Dans ma
dernière chronique, je vous ai promis que je reviendrai sur le discours
prononcé par le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, lors du
dernier congrès du PQ. Pour cette occasion, le chef du parti québécois a voulu
jouer aux historiens afin de rétablir la vérité sur le discours du premier
ministre Carney que Plamondon accuse d'avoir menti sur l'histoire du Québec et
la signification de la conquête britannique de 1760 sur les plaines d'Abraham.
J'avais écrit la semaine dernière que le premier ministre Carney avait emprunté
un chemin tortueux pour vivifier l'unité canadienne et qu'il avait erronément
résumé l'histoire du Québec en deux traits de crayons. À l'évidence, c'était un
mauvais discours. Ce n'est pas étonnant de voir le chef des souverainistes
défoncer la porte ainsi ouverte pour faire valoir son option en déclarant que
le premier ministre Carney avait commencé la campagne référendaire. Le seul
problème c'est qu'il n'y a pas de référendum en vue outre la volonté du Parti
québécois d'en proposer un s'il est élu lors de la prochaine élection. Au
risque de décevoir les souverainistes, cela n'est pas encore chose faite. Il y
aura une élection avant d'en arriver là.
Le discours de PSPP
Paul St-Pierre
Plamondon avait promis de rétablir les faits avec vigueur. Il s'est plutôt
réfugié dans une version de notre histoire qui fait du Québec une victime. Sa
longue énumération des événements qui ont ponctué l'histoire du Québec était
exacte. Il est vrai que le territoire du Québec a été conquis en 1759 par les Britanniques
dans une guerre de conquête, mais pas entre les colons de l'époque et le
pouvoir britannique, mais plutôt entre deux coloniaux qui se sont affrontés
soit la France et les Britanniques. D'ailleurs, la signification qu'il faut
accorder à la conquête comme événement historique a fait l'objet de nombreux
débats parmi les historiens. Ne nous étonnons pas que les historiens
canadien-anglais et québécois aient des versions différentes de cet événement.
McKillop par exemple, dans la foulée de Donald Creighton, a généralement
présenté la conquête comme une étape nécessaire pour l'établissement du Canada
moderne. La même perspective que celle adoptée par le premier ministre Carney
lors de son allocution à la Citadelle de Québec. Faut-il s'en surprendre pour
un Canadien de l'Alberta ? Si monsieur Carney avait mieux connu l'histoire de
ce pays et les débats historiographiques qui ont cours dans cette discipline,
il aurait su que cette perspective était contestée notamment par l'historien
nationaliste Michel Brunet ou encore par Claude Bélanger et de nombreux autres.
Sur la
question des patriotes, Paul St-Pierre Plamondon néglige le caractère
réformiste de ces derniers qui voulaient changer un ordre constitutionnel pour
établir un gouvernement responsable. Il occulte cet aspect pour le présenter comme
une lutte nationale opposant français et anglais. Ce n'est pas tout faux, mais cela
nécessite une grande prudence quand on songe au rôle de Wolfred Nelson au côté
de Louis-Joseph Papineau.
Un autre
thème important de l'histoire canadienne est celui de la naissance du Canada où
le Canada est devenu un dominion fédéral. Donald Creighton a surement été le
plus grand défenseur de l'idée que cette transformation de l'empire du
Saint-Laurent a été une grande réussite en mettant l'accent sur des figures
iconiques comme John A. Macdonald et Georges-Étienne Cartier, le creuset du
mythe de la bonne entente entre francophone et anglophones. Les chercheurs
contemporains en histoire du Québec adoptent souvent des approches critiques et
soulignent les exclusions comme celle des femmes et des peuples autochtones. On
reproche notamment à l'histoire d'écrire l'histoire en invisibilisant les
minorités et en les laissant pour compte des sociétés libérales.
Les omissions de PSPP
La plus
grande omission de PSPP est sans contredit les peuples autochtones. Comment
peut-il nous parler de colonialisme sans parler de l'esclavage du régime français
et de l'oppression des populations autochtones par le régime fédéral ? Louis
Riel est plus un symbole de l'histoire autochtone que celle du Québec. Des
initiatives récentes comme la Commission de la vérité et de la réconciliation
ont permis aux Canadiens de jeter un regard critique sur les comportements de
ce pays envers les peuples autochtones. Nous pouvons rappeler ici la triste
histoire des pensionnats pour nous convaincre de nos politiques inadéquates
envers les peuples premiers de ce pays.
Une autre
omission de Plamondon est celle qui a fait du Canada le lieu de la première
assemblée représentative dans les démocraties modernes. Les tensions entre le
gouvernement de la colonie et ce parlement sont la source première du conflit
des patriotes autour des querelles sur les crédits.
Le passé colonial du Canada
Le passé
colonial du Canada est une réalité. Il continue d'influencer les relations
entre les Canadiens. Il reste cependant que ce passé colonial affecte aussi
d'autres parties du Canada. Ce n'est pas exclusif au Québec. Les responsables
politiques ont un rôle crucial à jouer pour rétablir l'harmonie entre les Canadiens
et dans ce pays. Les discours nationalistes comme celui de Paul St-Pierre
Plamondon soulèvent des questions fondamentales sur l'identité. Il est important
de rompre avec le discours nationaliste victimaire qui ne peut qu'entraîner un
sentiment de résignation plutôt que de mobilisation. En plaçant le Québec dans
un rôle d'éternelle victime, le Canada est diabolisé comme un oppresseur et cela
crée des fractures entre les diverses communautés. Cette position rend
difficile tout avenir commun entre voisins qu'importent les décisions que la
population du Québec prendra. Ce n'est pas une bonne idée d'antagoniser un
voisin et un partenaire.
Dépasser les frustrations du passé
Les discours
nationalistes comme celui de Paul St-Pierre Plamondon soulèvent des questions
fondamentales sur l'identité (qu'importe ce qu'en dit Falardeau) et l'histoire
du Québec. Si l'oppression a bel et bien façonné l'expérience des Québécois
francophones, il est important de dépasser une vision de victime pour embrasser
une expérience collective plus riche et plus nuancée, qui inclut la diversité
des luttes et des identités présentes au Québec et au Canada. La construction
d'une nation québécoise forte n'exclut pas l'idée qu'elle puisse se vivre dans
le cadre d'une fédération comme celle du Canada. Pour cela, il faut que le
dialogue et la compréhension prévalent sur la victimisation et l'exclusion.
C'est par le dialogue et la compréhension de l'Autre qu'il sera possible de forger
un récit national canadien et québécois véritablement représentatif de la
pluralité canadienne et québécoise. Ce que nous devons apprendre de nous-mêmes
c'est que ce n'est pas une bonne idée de construire un discours qui érige l'un
contre l'autre. C'est pour moi ce que nous enseignent les leçons de l'histoire...