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Jouer aux apprentis historiens…

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi 28 janvier 2026

Oh là là, notre premier ministre canadien a pris sur lui de se faire historien dans le cadre deux importantes allocutions. L'une prononcée à Davos sur la question des forces brutales en rupture avec le droit international. Un constat assez largement partagé, mais qui ne peut faire autrement que de mécontenter notre voisin. L'autre, faisant écho à la précédente et destinée à son électorat, était beaucoup moins réussi, car pour faire la démonstration de la grandeur de l'aventure canadienne, le premier ministre Carney a joué aux apprentis historiens. Paul Valery a jadis écrit dans Regards sur le monde actuel (1931) que l'histoire est le « produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré. » Valery soutient que l'histoire manipulée enivre les peuples, crée de faux souvenirs, entretient les vieilles haines et mène au délire des grandeurs ou à la persécution. Le premier ministre Carney a emprunté un chemin tortueux pour vivifier notre fierté d'appartenir au Canada. On ne peut résumer l'histoire canadienne en deux traits de crayons. Cela explique l'indignation des souverainistes québécois. Mais avant de donner raison aux souverainistes qui se complaisent eux aussi dans une vision étriquée de notre histoire qui est victimaire, revenons un instant sur le discours de Mark Carney à Davos.

Un monde dangereux

Mark Carney a eu raison de dire que nous vivons dans un monde dangereux et instable.

Le monde contemporain est marqué par un ensemble complexe de défis et de tensions qui mettent en exergue la fragilité de l'ordre international. Parmi ces défis, le retour des dynamiques impériales mérite une attention particulière. Ce phénomène qui était censé être révolu avec la fin de la guerre froide et l'émergence d'un monde unipolaire dominé par les États-Unis. Cette dynamique, loin d'être simplement une résurgence des anciennes puissances, s'inscrit dans un contexte géopolitique où des acteurs variés, qu'ils soient étatiques ou non étatiques, tentent de réaffirmer leur influence à l'échelle mondiale. Dans cette chronique, je cherche à explorer comment et pourquoi l'ordre international actuel, par de nouvelles tentations impériales, s'inscrit dans une lutte pour le pouvoir, l'influence et le contrôle des ressources globales.

Les fondements de l'ordre international post-Guerre froide

Après la chute du mur de Berlin en 1989 et l'effondrement de l'Union soviétique, le monde a connu une période de relative stabilité dominée par une seule superpuissance : les États-Unis. Ce système, souvent décrit comme un ordre unipolaire, a été caractérisé par la promotion de la démocratie, des droits de la personne et d'un libre-échange sans entrave. La mondialisation a également joué un rôle crucial, interconnectant les économies et rendant les États plus interdépendants. Malgré cette dynamique, les dernières décennies ont vu l'émergence de nouvelles puissances. La montée en puissance de la Chine, le regain d'influence de la Russie, ainsi que le rôle croissant des pays émergents (BRICS) ont profondément modifié le paysage géopolitique. Cela a entraîné une reconfiguration de l'ordre mondial, avec des rivalités qui rappellent des dynamiques impériales.

 

Le retour des empires :

La rivalité entre les États-Unis et la Chine est devenue le symbole du retour des ambitions impériales. La Chine, par des initiatives telles que la Belt and Road Initiative (nouvelle route de la soie), cherche à étendre son influence économique et politique partout dans le monde. Cette stratégie, qui consiste à investir massivement dans les infrastructures de pays en développement, est perçue par beaucoup comme un moyen de rétablir une forme d'hégémonie économique similaire à celle des empires du passé.

D'un autre côté, la Russie, sous la direction de Vladimir Poutine, a également mis en avant ses ambitions de puissance régionale et mondiale. Les interventions militaires en Ukraine et en Syrie sont des exemples de l'affirmation de la Russie sur la scène internationale. Le retour à une politique de puissance s'inscrit dans un contexte où la Russie souhaite redéfinir son statut dans un ordre mondial qu'elle perçoit comme inéquitable. De plus, d'autres acteurs, tels que la Turquie et l'Iran, aspirent également à jouer un rôle majeur dans leurs régions respectives, tentant de recouvrer ou d'établir des sphères d'influence. Les groupes non étatiques, comme les organisations terroristes, exploitent les faiblesses des États pour accroître leur pouvoir et influencer les dynamiques locales au détriment de l'ordre international.

D'où vient cette nouvelle dynamique géopolitique ?

Les raisons derrière cette résurgence impériale s'inscrivent dans de nombreuses causes.

Les crises économiques, tant nationales qu'internationales, alimentent ce retour des empires. Les gouvernements ressentent souvent une pression croissante pour détourner l'attention des problèmes internes en recentrant le discours sur des projets d'expansion ou de revanche nationale. La quête de sécurité des États est également un moteur puissant des ambitions impériales. Les pays, confrontés à des menaces perçues, réagissent souvent par des politiques expansionnistes qui visent à renforcer leur position géostratégique. Les rivalités historiques, qu'elles soient territoriales ou culturelles, encouragent également cette dynamique, poussant des nations à rechercher le contrôle sur des zones stratégiques.

La désillusion devant l'ordre mondial existant

Quoi que l'on puisse en penser, Donald Trump et ses frasques ne sont pas la cause du désordre actuel sur la scène internationale, mais l'une de ses conséquences. Une désillusion croissante face aux institutions internationales, jugées inadaptées ou inefficaces, conduit également les États à chercher des moyens alternatifs pour faire valoir leurs intérêts. La perception que l'ordre libéral mondial favorise certains pays au détriment d'autres alimente ce scepticisme et encourage un retour aux stratégies de puissance impériale.

La résurgence des ambitions impériales a des conséquences directes sur la géopolitique mondiale. Les alliances traditionnelles sont mises à mal. Les pays doivent naviguer dans un paysage complexe où les anciens alliés peuvent devenir des adversaires, et vice versa. La fragmentation des alliances, comme celle que l'on observe au sein de l'OTAN ou parmi les pays du golfe, rend la gestion des crises encore plus difficile.

Les tensions impériales mènent également à une militarisation croissante des relations internationales. Les pays investissent massivement dans leurs capacités militaires, alimentant ainsi une nouvelle course aux armements. Cela accroît les risques de conflits armés et fait obstacle aux efforts de diplomatie et de négociation.

Les enjeux

Enfin, cette dynamique impériale ne fait qu'accentuer les enjeux environnementaux et sociaux. Les luttes pour le contrôle des ressources naturelles, telles que l'eau et les terres arables, s'intensifient. Les conséquences, tant sur le plan environnemental que social, sont alarmantes. Les conflits liés aux ressources peuvent conduire à des crises humanitaires, exacerber les migrations et déstabiliser davantage l'ordre international.

Pour répondre à ces défis, il est impératif de promouvoir une gouvernance mondiale renouvelée, qui prend en compte les préoccupations de tous les pays, y compris les nations émergentes. Un système international basé sur le dialogue et la coopération pourrait atténuer les tensions impériales et promouvoir un développement durable. C'est un peu ce que nous a dit Mark Carney dans son discours à Davos. Et au premier chef, la gouvernance américaine sous Trump figure au banc des accusés de ce désordre.

Le retour des tendances impériales dans l'ordre international ne doit pas être vu comme un phénomène isolé, mais plutôt comme un reflet des complexités et des défis interdépendants auxquels le monde est confronté. Les rivalités géopolitiques, les crises économiques, ainsi que les tensions environnementales et sociales, sont autant de facteurs qui contribuent à cette dynamique. Pour construire un avenir meilleur, il est urgent de repenser l'ordre international, d'encourager la coopération et de résister aux tentations impériales qui, si elles sont laissées sans réponse, pourraient conduire à des conflits dévastateurs et à une fragmentation davantage exacerbée de la communauté internationale. Ce qui est vrai pour le monde l'est aussi pour le Canada, mais ce n'est pas en traçant les contours d'une histoire canadienne à l'eau de rose que nous ferons l'unité de ce pays et que l'on réussira à convaincre que l'avenir du Québec est mieux au sein du Canada qu'à l'extérieur. J'aurai l'occasion de revenir sur cette question des apprentis historiens politiciens la semaine prochaine dans ma chronique où je commenterais le discours du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon devant le congrès de ses membres qui s'est tenu le weekend dernier. Je reviendrai alors sur le thème des politiciens qui jouent aux apprentis historiens... 

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