Il y a des œuvres
cinématographiques qui marquent non seulement leur époque, mais aussi qui
constituent une sorte de métaphore universelle d'une époque qui nous plonge
dans l'avenir. C'est le cas du film de Martin Scorsese produit en 2002 : Gangs
of New York. Ce film dépeint
un tableau brut et fascinant de la vie à New York au milieu du XIXe siècle,
marqué par des conflits ethniques, des luttes de pouvoir et des tensions
sociales. Au-delà de son cadre historique, Gangs of New York s'érige en
une puissante métaphore des phénomènes politiques modernes, tels que le
populisme et l'autoritarisme qui semblent de nouveau triompher dans de
nombreuses sociétés contemporaines. Au moyen de scènes de violence entre gangs, le film
montre comment des conflits peuvent être instrumentalisés pour diviser la
classe ouvrière et détourner l'attention des véritables problèmes économiques
et sociaux. Ce qui sera le cas avec l'idée de faire un pays du Québec lors des
prochaines élections de l'automne.
Nous irons aux urnes...
Les
grandes manœuvres électorales sont commencées. La nomination, la dénomination
de candidats se font et se défont sous nos yeux. En dépit du calme relatif de
la période estivale, il ne faut pas être dupe, nous sommes dès aujourd'hui en
campagne électorale. Bien entendu, nous savons encore peu sur ce que chaque
parti nous proposera pour acheter notre fidélité du moment pour conquérir le
pouvoir, mais nous pouvons être certains que les grandes campagnes de peur et
d'injures sur fond d'avenir du Québec dans le Canada seront au premier plan.
J'ai peine à croire que nous revivrons ces drames inutiles et improductifs en
2026.
Hier
encore nous étions convaincus que l'avenir reposait sur la lutte aux
changements climatiques, à l'affirmation de la personnalité du Québec sur la
scène internationale en vertu de la doctrine Gérin-Lajoie et à la création d'un
dialogue avec le Canada pour permettre de reconnaître les droits des Canadiens français
devenus Québécois et de leurs alliés de tout temps, à l'exception de Mohawks,
les Premières Nations sur le territoire du Québec. Un petit sursaut de Trump
est suivi de reculs successifs de notre agréable banquier Carney et tout est
remis en question. Nous aurons une campagne électorale où l'enjeu majeur sera
de faire du Québec un pays même si une très forte majorité d'entre nous ne
veulent pas de ce résultat.
Revenir aux bases
Ainsi,
on jouera les jeux de base qui nous sont très familiers. Insulter nos
compatriotes qui croient que le seul avenir du Québec est dans le Canada en les
traitant de traîtres, de vendus ou pire d'aveuglement volontaire pour défendre
leurs petits intérêts. On rejouera dans le film de la peur de perdre plutôt que
de vouloir nous réunir pour gagner. Je ne suis pas contre l'idée de faire du
Québec un pays, je trouve cette idée révolue. Nous sommes plus que jamais à
l'ère de l'interdépendance entre nations. Je rêve d'un jour où nous mettrons
ensemble tous nos formidables efforts pour rebâtir un Canada qui reconnaîtra
enfin les droits du Québec et des nations autochtones. Un Canada qui brisera
une fois pour toutes ces liens avec les régimes coloniaux qui ont bâti la
prison dans laquelle nous nous retrouvons sur le plan de l'identité. Bien sûr,
l'idée d'être indépendant et de devenir un pays en volant de ses propres ailes
est attrayante. Cependant, que d'efforts pour y arriver et finalement en
revenir au même point ! Quitter le Canada pays pour le remplacer par un Canada
partenaire avec lequel nous négocierons des traités pour redevenir un espace
commun tant politique qu'économique est une idée qui m'apparaît farfelue. À
tout le moins improductive.
Changer pour de vrai...
Selon
moi, la solution ne consiste pas à revivre le passé sous un mode différent,
mais à proposer des changements réels. Comme le montre le film Gangs of New
York, l'influence de la politique sur la vie quotidienne des individus
reste d'une actualité saisissante. Leurs luttes ne sont pas seulement des
combats pour la survie ou la dignité, mais des luttes pour un avenir dans un
système corrompu qui semble favoriser l'autoritarisme. Aujourd'hui, de nombreux
citoyens ressentent un écart croissant entre les gouvernés et les gouvernants
où les promesses des dirigeants en matière de justice sociale et d'égalité sont
souvent trahies par des politiques qui profitent à une élite. Cela nourrit un
ressentiment qui pave la voie au populisme où les leaders émergent en
promettant de renverser l'ordre établi tout en offrant peu de solutions
substantielles. C'est ce que prétend incarner notre puissant voisin américain
sous la présidence de Donald Trump. Nous ne devons pas accepter de revivre une
nouvelle fois nos querelles intestines improductives dans une campagne
électorale qui sera stérile pour notre avenir commun. Nous méritons mieux.
Apprendre du passé...
À
l'aube de la prochaine campagne électorale, soyons méfiants envers les vendeurs
du temple qui nous promettront des jours heureux sans effort. Méfions-nous des
saltimbanques qui nous offriront monts et merveilles en échange de notre appui.
Rappelons-nous que nous serons déçus comme nous avons pu l'être de François
Legault et de son gouvernement de la Coalition avenir Québec. Nous
devons être des électeurs difficiles et critiques. Nous devons exiger des gens
qui veulent nous représenter de l'honnêteté et du respect pour leurs
adversaires. Après tout, nous ne sommes qu'une poignée de parlants français
dans une mer d'anglophones. Pour survivre et grandir, nous devons être avisés
et intelligents. C'est ce que nous enseigne le passé.
Des films utiles...
Finalement,
Gangs of New York soulève des questions sur notre capacité à apprendre
du passé. Le film nous incite à réfléchir sur les dangers de la polarisation
politique et de la violence comme moyen de rébellion. En illustrant l'héritage
destructeur du populisme et de l'autoritarisme, il rappelle à chaque génération
que l'histoire a ses leçons et qu'un engagement actif pour la démocratie et les
droits civiques est essentiel pour prévenir le retour des démons du passé.
En
somme, Gangs of New York ne se limite pas à être un drame historique,
mais se transforme en un miroir révélateur des défis politiques contemporains,
où les luttes pour le pouvoir et la justice sociale continuent d'être d'une
brûlante actualité. Le film nous demande de rester vigilants devant les
discours simplistes et les leaders autoritaires, incitant chacun à s'engager
pour la construction d'une société plus juste et inclusive. Il nous enseigne
surtout qu'il est banal de haïr ceux que l'on a injuriés...