c'est une normalité. Simplement. Rien ne fera en
sorte qu'on déjouera notre âge réel.
Vieillir, c'est une grande richesse. Je n'en doute pas du
tout. Au lieu de nier le vieillissement et d'y résister, il convient de
l'apprécier.
La vie est un grand cercle. On peut toujours penser que le
cercle est une ligne droite, mais ça équivaut à croire que la terre est plate.
Et rien n'est plate dans la vie de Geneviève.
Je sais que je suis bien heureux de faire partie de ce pas
plate-là !
Clin d'œil de la semaine
L'œil des autres voit souvent de façon lumineuse des pans de
notre vie qu'on croit plus sombres. Suffit d'être à l'écoute !