Nous
sommes en campagne électorale. On a vu surgir dans nos environnements visuels
une ribambelle de pancartes électorales. Les spécialistes ont joué au jeu de
décrypter le message des différentes formations politiques dans leur choix de
couleurs, de signes et de slogans. Business as usual comme on dit par
chez-nous. Après une dizaine de jours, on comprend déjà que cette campagne sera
importante. Sera-t-elle la plus importante de notre vie ? C'est à voir. Chose
certaine, la campagne électorale actuelle se démarque déjà de toutes celles que
nous avons connues. Pour la première fois, cinq partis se font la lutte de
façon crédible avec un message qui résonne pour des clientèles spécifiques. Il
est d'ores et déjà certain qu'aucun des partis politiques en présence ne se
dirige vers un triomphe comme ceux des libéraux de Robert Bourassa en 1985, du
PQ de René Lévesque en 1976 ou tout simplement des caquistes de Legault en 2018.
C'est que le monde a changé, la politique également. Nous sommes plus que
jamais dans un monde où le clientélisme est roi et les débats de société
absents. Nous sommes en 2026.
Fréchette tient le phare
On a
eu tort de sous-estimer la nouvelle venue Christine Fréchette. Ma foi, elle
sait tirer sur les bonnes manettes. Renouveler au mieux de ses capacités une
équipe vieillie et affaiblie par huit années de pouvoir. Se présenter comme un
nouveau gouvernement en faisant disparaître à la fois son parti, la CAQ, et ses
figures du passé tout en faisant mine de rien. Profiter à fond du contexte de crise
avec les États-Unis pour se présenter comme la vaillante capitaine qui
affrontera contre vent et marée la tempête pour défendre nos intérêts. Enfin,
se coller le plus possible sur le personnage politique le plus populaire au
Québec et au Canada, le premier ministre libéral Mark Carney. Ce qu'elle a fait
de main de maître avec les annonces majeures de Churchill Falls et de la Davie
à Québec. La nouvelle (sic) coalition de Christine Fréchette a déjà réalisé
l'impossible. Elle a empêché la Coalition avenir Québec de sombrer corps et
biens dans la tempête que ce gouvernement a lentement mais surement fabriquée
par ses reculs et ses inepties dans nombreux dossiers. Le troisième lien en est
l'illustration la plus probante.
PSPP mène une très bonne campagne
Pendant
que madame Fréchette se sert du cirque de la crise avec les États-Unis de Trump
pour faire tourner les électeurs sur son nez, Paul St-Pierre Plamondon mène une
excellente campagne d'étudiant modèle avec des propositions et des enjeux
clairs, des propos raisonnés, des clips qui percolent. Bref, une campagne de
premier de classe. Toujours le préféré des électeurs, il mène depuis plus de 18 mois
les concours de popularité de sa classe, mais sans réussir à ce que les gens
tombent en amour avec lui. Il a un parcours sans faute jusqu'à présent. Il a
réuni une équipe de candidats et de candidates de grande qualité, il a
habilement manœuvré pour faire de la souveraineté et du référendum un enjeu
secondaire de la présente élection. PSPP fait les choses comme il le faut, mais
il ne parvient pas à nous faire tomber en pâmoison devant lui. Dans le meilleur
scénario, il se retrouvera à la tête d'un gouvernement minoritaire qui sera
pieds et mains liés devant sa raison de vivre : faire la souveraineté du
Québec. On peut dire que pour Pierre St-Pierre Plamondon ce n'est pas la
meilleure journée au bureau de sa vie jusqu'à maintenant.
L'ineffable Charles Milliard cherche à faire
sa place
Pour
le Parti libéral du Québec, le prétendant naturel de gouvernement au Québec,
les choses ne vont pas très bien. Pourtant, le diagnostic posé par Charles
Millaird concernant les différents dossiers est le bon. Il s'appuie sur les
valeurs sûres des libéraux comme les libertés individuelles et l'économie.
Pourtant, il peine à se faire entendre et se faire reconnaître des électeurs.
Le problème de la déconnexion des libéraux avec les francophones partout au
Québec ne semble pas reposer sur un problème de leadership. Je crois qu'il
repose plutôt sur l'incapacité des libéraux à défendre avec passion la langue
et la culture québécoise francophone. Les hésitations de Charles Milliard sur
les questions linguistiques ont en quelque sorte handicapé ses chances de
réussite dans la présente campagne électorale. Certes, il est beaucoup trop tôt
pour clore la discussion sur le résultat de cette campagne électorale
imprévisible. Il reste qu'à la fin, il est plus que probable que les libéraux
se mordront les doigts d'avoir été incapables d'emprunter une voie plus
nationaliste, prisonniers qu'ils sont de leur députation de l'Ouest-de-l'Île.
Duhaime crédibilise une véritable voix de
droite au Québec
Ceux
qui en doutaient auront été confondus. Le chef du Parti conservateur Éric
Duhaime est un communicateur redoutable et un politicien aux réflexes bien
aiguisés. Depuis la lointaine époque de Maurice Duplessis, il sera celui qui
réussira à faire élire des députés conservateurs à l'Assemblée nationale du
Québec. Je ne sais pas s'il réussira à en faire élire neuf ou douze députés ou
plus encore, mais une chose est certaine, son discours attire l'attention, il
réussit à brasser le pommier et la récolte des pommes sera fructueuse en cet
automne électoral. Les idées de Duhaime sont claires. Il veut briser le modèle
québécois et le remplacer par le marché. Avec Duhaime, liberté rime avec
abolition du carcan étatique. Il n'est pas seul à vouloir s'en prendre à l'État
et à la bureaucratie, ses collègues St-Pierre Plamondon et Fréchette le
joignent dans ce combat et même Charles Milliard semble se rallier à la cause.
La seule exception est Ruba Ghazal et Québec solidaire.
Ghazal défend l'État et prône la solidarité
Si
les partis politiques et les chefs se transforment à l'aube des campagnes
électorales pour racoler le vote des électeurs, on ne peut pas dire cela de la
nouvelle passionaria de la politique québécoise, Ruba Ghazal. Madame Ghazal
défend bec et ongles l'État québécois et prononce des discours passionnés sur
la solidarité et l'entraide entre les gens ordinaires. Québec solidaire est
fidèle à lui-même et en prime il nous présente des engagements électoraux créatifs
qui donnent dans le clientélisme comme celui des fournitures scolaires. Croyez-moi,
si un chef cause une surprise dans cette campagne, ce sera madame Ruba Ghazal.
Jean-Marc Léger affirme souvent que les Québécois aiment tomber en amour avec
un chef lors d'une campagne électorale. Si cela s'avère lors de cette campagne,
je crois que c'est avec Ruba Ghazal que les Québécois tomberont en amour.
Certes, cela sera une passion passagère qui ne lui permettra pas de former un
gouvernement ou une grande opposition, mais cela sera suffisant pour nuire aux
chances du PQ de Paul St-Pierre Plamondon de former un gouvernement majoritaire
et de nous mener sur les chemins incertains de la souveraineté.
Vers les débats...
Les
campagnes tournent. Les chefs sillonnent le Québec et les sondages pleuvent.
Aujourd'hui, rien n'est certain. Tout est flou. Il y a du mouvement dans
l'opinion, mais les indécis demeurent nombreux. Tout cela nous mènera lentement
mais surement vers les nombreux débats entre les chefs, dont le face-à-face à
TVA avec Paul Larocque. Nous aurons l'occasion de reparler de cette campagne
qui a démarré sur des chapeaux de roues...