Ce n'est pas
dans la culture canadienne d'être guerrier. Encore moins dans la culture
québécoise. Nous donnons plutôt dans le pacifisme. Alors il ne faut pas
s'étonner d'entendre chez nous les commentateurs discuter avec scepticisme de
l'action américano-israélienne en Iran. Déjà, que l'auteur principal de cette
guerre, le président Donald Trump est fort impopulaire chez nous. Il n'empêche
que l'on doit reconnaître que pour une fois le bully de notre cour d'école
s'en est pris à une véritable brute sanguinaire, le régime islamique de la
république iranienne. C'est pourquoi je ne partage pas la frilosité de bien des
commentateurs de l'actualité qui jugent que la déclaration du premier ministre
canadien, Mark Carney, sur son appui à l'invasion israélo-américaine par la
force brutale de bombardements est une erreur. Je me réjouis de la mort du
guide suprême de l'Iran et je souhaite l'éradication de ce régime obscurantiste
de la face de la terre. Regardons cela de plus près.
Le régime iranien
Le débat sur
le régime iranien en tant que menace pour la paix et la sécurité mondiales
n'est pas une fiction de l'esprit. La république d'Iran est un régime
terroriste qui repose sur sa lutte pour l'influence régionale, son soutien à
des groupes armés et sa défense acharnée de ses ambitions nucléaires. Devant un
tel contexte, il m'apparaît un peu vain de vouloir discuter des grands
principes du droit international. Depuis 1979, l'Iran s'est constitué en
théocratie autoritaire où les droits de l'homme, et surtout des femmes, sont
largement violés. Le régime islamique exerce un contrôle strict sur la société
par l'intermédiaire des gardiens de la révolution et d'autres institutions
comme les tribunaux islamiques et la police politique. Les dissidents
politiques, les journalistes et les activistes sont régulièrement emprisonnés
et parfois tués. Ce n'est pas d'hier que des organisations comme Amnistie internationale
et l'Observatoire des droits humains dénoncent la confiscation des
droits fondamentaux des citoyennes et citoyens en Iran. Que dire aussi de
l'oppression des minorités kurdes et baha'is. Cela c'est la
politique intérieure, mais il y a aussi la politique extérieure du régime qui
réside dans le soutien de la république islamiste d'Iran à des groupes
terroristes tels que le Hezbollah au Liban et les milices chiites en Irak. La
république d'Iran finance, forme et arme ces groupes afin de renforcer son
influence au Moyen-Orient et de s'opposer à des puissances comme Israël et les
États-Unis. Cela met en lumière une vision expansionniste qui menace la
stabilité de plusieurs pays dans le monde, l'existence même d'Israël et le mode
de vie des pays occidentaux.
La goutte qui
a fait déborder le vase américain c'est le programme nucléaire iranien. On ne
peut croire la parole de ces mollahs qui prétendent que ses ambitions
nucléaires étaient pacifiques. Les accords de Vienne en 2015 ont cherché à
limiter les activités nucléaires du régime iranien, mais des violations
répétées par l'Iran et le retrait de ces accords des États-Unis en 2018 ont
exacerbé les tensions qui ont mené à l'intervention américaine du 28 février.
Trump le va-t'en guerre
Ce qui ne
signifie pas pour autant que l'on doive suivre aveuglément Donald Trump dans
ses aventures guerrières. On ne peut faire confiance au président Trump et au
premier ministre d'Israël, Benyamin Netanyahou
pour faire preuve de mesure ou prévoir une fin heureuse pour le peuple iranien.
Ce n'est pas dans leur nature profonde de donner dans la sentimentalité et
l'humanitaire. Nous n'avons qu'à voir la catastrophe annoncée qui se déroule
sous nos yeux au Liban dans le sud de Beyrouth pour nous en convaincre. Les
États-Unis et Israël vont finir leur sale boulot et contribuer au renversement
du régime islamique d'Iran. C'est à la population iranienne et à la communauté
internationale de venir ajouter leur contribution afin de parvenir à une fin
heureuse pour le peuple iranien. Je sais que le président Trump juge le Canada
comme de la matière négligeable. Il n'a pas tort sur le fond, mais il serait
utile de lui rappeler l'épisode du sauvetage des otages américains par le
Canada en 1979. Cet événement est raconté dans un thriller politique
américain réalisé en 2012 par Ben Affleck qui tient le rôle principal dans
le film. Ce film rappelle de façon romancée le sauvetage de six des otages de
l'ambassade américaine par le personnel de l'ambassade du Canada. Ce qui prouve
qu'un allié sûr comme le Canada peut être utile aux États-Unis.
Quoi qu'il en
soit, le Canada et la communauté européenne devraient faire entendre leurs voix
pour obliger les Américains et les Israéliens à reprendre les sentiers du droit
international pour la suite des choses. Il est important que l'on pense
l'après-guerre dans une communauté internationale plutôt que dans la seule vision
guerrière des États-Unis et d'Israël.
L'avenir est à une diplomatie active de la communauté
internationale
Dès aujourd'hui, il est impératif de réfléchir à l'après-guerre. Il faut
de toute urgence créer une coalition internationale où seront présents la
communauté européenne, le Canada, la Chine et même la Russie. Ces pays doivent
s'appuyer avec les pays du golfe afin d'instaurer des clauses de contrôle pour
l'avenir de tout futur gouvernement iranien en matière d'armement et de
développement du nucléaire. Une fois l'offensive guerrière menée, celle-ci doit
laisser place à un engagement diplomatique de la communauté internationale. Il
faut réussir à trouver une solution avantageuse pour l'avenir du peuple iranien
et afin d'assurer la sécurité de la région et du monde. De sorte qu'il y ait un
avenir possible en Iran et au Moyen-Orient, une approche basée sur le dialogue,
la coopération régionale et le soutien à la société civile est incontournable. Par
une compréhension nuancée de la réalité géopolitique de la région, il est
possible de tracer un chenin vers une paix durable en faveur de la sécurité
régionale et mondiale. Il est nécessaire de profiter des maux de guerre pour ne
pas s'enferrer dans la guerre des mots...