François Legault a pris tout le Québec par surprise en
annonçant mercredi dernier sa démission comme premier ministre du Québec. Il
quittera son poste de premier ministre et de député de l'Assomption dès que son
parti, la Coalition avenir Québec, aura choisi une nouvelle ou un nouveau chef.
Malgré ses nombreuses entrevues où il a affirmé qu'il serait là pour la
prochaine élection, François Legault a dû se rendre à l'évidence que la
population du Québec n'était plus à son écoute et que rien de ce qu'il pouvait
faire pourrait lui permettre d'éviter la solide raclée électorale que lui et
son parti recevraient à la prochaine élection. Son départ ne garantit pas
nécessairement que son parti va lui survivre, mais il donne au moins une chance
à celles et ceux qui voudront tenter de sauver les meubles.
Le legs de François Legault au Québec
François Legault a été un homme politique emblématique au
Québec et il a marqué la scène politique québécoise. Il a créé un parti
politique, a gagné deux solides majorités. Il laisse cependant un héritage
complexe façonné par des réussites et des échecs notables. Il faut retourner en
2011 pour voir François Legault rassembler une partie de l'électorat qui se
sentait désillusionnée par les anciens partis traditionnels, soit le Parti
libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ). François Legault positionne
son nouveau parti comme le champion du nationalisme pragmatique, cherchant à
construire une identité québécoise forte tout en maintenant des relations
constructives avec le Canada. La Coalition avenir Québec (CAQ) a pu capitaliser
sur un sentiment de stagnation dans les discussions sur les enjeux identitaires
et sur les questions de souveraineté. Son charisme et sa capacité à se
positionner comme un centriste nationaliste lui ont permis d'obtenir une
popularité sans précédent culminant lors des élections de 2018 où la CAQ a
remporté une victoire écrasante. Legault a su promettre un changement, un
nouveau souffle dans la gestion des affaires publiques du Québec en se
concentrant sur des questions comme l'immigration, la santé et l'éducation.
Puis vint la pandémie...
La pandémie de COVID-19 a été un moment charnière pour
Legault et la CAQ. Au début de la crise, il a été applaudi pour sa réponse
rapide et décisive remportant des cotes de popularité élevées. Sa
communication, souvent directe et franche, a rassuré la population inquiète.
Toutefois, cet enthousiasme a rapidement tourné lorsque la gestion de la crise
a montré ses failles, notamment dans les CHSLD où le Québec a connu des pertes
humaines tragiques. Cette crise a mis au jour non seulement des failles dans le
système de santé, mais également des lacunes dans l'approche de Legault
concernant la gestion des ressources humaines et des infrastructures. En somme,
la gestion de la pandémie a fait de Legault un bon père de famille, mais les
séquelles et les suites de cette crise en ont fait un vieux mon oncle. Ainsi,
après avoir atteint un sommet de popularité et obtenu une victoire électorale
écrasante en 2022. Legault a commencé sa descente dans les enfers de
l'impopularité.
L'ambivalence comme politique...
Le legs de François Legault est marqué par son approche
ambivalente du nationalisme. Alors qu'il a cherché à promouvoir une identité
québécoise forte et distincte, il a souvent navigué les eaux tumultueuses du
débat sur la place du Québec au sein du Canada. Sa volonté de distancier de la
souveraineté absolue tout en prônant une révolution tranquille dans la gestion
des affaires québécoises trahissait d'une certaine manière l'identité
centre-droite de sa formation politique. Si cela ne s'est pas fait sentir au
sein de la CAQ qui était la création de François Legault, cela a créé des
tensions au sein de la société québécoise. Legault a tenté d'établir une forme
de nationalisme inclusif, cherchant à attirer des électeurs de toutes origines,
mais n'hésitant pas à donner dans des lois liberticides sur la laïcité et le
français par exemple. On sentait dans les politiques caquistes le relent de la
charte des valeurs de Pauline Marois. Les propos de François Legault sur
l'immigration ont suscité de nombreuses critiques de même que ses prises de
position sur le racisme systémique. Nous avons pu voir une forme d'intolérance
et de nationalisme étroit professés par François Legault pour satisfaire sa
base nationaliste, mais qui irritait de nombreux Québécois. Sa légèreté à
utiliser la clause dérogatoire de la constitution canadienne et ses discours
antisyndicaux récents ont fini par donner un arrière-goût significatif des
politiques de la CAQ et de François Legault.
Legault et le développement économique
L'une des plus grandes fiertés de François Legault est
d'avoir réduit l'écart de richesse du Québec avec l'Ontario. Néanmoins, son
interventionnisme économique s'il a connu certains succès et obscurci par des
échecs retentissants comme celui de Northvolt. François Legault a mis en œuvre
des politiques visant à stimuler la croissance et réduire le fardeau fiscal des
Québécois. Sa promesse d'un Québec prospère, avec une économie dynamique, a
séduit une large partie de l'électorat qui par la suite a été déçu. L'idée
d'envoyer des chèques aux citoyens a soulevé des questions légitimes sur la
durabilité d'une telle stratégie et de son impact sur les services offerts à la
population. On peut aussi souligner que les politiques économiques de Legault
n'ont pas réduit la dépendance du Québec envers les grandes industries, telles
que le secteur pétrolier et le secteur minier. La question des barrages
hydro-électriques et de leur impact sur l'environnement a aussi suscité des
débats et a contribué à rendre parfois difficile le dialogue du gouvernement
Legault avec les communautés autochtones.
Legault un homme politique marquant, mais pas un grand
premier ministre
Même si je ne suis pas d'avis que François Legault a été un
grand premier ministre pour le Québec, je crois toutefois qu'il a été un
personnage marquant de la scène politique québécoise et canadienne. Il a
effectué un travail honnête dans un contexte difficile. Le legs de François
Legault, bien que divisé entre réussites et échecs, représente une étape
cruciale dans l'évolution du Québec contemporain. Même s'il a réussi à créer
une identité politique autour de la CAQ et à répondre à des défis économiques immédiats,
il n'aura pas réussi à apaiser les tensions sociales et a maintenu
l'ambivalence de son nationalisme. Alors que François Legault tire sa révérence
de la scène politique, son héritage continuera de susciter des débats parmi les
citoyens québécois. Le défi qui se pose à son parti c'est de construire sur cet
héritage. Construire un avenir qui permettra au Québec de perdurer au Canada
comme nation francophone. Chose certaine, ce qu'enseigne le parcours de
François Legault c'est la vieille vérité de la littérature soit que les héros
naissent pour mourir...