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Vaincre le naufrage par La dureté du mental

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi 15 juillet 2026

Je suis comme tous les Québécois. Je suis profondément touché par le décès imprévu et subit du comédien Marc Messier. Un autre grand pan de la culture québécoise qui s'éteint. Comme bien des gens, j'ai connu ce comédien dans des œuvres comme Broue, Lance et compte, Les boys. Ce qui m'a le plus marqué cependant c'est le spectacle auquel j'ai assisté au théâtre de la Marjolaine intitulé : Seul sur scène. Un spectacle qui nous faisait voir l'humanité de l'artiste et qui permettait d'en comprendre des zones d'ombres que Marc Messier voulait bien dévoilées. Le talent de Marc Messier était indéniable et on ne peut pas oublier sa répartie dans Les boys sur la dureté du mental. Il y a tant à se souvenir de la carrière de Marc Messier, mais ce que nous devons nous rappeler c'est que face à la mort nous sommes toujours seuls. Comme Messier sur scène dans son spectacle solo. La mort est comme un naufrage. Comme le rappelait Charles de Gaulle, la vieillesse est un naufrage. Tentons de préciser ce thème un peu glauque.

Une métaphore puissante, le naufrage

L'image du naufrage est une métaphore puissante qui illustre la façon dont la mort est perçue. Un naufrage implique non seulement une perte subite, mais aussi la confrontation avec l'inévitable. À l'instar d'un vaisseau qui tangue, notre vie est faite de virages, de tempêtes, et de moments calmes. Lorsque nous approchons de notre fin, nous pouvons ressentir un sentiment de désespoir, de confusion, et une profonde solitude, semblable aux naufragés qui luttent pour leur survie dans des eaux tumultueuses.

Cette image évoque également la fragilité de l'existence. Tout comme un navire peut dégager une impression de solidité et de sécurité, nos vies peuvent sembler stables. Pourtant, les tempêtes de la vie peuvent frapper à tout moment, révélant la précarité de notre situation. La notion de naufrage souligne ainsi la vulnérabilité inhérente à la condition humaine et l'absurdité de notre quête de contrôle à un moment donné.

La mort, inéluctable compagnon de vie, suscite des interrogations profondes et des réflexions intimes. C'est un sujet omniprésent dans la condition humaine, touchant à des thèmes essentiels qui définissent notre existence. Tout au long de notre vie, nous développons des croyances, des peurs et des philosophies concernant la mort. Pour celles et ceux qui vieillissent, cette question prend une résonance particulière souvent teintée de réflexions sur le sens de la vie et le poids des expériences accumulées. La mort, envisagée comme un naufrage, évoque à la fois la perte, le désespoir, mais également la possibilité d'une délivrance et d'un apaisement.

La confrontation avec notre propre mortalité

Avec l'avancée en âge, la mort devient une compagne plus visible, une ombre pesante qui s'immisce dans notre quotidien. La prise de conscience de notre propre mortalité peut provoquer une contemplation profonde et parfois troublante. Les souvenirs d'une vie vécue affluent, accompagnés de regrets, de rêves inachevés, et d'interrogations sur le sens global de notre existence. Cela s'apparente à un naufragé qui, avant de disparaître dans les eaux sombres, repense à toutes les vies qu'il aurait pu toucher, aux rives qu'il aurait pu explorer. Le philosophe Martin Heidegger aborde cette question dans son œuvre Être et Temps, où il décrit la mort comme un événement qui nous rappelle notre être au monde. La confrontation avec notre finitude nous pousse à être authentiques, à vivre notre vie avec un sens renouvelé. Dans cette perspective, la mort, loin d'être une simple négation de l'existence, peut aussi être une porte d'entrée vers une vie plus significative.

La question de la mort interroge également le sens même de la vie. Que signifie vivre si tout se termine par la mort ? Cette interrogation a conduit des penseurs tels que Albert Camus à réfléchir sur l'absurde. Dans Le Mythe de Sisyphe, Camus affirme que vivre implique d'accepter l'absurdité de notre condition tout en trouvant un sens dans notre lutte quotidienne. La mort, alors, n'est pas une fin en soi, mais un élément constitutif de notre existence.

La solitude de la mort...

La peur de la mort est une expérience universelle. Certains philosophes et psychologues, tels que Sigmund Freud, soutiennent que cette peur est enracinée dans notre instinct de survie, un mécanisme qui nous pousse à préserver notre vie. Cette peur peut également engendrer des comportements irrationnels, des angoisses profondes, et un rejet de la mortalité. Devant cette terreur, beaucoup se tournent vers la religion, cherchant un cadre qui offre des réponses sur l'après-vie.

Cette quête de sens peut parfois s'avérer insuffisante, car les croyances religieuses ne suffisent pas à apaiser toutes les inquiétudes concernant la mort. De plus, certaines philosophies laïques prétendent que la mort est une fin définitive, ce qui peut engendrer un sentiment d'absurde chez ceux qui cherchent une forme de continuité. Une chose est certaine, nous sommes toujours seuls devant à la mort. Comme dans le vieillissement. Le vieillissement souvent associé à la mort suscite des émotions ambivalentes. D'un côté, il peut être perçu comme une période de sagesse et d'accomplissement, de l'autre, il est une étape où les pertes s'accumulent, tant au le plan physique qu'affectif. L'adversité du vieillissement nous confronte à notre vulnérabilité. Les proches disparaissent, les capacités diminuent, et chaque jour peut apparaître comme une lutte contre le temps. Il est essentiel de reconnaître que le vieillissement peut être un processus d'acceptation où la mort est envisagée comme une partie intégrante de la vie. Cette acceptation peut engendrer une vigilance envers le moment présent et une appréciation des petites choses qui jalonnent notre quotidien.

Vaincre la solitude, ne pas être seul sur la scène de la vie...

L'important c'est de ne pas vivre seul ce processus. Cela permet de vaincre l'idée de la mort. Il serait réducteur de penser la mort uniquement sous un angle négatif. Au contraire, la possibilité de la fin peut agir comme un puissant moteur pour nous inciter à vivre pleinement. Des artistes, des écrivains et des penseurs ont créé des œuvres magnifiquement inspirées par la réflexion sur la mort. La prise de conscience de notre finitude peut nous motiver à créer, aimer et agir de manière significative. En ce sens, la mort peut servir de cadre à notre compréhension de ce qui est réellement important dans nos vies.

Pour beaucoup, la peur de l'oubli peut être plus troublante que la mort elle-même. Par conséquent, la construction d'un héritage, que ce soit par la créativité, les relations, ou les contributions sociales, prend alors une importance cruciale. Le désir de laisser une empreinte positive sur le monde peut transformer notre approche de la mort en un projet de vie.

La mort, perçue comme un naufrage, est un sujet qui interpelle profondément notre humanité. Elle alimente des réflexions existentielles et philosophiques qui transcendent notre compréhension du monde. Si elle peut être source d'angoisse, elle est également le moteur d'une recherche de sens accrue. Par l'acceptation des cycles de vie et une volonté consciente de laisser un héritage, la mort peut devenir un aspect intégrant de notre existence qui illumine nos jours. Confrontés à cette réalité inéluctable, nous apprenons à apprécier la beauté de chaque instant, à vivre avec intention et à cultiver une compréhension acceptante de notre propre mortalité. En fin de compte, il nous appartient d'écrire le récit de nos vies, d'affronter le naufrage avec courage et de trouver dans chaque vague se brisant sur les rives de notre existence une raison d'exister pleinement. C'est ce que nous apprend la vie et la mort du grand comédien Marc Messier. Ça permet de vaincre le naufrage par la dureté du mental...


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