Je
suis comme tous les Québécois. Je suis profondément touché par le décès imprévu
et subit du comédien Marc Messier. Un autre grand pan de la culture québécoise
qui s'éteint. Comme bien des gens, j'ai connu ce comédien dans des œuvres comme
Broue, Lance et compte, Les boys. Ce qui m'a le plus
marqué cependant c'est le spectacle auquel j'ai assisté au théâtre de la
Marjolaine intitulé : Seul sur scène. Un spectacle qui nous faisait
voir l'humanité de l'artiste et qui permettait d'en comprendre des zones
d'ombres que Marc Messier voulait bien dévoilées. Le talent de Marc Messier
était indéniable et on ne peut pas oublier sa répartie dans Les boys sur
la dureté du mental. Il y a tant à se souvenir de la carrière de Marc Messier,
mais ce que nous devons nous rappeler c'est que face à la mort nous sommes
toujours seuls. Comme Messier sur scène dans son spectacle solo. La mort est
comme un naufrage. Comme le rappelait Charles de Gaulle, la vieillesse est un
naufrage. Tentons de préciser ce thème un peu glauque.
Une métaphore puissante, le naufrage
L'image du naufrage est une métaphore puissante
qui illustre la façon dont la mort est perçue. Un naufrage implique non
seulement une perte subite, mais aussi la confrontation avec l'inévitable. À l'instar
d'un vaisseau qui tangue, notre vie est faite de virages, de tempêtes, et de
moments calmes. Lorsque nous approchons de notre fin, nous pouvons ressentir un
sentiment de désespoir, de confusion, et une profonde solitude, semblable aux
naufragés qui luttent pour leur survie dans des eaux tumultueuses.
Cette image évoque également la fragilité de
l'existence. Tout comme un navire peut dégager une impression de solidité et de
sécurité, nos vies peuvent sembler stables. Pourtant, les tempêtes de la vie
peuvent frapper à tout moment, révélant la précarité de notre situation. La
notion de naufrage souligne ainsi la vulnérabilité inhérente à la condition
humaine et l'absurdité de notre quête de contrôle à un moment donné.
La mort, inéluctable compagnon de vie, suscite
des interrogations profondes et des réflexions intimes. C'est un sujet
omniprésent dans la condition humaine, touchant à des thèmes essentiels qui
définissent notre existence. Tout au long de notre vie, nous développons des
croyances, des peurs et des philosophies concernant la mort. Pour celles et
ceux qui vieillissent, cette question prend une résonance particulière souvent
teintée de réflexions sur le sens de la vie et le poids des expériences
accumulées. La mort, envisagée comme un naufrage, évoque à la fois la perte, le
désespoir, mais également la possibilité d'une délivrance et d'un apaisement.
La
confrontation avec notre propre mortalité
Avec l'avancée en âge, la mort devient une
compagne plus visible, une ombre pesante qui s'immisce dans notre quotidien. La
prise de conscience de notre propre mortalité peut provoquer une contemplation
profonde et parfois troublante. Les souvenirs d'une vie vécue affluent,
accompagnés de regrets, de rêves inachevés, et d'interrogations sur le sens
global de notre existence. Cela s'apparente à un naufragé qui, avant de
disparaître dans les eaux sombres, repense à toutes les vies qu'il aurait pu
toucher, aux rives qu'il aurait pu explorer. Le
philosophe Martin Heidegger aborde cette question dans son œuvre Être et
Temps, où il décrit la mort comme un événement qui nous rappelle notre être
au monde. La confrontation avec notre finitude nous pousse à être authentiques,
à vivre notre vie avec un sens renouvelé. Dans cette perspective, la mort, loin
d'être une simple négation de l'existence, peut aussi être une porte d'entrée
vers une vie plus significative.
La question de la mort interroge également le
sens même de la vie. Que signifie vivre si tout se termine par la mort ? Cette
interrogation a conduit des penseurs tels que Albert Camus à réfléchir sur
l'absurde. Dans Le Mythe de Sisyphe, Camus affirme que vivre implique
d'accepter l'absurdité de notre condition tout en trouvant un sens dans notre
lutte quotidienne. La mort, alors, n'est pas une fin en soi, mais un élément
constitutif de notre existence.
La solitude de
la mort...
La peur de la mort est une expérience
universelle. Certains philosophes et psychologues, tels que Sigmund Freud,
soutiennent que cette peur est enracinée dans notre instinct de survie, un
mécanisme qui nous pousse à préserver notre vie. Cette peur peut également
engendrer des comportements irrationnels, des angoisses profondes, et un rejet
de la mortalité. Devant cette terreur, beaucoup se tournent vers la religion,
cherchant un cadre qui offre des réponses sur l'après-vie.
Cette quête de sens peut parfois s'avérer
insuffisante, car les croyances religieuses ne suffisent pas à apaiser toutes
les inquiétudes concernant la mort. De plus, certaines philosophies laïques
prétendent que la mort est une fin définitive, ce qui peut engendrer un
sentiment d'absurde chez ceux qui cherchent une forme de continuité. Une chose
est certaine, nous sommes toujours seuls devant à la mort. Comme dans le
vieillissement. Le vieillissement
souvent associé à la mort suscite des émotions ambivalentes. D'un côté, il peut
être perçu comme une période de sagesse et d'accomplissement, de l'autre, il
est une étape où les pertes s'accumulent, tant au le plan physique qu'affectif.
L'adversité du vieillissement nous confronte à notre vulnérabilité. Les proches
disparaissent, les capacités diminuent, et chaque jour peut apparaître comme
une lutte contre le temps. Il est
essentiel de reconnaître que le vieillissement peut être un processus
d'acceptation où la mort est envisagée comme une partie intégrante de la vie.
Cette acceptation peut engendrer une vigilance envers le moment présent et une
appréciation des petites choses qui jalonnent notre quotidien.
Vaincre la
solitude, ne pas être seul sur la scène de la vie...
L'important c'est de ne pas vivre seul ce
processus. Cela permet de vaincre l'idée de la mort. Il serait réducteur de
penser la mort uniquement sous un angle négatif. Au contraire, la possibilité
de la fin peut agir comme un puissant moteur pour nous inciter à vivre
pleinement. Des artistes, des écrivains et des penseurs ont créé des œuvres
magnifiquement inspirées par la réflexion sur la mort. La prise de conscience
de notre finitude peut nous motiver à créer, aimer et agir de manière
significative. En ce sens, la mort peut servir de cadre
à notre compréhension de ce qui est réellement important dans nos vies.
Pour beaucoup, la peur de l'oubli peut être plus
troublante que la mort elle-même. Par conséquent, la construction d'un
héritage, que ce soit par la créativité, les relations, ou les contributions
sociales, prend alors une importance cruciale. Le désir de laisser une
empreinte positive sur le monde peut transformer notre approche de la mort en
un projet de vie.
La mort, perçue comme un naufrage, est un sujet
qui interpelle profondément notre humanité. Elle alimente des réflexions
existentielles et philosophiques qui transcendent notre compréhension du monde.
Si elle peut être source d'angoisse, elle est également le moteur d'une
recherche de sens accrue. Par l'acceptation des cycles de vie et une volonté
consciente de laisser un héritage, la mort peut devenir un aspect intégrant de
notre existence qui illumine nos jours. Confrontés à cette réalité inéluctable,
nous apprenons à apprécier la beauté de chaque instant, à vivre avec intention
et à cultiver une compréhension acceptante de notre propre mortalité. En fin de
compte, il nous appartient d'écrire le récit de nos vies, d'affronter le
naufrage avec courage et de trouver dans chaque vague se brisant sur les rives
de notre existence une raison d'exister pleinement. C'est ce que nous apprend
la vie et la mort du grand comédien Marc Messier. Ça permet de vaincre le
naufrage par la dureté du mental...