Depuis la mi-juin, j'ai entendu cette phrase à de nombreuses
reprises : « La région a besoin d'une chambre de commerce. »
Des entrepreneurs me l'ont dit. Des élus me l'ont dit. Des
partenaires du développement économique me l'ont dit. Des citoyens me l'ont
dit.
Et chaque fois, ma réponse est sensiblement la même : Je
suis d'accord. Mais nous ne trouvons pas le moyen de la faire vivre.
Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut
revenir un peu en arrière.
Pendant des années, le modèle financier de la Chambre de
commerce, d'industrie et de tourisme Memphrémagog reposait en bonne partie sur
les revenus générés par son rôle de mandataire de la SAAQ.
Ce modèle permettait à la Chambre de financer ses activités
et sa mission. Générer suffisamment de revenus autonomes par les adhésions, les
activités, les partenariats ou les commandites n'était donc pas une
préoccupation centrale.
Puis est arrivée la pandémie en 2020. Elle a bouleversé les
habitudes, les activités et la façon dont les organisations rejoignaient leurs
membres. Elle a surtout été suivie d'une transformation beaucoup plus profonde
soit la migration progressive des services offerts au comptoir par la SAAQ vers
les services en ligne. Pour la Chambre, cela signifiait l'érosion graduelle
d'une source de revenus sur laquelle son modèle reposait depuis longtemps.
Le point de bascule est survenu en 2024.
À partir de ce moment, il est devenu évident que le modèle historique
ne suffirait plus.
Il fallait renverser le rapport de force et passer d'une
organisation dont une part importante du financement provenait de son mandat de
la SAAQ à une chambre capable de générer elle-même une plus grande part des
revenus nécessaires à sa mission.
Et c'est ce que nous avons tenté de faire. Nous avons
travaillé à augmenter les revenus autonomes. Nous avons développé des
activités, cherché de nouveaux partenaires, sollicité davantage le milieu des
affaires et revu nos façons de faire. Nous avons essayé de faire plus avec
moins. Et nous avons obtenu des résultats. Mais nous avons aussi rapidement
rencontré une limite.
Parce qu'on ne transforme pas en quelques mois un modèle
économique construit pendant des décennies. Développer de nouveaux revenus
demande du temps, des ressources, du développement d'affaires, des
communications, une programmation attractive et une présence constante auprès
des entreprises. Or, au moment même où la Chambre devait développer cette
nouvelle capacité, la diminution de ses revenus réduisait précisément les
ressources disponibles pour le faire. C'est le piège dans lequel nous nous
sommes retrouvés.
Plus les revenus historiques diminuaient, plus il fallait
développer de nouveaux revenus. Mais plus les revenus diminuaient, moins nous
avions de ressources pour aller chercher ces nouveaux revenus. Malgré cela,
nous avons continué.
Et si le problème était le modèle lui-même?
C'est cette réflexion qui nous a amenés, au cours des
derniers mois, à ne plus simplement chercher comment financer l'ancienne
Chambre, mais à imaginer une nouvelle façon d'avoir une chambre de commerce
dans Memphrémagog.
Le modèle proposé repose sur une idée simple. Si la Chambre
est un outil de développement économique pour la région, pourquoi son action
devrait-elle être réservée uniquement aux entreprises qui achètent une carte de
membre? Nous avons donc proposé de renverser complètement la logique
traditionnelle.
Faire en sorte que toutes les entreprises du territoire
puissent faire partie de la Chambre et bénéficier de sa présence, plutôt que de
consacrer une énergie considérable, année après année, à convaincre
individuellement les entreprises d'acheter une adhésion.
Cela permettrait de bâtir une Chambre beaucoup plus
représentative de la réalité économique de Memphrémagog. Une Chambre qui ne
parlerait pas au nom de quelques centaines de membres, mais qui aurait pour
ambition de rassembler l'ensemble de notre communauté d'affaires. Une Chambre
plus forte parce que plus représentative.
Une Chambre capable de consacrer davantage de temps à sa
mission plutôt qu'au renouvellement annuel de ses adhésions. Une Chambre dont
la valeur ne serait plus mesurée uniquement par les avantages accordés à ceux
qui paient une cotisation, mais par sa capacité à contribuer au dynamisme
économique de tout le territoire.
Évidemment, cette transformation exige également de revoir
son financement.
Si nous voulons que toutes les entreprises puissent
bénéficier de la Chambre, il faut sortir d'un modèle reposant principalement
sur la cotisation individuelle et construire un financement collectif autour de
partenariats avec les organisations, institutions et entreprises qui souhaitent
contribuer à une communauté d'affaires forte.
Les entreprises continueraient d'y contribuer, notamment par
leur participation aux activités, aux initiatives et par différents
partenariats. Mais la survie de l'organisation ne dépendrait plus chaque année
de la vente d'un nombre suffisant de cartes de membres.
C'est, à notre avis, une avenue qui mérite d'être tentée.
Non pas pour maintenir artificiellement en vie une
organisation héritée du passé, mais pour créer une Chambre adaptée à la réalité
économique d'aujourd'hui. Depuis la mi-juin, nous avons donc présenté cette vision,
rencontré des partenaires, discuté avec les acteurs du développement économique
et les instances municipales et cherché à réunir les conditions nécessaires
pour la mettre en œuvre.
Et partout, nous avons entendu sensiblement la même chose : «
Il faut une chambre de commerce dans Memphrémagog. »
C'est évidemment rassurant. Mais c'est également ce qui rend
la situation actuelle aussi paradoxale. Parce que malgré l'intérêt pour la
Chambre et malgré la proposition d'un nouveau modèle, nous n'avons toujours pas
réussi à réunir les ressources nécessaires pour lui donner une véritable
chance.
Voilà le cul-de-sac. Ce n'est pas un manque d'idées. Ce
n'est pas un manque d'efforts. Et ce n'est certainement pas un refus de
remettre en question nos façons de faire. Au contraire, nous avons accepté de
remettre en question jusqu'au principe même de l'adhésion traditionnelle à une
chambre de commerce.
Le problème est désormais beaucoup plus fondamental car il
existe un écart entre la valeur que nous accordons collectivement à une chambre
de commerce et les moyens que nous sommes collectivement prêts à lui consacrer.
Une chambre de commerce ne devrait pas avoir pour principale
activité de chercher les moyens d'assurer sa propre survie. Sa raison d'être
est ailleurs.
Elle doit rassembler les entrepreneurs. Créer des liens.
Porter leurs préoccupations. Faire émerger des initiatives. Défendre leurs
intérêts lorsque nécessaire. Et offrir à la communauté d'affaires une voix qui
lui appartient.
Dans une région comme Memphrémagog, où les petites et
moyennes entreprises occupent une place aussi importante, cette voix collective
a une valeur réelle. Nous avons aujourd'hui devant nous la possibilité de faire
quelque chose d'assez différent soit de transformer une Chambre fragilisée par
la disparition progressive de son modèle historique en une Chambre
véritablement régionale, accessible à toutes les entreprises et représentative
de l'ensemble de notre économie.
Mais cette transformation ne peut pas reposer uniquement sur
la volonté de quelques administrateurs, bénévoles ou entrepreneurs. À un
certain moment, la reconnaissance de l'importance de la Chambre doit se
traduire par les moyens de la faire vivre.
Nous avons proposé une façon différente de la faire vivre et
de la rendre accessible à toutes les entreprises. Reste à savoir si,
collectivement, nous voulons nous donner les moyens de l'essayer.
Nous sommes rendus à ce moment.
Carl Rioux
Président, Chambre de commerce, d'industrie et du tourisme
Memphrémagog