
Elianne Blais au tricot, 11 janvier 1942. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Famille
Phaneuf-Donahue (P1005, D2, P7). Photographe non identifié.
Notre histoire en archives : À vos tabliers !
Préparé par Julie Roy, archiviste-coordonnatrice, Bibliothèque et
Archives nationales du Québec
Avec la restauration rapide, les boîtes-repas livrées à la
porte et les produits transformés achetés à l'épicerie, le tablier est
malheureusement le grand absent de nos cuisines modernes.
Pourtant, à l'époque de nos grands-mères, alors que tous les
aliments se préparaient à la maison, le tablier faisait de ces dernières les
chefs incontestées de la cuisine.
Le tablier est l'outil indispensable des femmes au foyer de
la classe moyenne du XXe siècle : non seulement il protège les
habits de la saleté, mais il sert d'essuie-tout, sèche les larmes des
tout-petits et facilite le transport de petits objets ou des récoltes d'œufs et
de pommes... Le tablier est si polyvalent!
Voici quelques photos issues des fonds d'archives de BAnQ
illustrant l'utilisation du tablier dans les cuisines d'antan.
La cuisine, l'âme de la maison
Dans la maison d'antan, la cuisine est un lieu animé pendant
une bonne partie de la journée, rythmée par la préparation des trois repas
journaliers. Le tout est orchestré par la maîtresse de maison : elle
détermine le menu, effectue les achats, concocte les repas, fait des conserves.
Le rangement et le ménage sont des tâches connexes obligatoires... puis le bal
recommence, tous les jours de l'année.
La cuisine est également un grand lieu d'accueil. Ne dit-on
pas que, lorsqu'il y a de la nourriture pour cinq personnes, il y en a pour six?
Recevoir sa famille à la table et partager son repas avec elle est un acte qui lie
incroyablement les humains.

Scène de repas familial
chez la famille Gosselin, 1948. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Émile
Gosselin (P1004, S2, P3). Photo : Émile Gosselin.
Avec ses odeurs enivrantes de soupe à l'orge qui mijote, d'oignons
rôtis et de pain de ménage qui cuit, la cuisine sent bon! Tels des oisillons
qui attendent la becquée dans leur nid, Monique et Danielle Gosselin semblent
ravies et impatientes de recevoir leur souper préparé par leur mère, Blandine
Savoie.

Tablée chez la famille
Darche, vers 1961. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S1,
SS4, DKK, P18). Photo : Jacques Darche.
Une fois la famille servie, la maman peut enfin s'asseoir et
manger à son tour. À gauche, Madeleine Bédard-Darche. Derrière la longue table,
Pauline Charlebois-Darche, Marie Darche, Claire Godbout, Marguerite Godbout,
Anne, Christine et Georges Darche mangent les divers plats qui sont disposés
sur la table.

Repas chez la famille
Morissette, années 1930. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Famille
Phaneuf-Donahue (P1005, D6, P26). Photographe non identifié.
Repas partagé par des membres de la famille Morissette : au
bout de la table se trouve Lucien Morissette, père blanc d'Afrique. Les femmes
ont conservé leur tablier durant ce repas à l'extérieur, en toute familiarité.
La transmission des savoirs culinaires
La plupart d'entre nous avons eu la chance de connaître ces
grands-mères en cuisine, maîtresses de maison hors pair, expertes en
savoir-faire culinaires, c'est-à-dire entre la connaissance théorique, la
pratique et l'économie domestique.
Les savoirs étaient transmis de mère en fille, d'abord par
la pratique, sinon par la littérature culinaire. Toute bonne cuisinière possédait
en effet plusieurs livres de cuisine tels La
cuisine raisonnée et ceux de Jehane Benoit ou encore les livrets de recettes
de produits de consommation courants tels Five
Roses ou le lait Carnation...
Le grand art était d'atteindre l'excellence avec peu de
moyens, notamment en apprêtant les restants pour resservir le tout sous un
angle nouveau et attrayant (comme le repas de dinde transformé le lendemain en
pâté ou en rillettes de volaille).

Monique Donahue et sa mère
Laurette Phaneuf, vers 1956. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Famille
Phaneuf-Donahue (P1005, D4, P5). Photo : Jean-Marie Donahue.
Laurette Phaneuf bénéficie de l'aide de sa fille, Monique
Donahue, pour hacher la viande au moulin. Alors que la mère porte le tablier
simple, la fille revêt une blouse de protection qui se boutonne ou se lace au
dos, communément appelé smock.

Monique Donahue au moulin
à viande, vers 1956. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Famille
Phaneuf-Donahue (P1005, D4, P7). Photo : Jean-Marie Donahue.

Préparation de mets de
Noël chez les Marticorena de Sainte-Catherine-de-Hatley, 24 décembre 1977.
Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S2, SS2, D1636A, P2).
Photo : Jacques Darche.
Hélène Marticorena et sa fille Christine préparent
différents mets pour le réveillon de Noël. Le poulet est déjà paré. Madame
Marticorena enseigne à sa fille l'art du dépiautage d'un lièvre. Le tour de la
pintade suivra par la suite.

La cuisson du lièvre chez
les Marticorena de Sainte-Catherine-de-Hatley, 24 décembre 1977. Archives
nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S2, SS2, D1636A, P8).
Photo : Jacques Darche.
Madame Marticorena et sa fille vivent dans une maison
rustique aux murs lambrissés. On aperçoit le poêle à bois, appelé truie, grâce
auquel elles procèdent à la cuisson du lièvre.
Au service de tous les estomacs

Hommes
au chantier forestier, avant 1913. Archives nationales à Sherbrooke, fonds
Alfred DesRochers (P6). Photographe non identifié.
La vie en chantier
est bien ardue, mais de bons cuisiniers apaisent les panses et les risques de
mutinerie sont alors moins grands. Ci-dessous, une section agrandie de la
photo laisse entrevoir les deux cuisiniers avec leur tablier blanc.


Juliette Delane, cuisinière au Camp les Sommets
Sainte-Catherine-de-Hatley, 1984. Archives nationales à Sherbrooke, fonds
Jacques Darche (P5, S2, SS4, P39513-1). Photo : Jacques Darche.
La cuisinière de camp, comme la cuisinière de cafétéria, a
fort à faire pour nourrir à la chaîne une grande quantité de personnes.
Ci-dessus, madame Juliette Delane porte un tablier à froufrou et une toque de
chef devant garder le cheveu bien à sa place et non pas dans l'assiette de son client...
L'appréciation de la cuisinière
La menace la plus évocatrice qui peut émaner d'une cuisine
est celle que personne ne veut jamais entendre : la cuisinière qui
s'apprête à « rendre son tablier ». Cette phrase à elle seule promet
des conséquences graves pour tous les écosystèmes : les familles, les
restaurants, les chantiers, les camps, les cafétérias. C'est pourquoi
l'appréciation du chef de cuisine est importante, pour toutes les attentions et
les heures employées à la réalisation d'un repas. Dans l'enfilade des jours du
quotidien, exprimons-nous assez notre reconnaissance envers celui ou celle qui
travaille ainsi pour nous nourrir?
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