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Le mauvais voisin !

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Daniel Nadeau - L'Agora Par Daniel Nadeau - L'Agora
Mercredi 19 août 2026

Depuis la réélection du président Donald Trump en 2024, les signaux de mauvais voisinage ne cessent de s'accumuler. Le premier ministre du Canada, Mark Carney, tente au mieux de contenir les conséquences de ce mauvais voisinage, mais il y parvient après des concessions qui apparaissent de plus en plus comme inacceptables aux yeux de bien des Canadiens.

Depuis l'établissement de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1994, et sa renégociation en ACEUM en 2018, les relations économiques entre le Canada et les États-Unis ont connu des changements significatifs. Bien qu'à l'origine, cet accord ait permis à l'économie canadienne de prospérer et d'intégrer ses marchés avec ceux des États-Unis et du Mexique, les dynamiques économiques mondiales ont depuis évolué, touchant particulièrement le secteur manufacturier. Les politiques protectionnistes de Donald Trump ont marqué un tournant dans ces relations, alors qu'il a promis de rétablir les emplois manufacturiers aux États-Unis et a remis en question les fondements mêmes du libre-échange. À la veille d'une décision quant à l'avenir du libre-échange avec notre voisin du Sud, il apparaît crucial d'analyser l'avenir des relations canado-américaines et de réfléchir aux implications pour le Québec et le Canada dans un contexte de tensions persistantes.

Le contexte historique des Relations canado-américaines

L'ALENA a été signé dans un contexte d'optimisme économique, favorisant les échanges commerciaux trilatéraux et créant des opportunités d'investissement. Le Canada a bénéficié de l'accès au marché américain, son principal partenaire commercial. Cependant, cet accord a également entraîné un déplacement d'emplois vers des zones à faible coût de main-d'œuvre, particulièrement au Mexique, soulevant des inquiétudes au sein de la classe ouvrière tant canadienne qu'américaine. L'ACEUM a maintenu les mêmes problématiques.

L'élection de Donald Trump en 2016 et sa réélection en 2024 ont bouleversé cette dynamique. Sa promesse de rapatrier les emplois a été interprétée par beaucoup comme une attaque directe contre le libre-échange. Les menaces répétées de Trump concernant le Canada, notamment en insinuant qu'il pourrait reconnaître le pays comme le 51e État des États-Unis, ont exacerbé des tensions déjà latentes. Cette rhétorique populiste, axée sur le nationalisme économique, a amené de nombreux Canadiens à s'interroger sur la viabilité de leurs relations avec leur voisin du Sud. Interrogations qui sont à leur zénith aujourd'hui.

Les conséquences du protectionnisme américain

 Le protectionnisme prôné par l'administration Trump a entraîné plusieurs conséquences entre autres un taux de douane élevé qui entraîne des séquelles importantes pour de nombreuses industries au Québec et au Canada et l'imposition de tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium qui crée des tensions commerciales. Pour le Canada, qui est un exportateur majeur de ces produits, cela a entraîné des répercussions directes sur son industrie. Cette situation crée de nombreuses incertitudes économiques. Les menaces continuellement renouvelées de renégocier ou d'abroger l'ACEUM ont suscité des inquiétudes parmi les investisseurs et les entreprises, engendrant une instabilité qui complique la planification à long terme. À différents moments, le gouvernement canadien a dû adopter des mesures pour contrer ces politiques, en cherchant à diversifier ses marchés, notamment avec l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui a remplacé l'ALENA. À la veille de l'imposition de nouveaux tarifs plus élevés ou de la signature d'une possible entente consacrant la vision de Trump au moins en partie viendront transformer l'avenir des relations canado-américaines et pas pour le meilleur à mon sens.

L'avenir de ces relations semble tributaire de plusieurs facteurs. L'élection de Joe Biden en 2020 a déjà montré des signes de détente dans les rapports commerciaux. Cependant, la réélection de Trump en 2024 est venue solidifier son triste héritage. Les élections de mi-mandat pourraient amorcer un recul de cette politique si les démocrates reprennent le Congrès ou le Sénat. Néanmoins, le ver est dans la pomme. Chaque élection future pourrait ramener des acteurs enclins à raviver le protectionnisme. La polarisation politique aux États-Unis complique davantage cette relation, car des changements d'administration peuvent signifier des changements radicaux dans les approches économiques.

Le Canada devra continuer à diversifier ses partenariats commerciaux, renforçant ses relations avec d'autres nations, notamment dans le cadre des accords commerciaux comme le CETA (Accord économique et commercial global) avec l'Union européenne et le CPTPP (Accord de partenariat transpacifique global et progressiste).

Les enjeux environnementaux, de plus en plus cruciaux, pourraient devenir un facteur central des relations futures. Les deux pays devront collaborer sur des questions telles que le changement climatique, ce qui pourrait impliquer des concessions mutuelles et un travail de coopération renforcée.

Impact sur le Québec et le Canada

Pour le Québec, les implications de ces relations sont multiples et complexes. Le Québec, en tant que province avec une forte dépendance économique envers le secteur manufacturier, pourrait souffrir des conséquences d'un protectionnisme prolongé. L'importance de la coopération dans des secteurs comme l'aérospatiale et le secteur automobile appelle à des stratégies adaptatives. Avec des tensions économiques potentiellement croissantes, la question de la langue et de la culture pourrait se poser. Le besoin de revendiquer une identité distincte au sein d'une relation asymétrique avec les États-Unis pourrait inciter le Québec à renforcer sa culture et son économie locale. Enfin, les relations canado-américaines entraîneront des répercussions sur la politique étrangère du Canada. Une dépendance excessive au marché américain pourrait inciter le pays à revoir sa politique d'engagement international, cherchant à établir des alliances plus solides partout dans le monde. Au regard des tensions actuelles, l'avenir des relations canado-américaines est incertain.

L'héritage des relations de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique et les développements récents créent un cadre dans lequel le Canada, et particulièrement le Québec, doit naviguer avec prudence. Alors que le protectionnisme pourrait persister, des opportunités de coopération existantes doivent être exploitées pour protéger les intérêts canadiens. La diversification des relations commerciales et l'engagement dans des dialogues stratégiques avec les États-Unis seront essentiels pour défendre l'autonomie économique et culturelle dans un contexte mondial en constante mutation. L'histoire démontre que la résilience et l'innovation peuvent permettre de surmonter les défis, mais nécessitent un engagement collectif, tant sur le plan gouvernemental que sur le plan industriel. Le Québec devrait parler directement avec le gouvernement américain en vertu de la doctrine Guérin-Lajoie. Il n'a pas meilleur porte-parole du Québec que le Québec pour défendre sa langue, sa culture et son économie.

Les élections de mi-mandat de 2026 pourraient marquer un tournant décisif pour les relations canado-américaines. Dans un contexte où les républicains risquent d'être affaiblis, le Canada et le Québec pourraient bénéficier d'un retour à des relations plus harmonieuses et plus coopératives. En favorisant le libre-échange, en stabilisant les échanges commerciaux et en renforçant les initiatives environnementales, un changement de dynamique à Washington serait susceptible non seulement d'apaiser les tensions, mais aussi d'ouvrir la voie à une nouvelle ère de collaboration fructueuse entre les deux nations. Ce scénario, bien que conditionnel aux développements politiques à venir, augure d'un avenir prometteur pour le Québec et le Canada dans le cadre d'un partenariat réciproquement bénéfique avec les États-Unis. Il reste cependant que nous aurons toujours un mauvais voisin.


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