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Notre histoire en archives : À vos tabliers !

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Photo : BAnQ
Bibliothèque et Archives nationales du Québec Par Bibliothèque et Archives nationales du Québec
archives.sherbrooke@banq.qc.ca
Mardi 10 mars 2026

Elianne Blais au tricot, 11 janvier 1942. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Famille Phaneuf-Donahue (P1005, D2, P7). Photographe non identifié.

Notre histoire en archives : À vos tabliers !

Préparé par Julie Roy, archiviste-coordonnatrice, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Avec la restauration rapide, les boîtes-repas livrées à la porte et les produits transformés achetés à l'épicerie, le tablier est malheureusement le grand absent de nos cuisines modernes.

Pourtant, à l'époque de nos grands-mères, alors que tous les aliments se préparaient à la maison, le tablier faisait de ces dernières les chefs incontestées de la cuisine.

Le tablier est l'outil indispensable des femmes au foyer de la classe moyenne du XXe siècle : non seulement il protège les habits de la saleté, mais il sert d'essuie-tout, sèche les larmes des tout-petits et facilite le transport de petits objets ou des récoltes d'œufs et de pommes... Le tablier est si polyvalent!

Voici quelques photos issues des fonds d'archives de BAnQ illustrant l'utilisation du tablier dans les cuisines d'antan.  

La cuisine, l'âme de la maison

Dans la maison d'antan, la cuisine est un lieu animé pendant une bonne partie de la journée, rythmée par la préparation des trois repas journaliers. Le tout est orchestré par la maîtresse de maison : elle détermine le menu, effectue les achats, concocte les repas, fait des conserves. Le rangement et le ménage sont des tâches connexes obligatoires... puis le bal recommence, tous les jours de l'année.

La cuisine est également un grand lieu d'accueil. Ne dit-on pas que, lorsqu'il y a de la nourriture pour cinq personnes, il y en a pour six? Recevoir sa famille à la table et partager son repas avec elle est un acte qui lie incroyablement les humains.

Scène de repas familial chez la famille Gosselin, 1948. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Émile Gosselin (P1004, S2, P3). Photo : Émile Gosselin.

Avec ses odeurs enivrantes de soupe à l'orge qui mijote, d'oignons rôtis et de pain de ménage qui cuit, la cuisine sent bon! Tels des oisillons qui attendent la becquée dans leur nid, Monique et Danielle Gosselin semblent ravies et impatientes de recevoir leur souper préparé par leur mère, Blandine Savoie.

Tablée chez la famille Darche, vers 1961. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S1, SS4, DKK, P18). Photo : Jacques Darche.

Une fois la famille servie, la maman peut enfin s'asseoir et manger à son tour. À gauche, Madeleine Bédard-Darche. Derrière la longue table, Pauline Charlebois-Darche, Marie Darche, Claire Godbout, Marguerite Godbout, Anne, Christine et Georges Darche mangent les divers plats qui sont disposés sur la table.

Repas chez la famille Morissette, années 1930. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Famille Phaneuf-Donahue (P1005, D6, P26). Photographe non identifié.

Repas partagé par des membres de la famille Morissette : au bout de la table se trouve Lucien Morissette, père blanc d'Afrique. Les femmes ont conservé leur tablier durant ce repas à l'extérieur, en toute familiarité.

La transmission des savoirs culinaires

La plupart d'entre nous avons eu la chance de connaître ces grands-mères en cuisine, maîtresses de maison hors pair, expertes en savoir-faire culinaires, c'est-à-dire entre la connaissance théorique, la pratique et l'économie domestique. 

Les savoirs étaient transmis de mère en fille, d'abord par la pratique, sinon par la littérature culinaire. Toute bonne cuisinière possédait en effet plusieurs livres de cuisine tels La cuisine raisonnée et ceux de Jehane Benoit ou encore les livrets de recettes de produits de consommation courants tels Five Roses ou le lait Carnation...

Le grand art était d'atteindre l'excellence avec peu de moyens, notamment en apprêtant les restants pour resservir le tout sous un angle nouveau et attrayant (comme le repas de dinde transformé le lendemain en pâté ou en rillettes de volaille).

Monique Donahue et sa mère Laurette Phaneuf, vers 1956. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Famille Phaneuf-Donahue (P1005, D4, P5). Photo : Jean-Marie Donahue.

Laurette Phaneuf bénéficie de l'aide de sa fille, Monique Donahue, pour hacher la viande au moulin. Alors que la mère porte le tablier simple, la fille revêt une blouse de protection qui se boutonne ou se lace au dos, communément appelé smock.

Monique Donahue au moulin à viande, vers 1956. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Famille Phaneuf-Donahue (P1005, D4, P7). Photo : Jean-Marie Donahue.

Préparation de mets de Noël chez les Marticorena de Sainte-Catherine-de-Hatley, 24 décembre 1977. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S2, SS2, D1636A, P2). Photo : Jacques Darche.

Hélène Marticorena et sa fille Christine préparent différents mets pour le réveillon de Noël. Le poulet est déjà paré. Madame Marticorena enseigne à sa fille l'art du dépiautage d'un lièvre. Le tour de la pintade suivra par la suite.

La cuisson du lièvre chez les Marticorena de Sainte-Catherine-de-Hatley, 24 décembre 1977. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S2, SS2, D1636A, P8). Photo : Jacques Darche.

Madame Marticorena et sa fille vivent dans une maison rustique aux murs lambrissés. On aperçoit le poêle à bois, appelé truie, grâce auquel elles procèdent à la cuisson du lièvre.

Au service de tous les estomacs

Hommes au chantier forestier, avant 1913. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Alfred DesRochers (P6). Photographe non identifié.

La vie en chantier est bien ardue, mais de bons cuisiniers apaisent les panses et les risques de mutinerie sont alors moins grands. Ci-dessous, une section agrandie de la photo laisse entrevoir les deux cuisiniers avec leur tablier blanc.

Juliette Delane, cuisinière au Camp les Sommets Sainte-Catherine-de-Hatley, 1984. Archives nationales à Sherbrooke, fonds Jacques Darche (P5, S2, SS4, P39513-1). Photo : Jacques Darche.

La cuisinière de camp, comme la cuisinière de cafétéria, a fort à faire pour nourrir à la chaîne une grande quantité de personnes. Ci-dessus, madame Juliette Delane porte un tablier à froufrou et une toque de chef devant garder le cheveu bien à sa place et non pas dans l'assiette de son client...

L'appréciation de la cuisinière

La menace la plus évocatrice qui peut émaner d'une cuisine est celle que personne ne veut jamais entendre : la cuisinière qui s'apprête à « rendre son tablier ». Cette phrase à elle seule promet des conséquences graves pour tous les écosystèmes : les familles, les restaurants, les chantiers, les camps, les cafétérias. C'est pourquoi l'appréciation du chef de cuisine est importante, pour toutes les attentions et les heures employées à la réalisation d'un repas. Dans l'enfilade des jours du quotidien, exprimons-nous assez notre reconnaissance envers celui ou celle qui travaille ainsi pour nous nourrir?

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Archives nationales à Sherbrooke

225, rue Frontenac, bureau 401
819 820-3010, poste 6330
archives.sherbrooke@banq.qc.ca



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