L'Assemblée nationale a terminé ses travaux dans des débats hautement
partisans autour de projets de loi faisant largement consensus sur les boissons
énergisantes, la révision de la carte électorale et le droit pour des femmes de
connaître le passé criminel de leur conjoint. Par ailleurs, la fin des travaux
parlementaires signifie le départ de la politique de plusieurs visages qui ont
marqué l'histoire du Québec. François Legault, Manon Massé, Gabriel Nadeau-Dubois,
Christian Dubé, Geneviève Guilbault, Sonia LeBel et Éric Caire. Une page se
tourne et une autre est à écrire. Il convient de tracer un bilan du
gouvernement de la CAQ et d'essayer de percevoir les principaux enjeux de la
prochaine élection.
Après huit années au pouvoir, le
gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) se prépare à entrer dans une
nouvelle campagne électorale. Ce moment charnière évoque à la fois un besoin de
bilan sur les actions passées et une vision pour l'avenir. En présence de cinq
partis politiques - le Parti libéral du Québec (PLQ), le Parti québécois (PQ),
Québec solidaire (QS), le Parti conservateur du Québec (PCQ), et bien sûr, la
CAQ elle-même -, la compétition promet d'être intense. La nouvelle première
ministre, Christine Fréchette, cherche à faire oublier les huit ans de
gouvernement caquiste pour meubler notre imaginaire de son hyperactivité des 58 derniers
jours. Paul St-Pierre Plamondon se livre quant à lui à de la diffamation envers
les libéraux de Charles Milliard en les associant au crime organisé, Éric
Duhaime cherche à exister alors que la sympathique et empathique Ruba Ghazal
demeure plus que jamais la conscience de cet aréopage politique. La prochaine
élection sera chaudement disputée et elle signifiera quelque chose pour chacun
des partis en présence. Explorons l'univers de ces différents partis à la
veille de cette campagne électorale automnale.
Bilan de la CAQ...
Au cours de son mandat, la CAQ a mis
en avant un objectif principal : relancer l'économie du Québec après des
années de stagnation. Le gouvernement a adopté diverses mesures pour stimuler
la croissance, comme la réduction de certains impôts pour les classes moyennes
et l'augmentation du salaire minimum. Selon plusieurs indicateurs, le Québec a
connu une croissance économique notable durant cette période, avec un taux de
chômage historiquement bas. De plus, la CAQ a mis l'accent sur l'innovation et
l'investissement dans la filière-batterie qui a été un lamentable échec. Elle a
surtout insisté sur la question de la langue et de l'identité. Cela a été
porteur de divisions au sein de la société québécoise surtout le discours sur
l'immigration. La nouvelle première ministre Christine Fréchette tente de
rajuster le tir, mais le mal est fait. La CAQ a divisé le Québec entre un Eux
et un Nous. Cela les électeurs devront le faire payer, car contrairement à ce
que disait François Legault « c'est pas comme ça que l'on vit au Québec. »
Bien sûr, la CAQ a fait une bonne
gestion de la pandémie de COVID-19. Cela a constitué un tournant majeur. Si le
gouvernement a été critiqué pour certaines décisions, il a également obtenu des
succès, comme le déploiement rapide de la vaccination. Le gouvernement a
également lancé des projets d'envergure visant à moderniser l'infrastructure de
santé, cherchant à améliorer l'accès aux soins dans les régions éloignées.
Cependant, le manque de personnel soignant demeure une préoccupation et cela
pourrait devenir un enjeu important lors de la campagne.
Le PQ et la souveraineté...
Paul St-Pierre
Plamondon a réussi à faire de son parti un solide prétendant au pouvoir au
cours des dernières années. Il a eu le mérite, tout comme l'avait fait avant
lui le premier ministre Jacques Parizeau, de mettre de l'avant le projet de
pays du Parti québécois. Cela a donné au leadership de St-Pierre Plamondon un
lustre d'honnêteté et d'authenticité. Néanmoins, son caractère soupe au lait,
ses déclarations intempestives, sa hargne à peine contenue envers le Canada et
le premier ministre Carney le rattraperont. Non seulement les Québécois dans
une forte majorité ne veulent pas d'un référendum, mais ils aiment bien Mark
Carney et se sentent très bien en tant que Canadiens et Québécois. Il y aura
toujours de 30 à 40 % de souverainistes au Québec, mais la majorité
constitue un frein à cette volonté de faire du Québec un pays. Un frein
renforcé en ces temps tumultueux par la folie trumpienne.
Le Parti québécois se trouve donc à
un tournant décisif. Alors que la CAQ a su capturer une large part de l'électorat
en mettant l'accent sur des enjeux immédiats et concrets, le PQ doit continuer
à articuler l'importance de la souveraineté, tout en démontrant qu'elle est
intrinsèquement liée aux préoccupations contemporaines. La prochaine campagne
électorale sera l'occasion pour le PQ de redéfinir son message, de rallier les
électeurs autour d'une vision commune du Québec souverain et de renouer avec
son électorat traditionnel tout en attirant de nouveaux soutiens, en
particulier parmi les jeunes. Ce sera une tâche difficile.
Les libéraux de Charles Milliard...
Dans ma dernière chronique, celle de la semaine
dernière, j'ai écrit que nous aurons droit à la prochaine campagne électorale à
des libéraux requinqués. Il demeure néanmoins que je m'attends comme électeur à
ce que monsieur Millard sorte des généralités et nous donne de la chair autour
de l'os quant à ce qu'il veut proposer au Québec comme orientations d'un
gouvernement libéral. Chose certaine, nous n'avons rien à gagner avec le
dossier de la langue. C'est un dossier maudit pour des libéraux depuis
toujours. Quoi qu'ils disent, quoiqu'ils fassent les libéraux ne seront jamais
à niveau sur la question de la langue. C'est un sujet perdant qui appartient à
ses adversaires nationalistes ardents.
Pour le PLQ, l'unité canadienne est
présentée non seulement comme une valeur fondamentale, mais également comme un
élément essentiel au développement économique du Québec. En faisant partie de
la fédération canadienne, le Québec bénéficie d'un large marché, d'un soutien
financier et d'une capacité d'influence au sein d'un contexte plus vaste. Le
PLQ évoque souvent que la collaboration avec le gouvernement fédéral est
essentielle pour aborder des enjeux d'importance nationale comme la santé, l'éducation
et les relations internationales.
Le PLQ se positionne également comme
un antidote aux mouvements nationalistes et souverainistes qui remettent en
question l'unité canadienne. Le parti soutient que l'unité permet au Québec de
préserver sa culture francophone tout en bénéficiant des ressources financières
et politiques du Canada. En mettant en avant des exemples de coopération
fructueuse entre le Québec et Ottawa, le PLQ cherche à démontrer que le
fédéralisme peut réellement servir les intérêts du Québec.
À l'approche des élections, le Québec
se trouve à un carrefour où des choix cruciaux devront être faits pour relever
les défis qui se présentent à lui. Les enjeux d'économie, d'environnement, de
santé, d'éducation et de relations interethniques sont interconnectés et
nécessitent des solutions innovantes et inclusives. Les partis politiques en
compétition ont la responsabilité de proposer des visions claires et des
politiques cohérentes qui permettront de bâtir un avenir meilleur pour tous les
Québécois. L'engagement citoyen sera également essentiel pour faire entendre la
voix des électeurs et pour assurer que les solutions mises en avant répondent
réellement aux attentes et aux besoins de la population. Il reste à monsieur
Millard de nous faire connaître ses positions sur ces sujets importants. Des
libéraux requinqués peut-être, mais il faut aussi que nous puissions les
entendre...
Notre conscience sociale :
Québec Solidaire...
Québec solidaire (QS) a émergé sur la
scène politique québécoise dans les années 2000 en tant que parti de
gauche, axé sur des enjeux sociaux, environnementaux et économiques. Alors que
le paysage politique du Québec continue de se redéfinir avec une montée du
conservatisme, particulièrement dans les régions, Québec solidaire semble se
retrouver de plus en plus en difficulté pour élargir sa base électorale,
surtout avec le départ de Gabriel Nadeau-Dubois, le politicien le plus
talentueux de sa génération. Fondé en 2006 à partir de l'union de divers
mouvements sociaux et de partis de gauche désireux de créer une alternative au
Parti québécois (PQ) et aux libéraux. QS se distingue par son engagement en
faveur de la justice sociale, de l'écologie et de l'égalité des droits. En
proposant un programme qui prône la transition vers une économie verte,
l'égalité des genres et une approche inclusive des politiques publiques, le
parti vise à combattre les inégalités socio-économiques qui touchent de
nombreux Québécois.
Malgré une base électorale
initialement limitée, Québec solidaire a réussi à élargir son influence,
notamment avec l'élection de députés à l'Assemblée nationale en 2012 et 2018.
En 2018, le parti a connu une percée significative en remportant 10 sièges
et en obtenant plus de 16 % du vote populaire. Ce succès a été perçu comme
un signe que QS pouvait rivaliser avec les figures dominantes du paysage
politique québécois, en particulier à Montréal où son message progressiste
trouve un écho favorable.
Québec solidaire se trouve à un
carrefour critique dans un environnement politique de plus en plus dominé par
le conservatisme. Tout en maintenant sa base solide à Montréal, le parti devra
travailler à élargir son attrait au-delà des frontières de la métropole, en
engageant un dialogue véritable avec les électeurs des régions. L'avenir de QS
dépendra de sa capacité à naviguer dans ce paysage complexe en défendant ses
principes progressistes tout en reconnaissant la diversité des préoccupations
socio-économiques au sein du Québec. C'est uniquement en s'ancrant dans les
réalités des citoyens de toutes les régions du Québec que le parti pourra
espérer jouer un rôle significatif lors des prochaines élections et au-delà. Il
reste cependant que Québec solidaire est et sera toujours un peu notre
conscience sociale au parlement.
Éric Duhaime et le conservatisme...
Le
paysage politique québécois a connu un glissement vers des positions plus
conservatrices ces dernières années. C'est pourquoi nous devrions nous attendre
à la rentrée de députés élus du Parti conservateur du Québec à l'Assemblée
nationale l'automne prochain. La partie ne sera pas facile, mais dans la région
de Québec et de la Beauce, les conservateurs devraient livrer de bonnes luttes
à la CAQ ou au PQ selon les endroits et les régions. Notamment avec l'élection
de la Coalition avenir Québec (CAQ) en 2018, la CAQ a sapé les bases
traditionnelles du PQ et a occupé le terrain du nationalisme, de la sécurité et
de la préoccupation pour l'immigration, attirant ainsi une partie de l'électorat
qui autrefois votait libéral ou souverainiste. La politique québécoise a vu ces
dernières années l'émergence de sentiments nationalistes et conservateurs, en
grande partie en réaction aux préoccupations liées à l'immigration, à l'identité
et à la gestion des ressources. Éric Duhaime, en prenant la tête du Parti
conservateur du Québec (PCQ.) en 2020, a su attirer l'attention en proposant
des idées qui résonnent avec certains électeurs, notamment en matière de
liberté individuelle, de lutte contre les mesures sanitaires et de prise en
compte des préoccupations économiques.
Durant
les dernières élections, le PCQ a enregistré des résultats modestes, mais
prometteurs. Son influence grandissante dans certaines circonscriptions peut
être interprétée comme un signe que les électeurs cherchent des alternatives
aux partis traditionnels. Dans les régions de Québec et de la Beauce, où un
certain mécontentement s'est manifesté vis-à-vis des gouvernements en place,
les conservateurs pourraient trouver un terrain propice à leur message.
Une campagne super palpitante
Si personne ne peut prédire le résultat des prochaines
élections, il reste néanmoins que l'on peut s'entendre que ce sera une campagne
électorale palpitante et qui signifiera quelque chose. Les Québécois sont des
citoyens engagés du monde, ils votent en grand nombre quand les enjeux sont là
et la prochaine campagne électorale qui s'amorcera à la fin août prochain sera
un moment fort de notre démocratie. Ce sera la fin d'un cycle politique...