Vivez-vous
l'esprit olympique ? Ce sentiment noble qui est une philosophie de vie exaltant et combinant en un ensemble
équilibré les qualités du corps, de la volonté et de l'esprit. Alliant le sport
à la culture et à l'éducation, l'olympisme se veut créateur d'un style de vie
fondé sur la joie dans l'effort, la valeur éducative du bon exemple et le
respect des principes éthiques fondamentaux universels. Le mouvement olympique
a pour but de contribuer à un monde pacifique et meilleur en éduquant la
jeunesse par le sport pratiqué sans discrimination d'aucune sorte, dans l'esprit
olympique qui exige la compréhension mutuelle, l'esprit d'amitié, la solidarité
et le fair-play. Cela tranche avec le chaos du monde dans lequel nous
vivons, ne croyez-vous pas ?
Soit dit en passant, l'Ukraine continue d'être bombardée
par la Russie quotidiennement, le président américain continue de lancer des
algarades quotidiennes au Canada, il menace l'Iran de guerre et il a même le
temps de s'en prendre à des athlètes américains qu'il ne juge pas assez
patriotes.
On doit se rendre à l'évidence, tout le monde n'a pas lu
le mémo voulant que les Jeux olympiques soient fondés sur l'idée d'unir les nations
autour de valeurs sportives et humaines qui se présentent sous la vitrine de
l'excellence et du dépassement de soi. Au cœur de l'événement, des athlètes qui
incarnent la détermination, la résilience et l'esprit de compétition sont le
sujet de belles histoires humaines qui font le charme des reportages sur les
Jeux olympiques. Malheureusement, on doit se rendre à l'évidence qu'à l'ère des
bouleversements politiques et du populisme crasse, tel que celui illustré par
l'ascendance de Donald Trump sur la société américaine. La question que l'on
peut se poser est la suivante : les valeurs olympiques permettent-elles de
transcender le chaos politique international ? En d'autres mots, si l'on
explore le paradoxe qui existe entre les valeurs fondamentales de l'olympisme
et les dynamiques politiques actuelles qui s'y opposent que retrouvons-nous ?
Les Jeux olympiques : une promesse universelle
Les Jeux olympiques fascinent parce qu'ils condensent en quelques semaines
ce que l'humanité peut produire de plus inspirant et de plus inquiétant. D'un
côté, ce sont des récits bouleversants d'athlètes anonymes devenus héros,
d'existences façonnées par l'effort, la discipline et le sacrifice. De l'autre,
les jeux sont aussi le théâtre d'une compétition féroce entre nations, où le
tableau des médailles devient un instrument de prestige, parfois de propagande.
À l'heure où le monde semble traversé par une montée des tensions, du repli
identitaire et d'un certain « chaos trumpien » incarné par la présidence de
Donald Trump, la question se pose : le mouvement olympique peut-il encore
être un facteur d'apaisement et de cohésion internationale.
Les Jeux modernes, réinventés à la fin du XIXe siècle par
Pierre de Coubertin, portaient une ambition profondément humaniste.
Inspiré par les Jeux antiques d'Olympie, Coubertin voyait dans le sport un
outil d'éducation morale et civique, capable de rapprocher les peuples. La
création du Comité international olympique (CIO) visait à instituer un espace
symbolique où la rivalité serait canalisée par des règles communes et où la
compétition serait pacifiée par le respect mutuel. Cet idéal repose sur
plusieurs piliers : l'universalité, l'égalité des chances, la neutralité
politique et la célébration de l'effort individuel au service d'un collectif.
Les cérémonies d'ouverture, où les délégations défilent côte à côte derrière
leurs drapeaux, mettent en scène une humanité plurielle, mais rassemblée. Le
serment olympique, prêté par un athlète au nom de tous, affirme l'engagement à
concourir dans un esprit de fair-play.
Dans un monde fragmenté, cette mise en récit d'une communauté mondiale
demeure puissante. Elle rappelle que, malgré les divergences politiques,
économiques ou culturelles, des règles partagées et des valeurs communes sont
possibles.
Les belles histoires...
Les Jeux sont avant tout des trajectoires humaines. On se souvient de Jesse
Owens défiant l'idéologie raciale aux Jeux olympiques d'été de 1936 à Berlin,
ou de Nadia Comăneci obtenant la première note parfaite en gymnastique aux Jeux
olympiques d'été de 1976. Plus récemment, des athlètes réfugiés, réunis sous la
bannière de l'équipe olympique des réfugiés, ont incarné la possibilité d'une
identité sportive au-delà des frontières nationales.
Ces récits dépassent le cadre sportif. Ils parlent de résilience devant la
pauvreté, la guerre et les discriminations. Ils donnent un visage humain à des
réalités souvent abstraites. Dans un climat international tendu, où les
discours politiques simplifient et caricaturent, ces histoires rappellent la complexité
et la dignité des individus.
Le sport olympique met aussi en avant la vulnérabilité. Les larmes de la
défaite, l'aveu de fragilité psychologique de certains champions montrent que
la performance n'est pas qu'une question de puissance, mais aussi de santé
mentale et d'équilibre. En cela, les Jeux peuvent contribuer à humaniser la
compétition et à valoriser l'empathie.
Il y a aussi le chauvinisme et l'instrumentalisation...
Cependant, il serait naïf d'ignorer la dimension politique des Jeux. Le
tableau des médailles est scruté comme un baromètre de puissance. Les États
investissent massivement dans le sport de haut niveau pour afficher leur
supériorité. Les boycottages - comme ceux des Jeux olympiques d'été de 1980 et
des Jeux olympiques d'été de 1984 - ont illustré combien la géopolitique peut
s'inviter sur la piste et dans les stades.
Le chauvinisme national, attisé par les médias et les réseaux sociaux, peut
transformer une compétition festive en confrontation symbolique. La quête de
médailles devient alors un substitut à la rivalité militaire ou économique.
Dans certains contextes, la victoire sportive est récupérée pour renforcer un
discours nationaliste, voire excluant.
À cela s'ajoutent les controverses liées au dopage, à la corruption, aux
atteintes aux droits de la personne dans les pays hôtes. Ces dérives
fragilisent la crédibilité morale du mouvement olympique. Si les Jeux veulent
prétendre apaiser les tensions, ils doivent d'abord affronter ces
contradictions.
Le chaos Trumpien et la tentation du repli...
L'expression de « chaos trumpien » renvoie à une période marquée par une
polarisation accrue, une défiance envers les institutions multilatérales et une
rhétorique nationaliste assumée. Sous la présidence de Donald Trump, les
États-Unis ont adopté une posture plus unilatérale, remettant en question
certains engagements internationaux et valorisant le slogan America First.
Ce contexte n'est pas isolé. Dans de nombreuses régions du monde, on
observe une montée des populismes, une fragmentation de l'espace public, une
circulation massive de désinformation. Les institutions internationales sont
accusées d'inefficacité ou de partialité. Le multilatéralisme, pilier de
l'ordre international d'après-guerre, est fragilisé.
Les Jeux olympiques, en tant qu'événement mondial organisé par une
institution internationale, se trouvent à la croisée de ces tensions. Ils
peuvent être perçus soit comme un vestige d'un ordre globalisé contesté, soit
comme un laboratoire de coopération renouvelée.
Les jeux comme espoir...
Malgré leurs limites, les Jeux offrent un cadre unique de rencontres.
Athlètes, entraîneurs, journalistes, diplomates et dirigeants politiques s'y
côtoient. Des gestes symboliques peuvent avoir un impact considérable. L'image
d'athlètes de pays en conflit se serrant la main ou partageant un podium envoie
un message puissant.
Le sport a déjà servi de passerelle diplomatique. La « diplomatie du
ping-pong » entre les États-Unis et la Chine dans les années 1970 en est
un exemple marquant. Sans idéaliser ces épisodes, ils montrent que le sport
peut ouvrir des canaux de communication là où la diplomatie officielle est
bloquée.
Dans un monde polarisé, les Jeux peuvent jouer ce rôle de soupape : un
lieu où l'on s'affronte sans se détruire, où l'on rivalise dans un cadre
réglementé et accepté par tous. Cette ritualisation de la compétition est en
soi un apprentissage de la coexistence. Pour contribuer à l'apaisement des
tensions, le mouvement olympique doit cependant renforcer sa crédibilité. Cela
passe par une gouvernance plus transparente du Comité international olympique,
une lutte implacable contre le dopage et une exigence accrue envers les pays
hôtes en matière de droits de la personne.
Les Jeux ne peuvent pas prétendre promouvoir la paix tout en fermant les
yeux sur des abus. En affirmant clairement que certaines valeurs - dignité,
non-discrimination, liberté d'expression dans un cadre respectueux - sont non
négociables, le mouvement olympique peut devenir un acteur normatif. Il peut
contribuer à définir des standards internationaux, même modestes, mais
concrets.
Cette exemplarité est essentielle dans un contexte où la confiance envers
les institutions est érodée. Les citoyens du monde, notamment les jeunes
générations, attendent de la cohérence entre les discours et les actes. Une
autre piste consiste à déplacer l'accent du tableau des médailles vers les
histoires humaines et la participation. Les médias jouent ici un rôle crucial.
En mettant en lumière des athlètes venus de pays peu représentés, en racontant
leurs parcours, on réduit la logique purement compétitive entre grandes
puissances. L'équipe olympique des réfugiés est un symbole fort de cette
universalité. Elle rappelle que l'identité olympique peut transcender la
nationalité. Développer ce type d'initiatives, encourager les programmes
d'échanges sportifs, soutenir le sport de base dans les pays en développement
peut renforcer l'idée que les Jeux sont un bien commun mondial. Dans un climat
marqué par le repli et la méfiance, promouvoir des récits d'interdépendance et
de solidarité est un acte politique au sens noble du terme.
Devant les discours simplificateurs et les polarisations exacerbées,
l'éducation au sport peut apprendre la complexité : on peut être fier de
représenter son pays tout en respectant l'adversaire, on peut célébrer une
victoire sans humilier l'autre, on peut perdre sans haïr.
Ce sont des leçons essentielles dans un monde traversé par des fractures
identitaires. Si l'on veut surmonter le chaos, il faut multiplier les espaces
où l'on apprend à gérer le conflit sans violence. Le sport, par sa nature même,
est un terrain d'entraînement à cette gestion pacifiée de la rivalité.
Les Jeux olympiques, miroir de ce que nous sommes...
Les Jeux olympiques ne sont ni une panacée ni un simple divertissement. Ils
sont un miroir de nos sociétés : capables du meilleur comme du pire. Ils
peuvent attiser le nationalisme ou, au contraire, offrir une scène où les
différences se rencontrent dans un cadre pacifié. À l'heure des
incertitudes géopolitiques et des replis identitaires, le mouvement olympique a
une responsabilité particulière. En restant fidèle à son idéal humaniste, en
renforçant son exigence éthique et en valorisant l'universalité plutôt que la
domination, il peut contribuer, modestement, mais réellement, à apaiser les
tensions. Le « chaos trumpien » et les dérives nationalistes ne
disparaîtront pas sous l'effet d'une cérémonie d'ouverture. Mais chaque geste
de respect, chaque histoire de résilience, chaque compétition disputée
loyalement constitue une pierre ajoutée à l'édifice fragile d'une coexistence
pacifique. Dans un monde en quête de repères communs, l'idéal olympique, même
imparfait, demeure l'un des rares langages universels capables de parler à
tous. Cherchons donc tous ensemble à vivre le véritable esprit olympique...