Depuis
la réélection du président Donald Trump en 2024, les signaux de mauvais
voisinage ne cessent de s'accumuler. Le premier ministre du Canada, Mark
Carney, tente au mieux de contenir les conséquences de ce mauvais voisinage,
mais il y parvient après des concessions qui apparaissent de plus en plus comme
inacceptables aux yeux de bien des Canadiens.
Depuis
l'établissement de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en 1994, et
sa renégociation en ACEUM en 2018, les relations économiques entre le Canada et
les États-Unis ont connu des changements significatifs. Bien qu'à l'origine,
cet accord ait permis à l'économie canadienne de prospérer et d'intégrer ses
marchés avec ceux des États-Unis et du Mexique, les dynamiques économiques
mondiales ont depuis évolué, touchant particulièrement le secteur
manufacturier. Les politiques protectionnistes de Donald Trump ont marqué un
tournant dans ces relations, alors qu'il a promis de rétablir les emplois
manufacturiers aux États-Unis et a remis en question les fondements mêmes du
libre-échange. À la veille d'une décision quant à l'avenir du libre-échange
avec notre voisin du Sud, il apparaît crucial d'analyser l'avenir des relations
canado-américaines et de réfléchir aux implications pour le Québec et le Canada
dans un contexte de tensions persistantes.
Le contexte historique des Relations canado-américaines
L'ALENA
a été signé dans un contexte d'optimisme économique, favorisant les échanges
commerciaux trilatéraux et créant des opportunités d'investissement. Le Canada
a bénéficié de l'accès au marché américain, son principal partenaire
commercial. Cependant, cet accord a également entraîné un déplacement d'emplois
vers des zones à faible coût de main-d'œuvre, particulièrement au Mexique,
soulevant des inquiétudes au sein de la classe ouvrière tant canadienne qu'américaine.
L'ACEUM a maintenu les mêmes problématiques.
L'élection
de Donald Trump en 2016 et sa réélection en 2024 ont bouleversé cette
dynamique. Sa promesse de rapatrier les emplois a été interprétée par beaucoup
comme une attaque directe contre le libre-échange. Les menaces répétées de
Trump concernant le Canada, notamment en insinuant qu'il pourrait reconnaître
le pays comme le 51e État des États-Unis, ont exacerbé des
tensions déjà latentes. Cette rhétorique populiste, axée sur le nationalisme
économique, a amené de nombreux Canadiens à s'interroger sur la viabilité de
leurs relations avec leur voisin du Sud. Interrogations qui sont à leur zénith
aujourd'hui.
Les conséquences du protectionnisme américain
Le protectionnisme prôné par l'administration
Trump a entraîné plusieurs conséquences entre autres un taux de douane élevé
qui entraîne des séquelles importantes pour de nombreuses industries au Québec
et au Canada et l'imposition de tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium qui
crée des tensions commerciales. Pour le Canada, qui est un exportateur majeur
de ces produits, cela a entraîné des répercussions directes sur son industrie. Cette
situation crée de nombreuses incertitudes économiques. Les
menaces continuellement renouvelées de renégocier ou d'abroger l'ACEUM ont
suscité des inquiétudes parmi les investisseurs et les entreprises, engendrant
une instabilité qui complique la planification à long terme. À différents moments, le gouvernement canadien a dû
adopter des mesures pour contrer ces politiques, en cherchant à diversifier ses
marchés, notamment avec l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui a
remplacé l'ALENA. À la veille de l'imposition de nouveaux tarifs plus élevés ou
de la signature d'une possible entente consacrant la vision de Trump au moins
en partie viendront transformer l'avenir des relations canado-américaines et
pas pour le meilleur à mon sens.
L'avenir
de ces relations semble tributaire de plusieurs facteurs. L'élection
de Joe Biden en 2020 a déjà montré des signes de détente dans les rapports
commerciaux. Cependant, la réélection de Trump en 2024 est venue solidifier son
triste héritage. Les élections de mi-mandat pourraient amorcer un recul de
cette politique si les démocrates reprennent le Congrès ou le Sénat. Néanmoins,
le ver est dans la pomme. Chaque élection future pourrait ramener des acteurs
enclins à raviver le protectionnisme. La polarisation politique aux États-Unis
complique davantage cette relation, car des changements d'administration
peuvent signifier des changements radicaux dans les approches économiques.
Le
Canada devra continuer à diversifier ses partenariats commerciaux, renforçant
ses relations avec d'autres nations, notamment dans le cadre des accords
commerciaux comme le CETA (Accord économique et commercial global) avec l'Union
européenne et le CPTPP (Accord de partenariat transpacifique global et
progressiste).
Les
enjeux environnementaux, de plus en plus cruciaux, pourraient devenir un
facteur central des relations futures. Les deux pays devront collaborer sur des
questions telles que le changement climatique, ce qui pourrait impliquer des
concessions mutuelles et un travail de coopération renforcée.
Impact sur le Québec et le Canada
Pour
le Québec, les implications de ces relations sont multiples et complexes. Le
Québec, en tant que province avec une forte dépendance économique envers le
secteur manufacturier, pourrait souffrir des conséquences d'un protectionnisme
prolongé. L'importance de la coopération dans des secteurs comme l'aérospatiale
et le secteur automobile appelle à des stratégies adaptatives. Avec des
tensions économiques potentiellement croissantes, la question de la langue et
de la culture pourrait se poser. Le besoin de revendiquer une identité
distincte au sein d'une relation asymétrique avec les États-Unis pourrait
inciter le Québec à renforcer sa culture et son économie locale. Enfin, les
relations canado-américaines entraîneront des répercussions sur la politique
étrangère du Canada. Une dépendance excessive au marché américain pourrait
inciter le pays à revoir sa politique d'engagement international, cherchant à
établir des alliances plus solides partout dans le monde. Au regard des tensions actuelles, l'avenir des
relations canado-américaines est incertain.
L'héritage
des relations de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique et les
développements récents créent un cadre dans lequel le Canada, et
particulièrement le Québec, doit naviguer avec prudence. Alors que le
protectionnisme pourrait persister, des opportunités de coopération existantes
doivent être exploitées pour protéger les intérêts canadiens. La
diversification des relations commerciales et l'engagement dans des dialogues
stratégiques avec les États-Unis seront essentiels pour défendre l'autonomie
économique et culturelle dans un contexte mondial en constante mutation.
L'histoire démontre que la résilience et l'innovation peuvent permettre de
surmonter les défis, mais nécessitent un engagement collectif, tant sur le plan
gouvernemental que sur le plan industriel. Le Québec devrait parler directement
avec le gouvernement américain en vertu de la doctrine Guérin-Lajoie. Il n'a
pas meilleur porte-parole du Québec que le Québec pour défendre sa langue, sa
culture et son économie.
Les
élections de mi-mandat de 2026 pourraient marquer un tournant décisif pour les
relations canado-américaines. Dans un contexte où les républicains risquent d'être
affaiblis, le Canada et le Québec pourraient bénéficier d'un retour à des
relations plus harmonieuses et plus coopératives. En favorisant le
libre-échange, en stabilisant les échanges commerciaux et en renforçant les
initiatives environnementales, un changement de dynamique à Washington serait
susceptible non seulement d'apaiser les tensions, mais aussi d'ouvrir la voie à
une nouvelle ère de collaboration fructueuse entre les deux nations. Ce
scénario, bien que conditionnel aux développements politiques à venir, augure
d'un avenir prometteur pour le Québec et le Canada dans le cadre d'un
partenariat réciproquement bénéfique avec les États-Unis. Il reste cependant
que nous aurons toujours un mauvais voisin.