À son arrivée, le roi Charles a
plutôt été mal reçu au Québec. Qui ne se souvient pas des esclandres du
bellâtre Paul St-Pierre Plamondon à l'endroit de la monarchie et de son refus
de prêter serment lors de son arrivée à l'Assemblée nationale. Il y avait aussi
le retour du balancier de l'amour des gens pour son épouse Lady Di qui estimait
que Charles l'avait plutôt maltraitée. Si bien que l'image du roi Charles
souffrait d'un déficit d'amour de la population québécoise tout au moins. Sans
être monarchiste, je ne peux qu'être agréablement étonné de la qualité du
discours du roi Charles devant le Congrès américain ainsi que ses propos tout
au long de sa visite chez notre voisin américain. Je vous raconte cela dans
cette chronique.
Le roi Charles et le Québec
Depuis 2022, Charles III
est officiellement roi du Canada (un titre distinct de celui du Royaume-Uni).
Cela signifie qu'il est le chef d'État du pays, même si ses fonctions sont
surtout symboliques et sont exercées localement par le gouverneur général.
Au Québec, la relation
avec la monarchie est complexe et parfois critique. Historiquement, la
monarchie britannique est liée à la conquête de 1760. Une partie de la
population québécoise voit la monarchie comme une institution étrangère ou
dépassée. D'autres y voient une composante du système politique canadien et de
sa stabilité. Charles III (avant et après être devenu roi) a visité le
Québec à plusieurs reprises en tant que prince de Galles puis comme souverain.
Ces visites sont généralement protocolaires et visent à souligner des liens
historiques et culturels. Le roi n'intervient pas directement dans la politique
québécoise. Le Québec reste une province du Canada, donc sous la monarchie
constitutionnelle canadienne. Le débat sur la pertinence de la monarchie est
encore présent, surtout au Québec. Et aujourd'hui, cela demeure toujours une
criante vérité. Il faut néanmoins reconnaître que la récente visite de Charles III
aux États-Unis aura permis à ce souverain décrié chez nous de se donner un
capital de sympathie à la suite de ses mots d'esprit envers le président des États-Unis,
Donald J. Trump. Cet homme politique est un phénomène hors normes, il parvient
à nous rendre Charles III plus sympathique. Ce n'est pas rien.
Un monde bouleversé...
Dans un contexte
mondial marqué par des tensions politiques croissantes, des mouvements
populistes, et une polarisation sociale accrue, il est opportun de s'interroger
sur les mécanismes institutionnels qui peuvent contribuer à rétablir la paix et
l'harmonie au sein des sociétés modernes. Le discours du roi Charles, roi du
Royaume-Uni, devant le Congrès américain a illustré l'importance d'un rôle
modérateur que peut jouer la monarchie. En exposant des thèmes délicats tout en
prônant une approche fondée sur le dialogue et la compréhension, il a démontré
comment l'institution monarchique peut servir de facteur d'apaisement. Essayons
de vous expliquer mon point de vue.
La monarchie : poids
politique et symbolique
La monarchie porte en
elle un poids symbolique considérable. Elle représente souvent la continuité, l'unité
et l'identité nationale. Dans un monde où les identités sont fragmentées, la
monarchie peut servir de point de rassemblement pour des citoyens aux opinions
divergentes.
La monarchie est
souvent perçue comme un symbole d'identité nationale. Dans des pays comme le
Royaume-Uni, cette identité est enracinée dans une histoire longue et complexe.
Le roi Charles III, par son discours devant le Congrès américain, a
rappelé des valeurs communes et des souvenirs historiques qui unissent les
États-Unis et le Royaume-Uni. En évoquant des thèmes tels que la paix, la
coopération et le respect des différences, il a contribué à renforcer ce
sentiment d'appartenance à une communauté mondiale.
La monarchie incarne
également la tradition et la continuité. Dans des périodes de changement rapide
et de bouleversements sociaux (comme ceux liés à la pandémie de COVID-19 ou aux
crises économiques), la figure monarchique peut offrir une certaine stabilité.
En restant ancrée dans des coutumes et des rituels, la monarchie peut aider à
apaiser les craintes et à créer un sentiment de sécurité.
Bien que la plupart des
monarchies contemporaines soient constitutionnelles, le rôle politique de la
monarchie par ses actions symboliques demeure pertinent. Un roi ou une reine
peut agir comme un médiateur dans le processus politique, œuvrant pour le
dialogue entre les différentes factions d'une société.
Charles III,
partie prenante de nos discussions démocratiques
Le roi Charles III,
par son discours, a démontré une volonté d'engager des discussions sur des
sujets difficiles, comme les défis environnementaux et les inégalités
économiques. En se positionnant ainsi, il établit un espace pour le débat
public et encourage les acteurs politiques à transcender les divisions
partisanes. Ce dialogue est essentiel dans une époque où la tendance est
souvent au rejet de l'autre.
Dans des sociétés où la
légitimité du pouvoir est remise en question, la monarchie peut réaffirmer les
valeurs démocratiques et la confiance dans les institutions. En représentant un
point de vue apolitique, la monarchie permet de restaurer la confiance du
public envers les gouvernements en place, tout en servant de porte-voix pour les
préoccupations des citoyens. C'était paradoxal que le roi Charles III
vienne rappeler à Trump et aux Américains les valeurs de la séparation des
pouvoirs et de l'importance d'avoir un système d'équilibre pour assurer l'équilibre
nécessaire entre les pouvoirs judiciaire, législatif et exécutif. C'est un
monarque qui parlait. Le même roi Charles n'a pu s'empêcher de relever avec
humour la pique que Trump avait faite aux Européens en affirmant que si ce
n'avait été des États-Unis, ils parleraient allemand aujourd'hui. Charles III
pas en reste a affirmé que si ce n'eut été de l'Empire britannique les Américains
parleraient français. Il a aussi évoqué avec beaucoup d'humour les débats
américains au sujet de la rénovation de la Maison-Blanche et de la salle de bal
de Trump en lui disant que s'il avait besoin de conseils, les Britanniques
avaient une certaine expérience puisque les Britanniques et les Canadiens
avaient contribué à des travaux de décoration durant la guerre de 1812.
Si le roi Charles III avait
voulu être plus précis, il aurait pu apprendre à son hôte américain que le nom
même de Maison-Blanche origine de cet événement du 19e siècle. Le 24 août 1814, en réponse à une attaque
américaine sur York (aujourd'hui Toronto), les troupes anglaises lancent un raid
contre Washington. De nombreux immeubles publics sont incendiés, dont la
demeure du 1600, avenue Pennsylvanie, « de laquelle ne survivent que les murs
extérieurs calcinés ». Au moment de reconstruire la maison du président
américain, on peint la façade en blanc afin de cacher les marques de
l'incendie. Devant cette nouvelle apparence, on lui attribuera très vite le nom
de Maison-Blanche...
La
monarchie active dans des initiatives de toutes sortes...
Outre son rôle symbolique et
politique, la monarchie a souvent joué un rôle actif dans les initiatives
sociales. Les actions caritatives et les projets communautaires peuvent
contribuer à apaiser les tensions sociales. Le roi Charles III est connu pour son engagement
dans des causes telles que l'environnement, l'éducation et la lutte contre la
pauvreté. En investissant des ressources et en attirant l'attention sur des
questions cruciales, la monarchie peut catalyser des changements positifs et
réunir la société autour d'objectifs communs. Dans le discours à Washington, Charles a également évoqué la nécessité
de promouvoir l'inclusion et la diversité. En prenant des positions publiques
en faveur de ces valeurs, la monarchie peut influencer les mentalités et
encourager des comportements altruistes au sein de la population.
La monarchie, par sa situation
unique, peut également intervenir sur le plan international. Les membres de la
famille royale ont souvent joué des rôles diplomatiques, symbolisant l'amitié
entre les nations.
Le roi Charles III, par ses
visites à l'étranger et ses discours, peut agir comme un ambassadeur de bonne
volonté. En prônant la compréhension interculturelle et en établissant des
relations avec d'autres chefs d'État, il contribue à réduire les tensions
internationales. Cela est particulièrement important dans un contexte où les
nationalismes prolifèrent.
Dans des situations de crise, la
monarchie peut jouer un rôle stabilisateur. Par exemple, durant des conflits ou
des catastrophes, les messages de solidarité et de soutien émis par la
monarchie peuvent avoir un impact significatif et aider à rétablir la confiance
entre gouvernement et citoyens.
Les limites de la monarchie
Malgré ses nombreuses contributions à
l'apaisement sociétal, il ne faut pas oublier que l'Institution de la monarchie
est surannée. Cela suffit à nous faire oublier son rôle potentiel d'unificateur.
Dans plusieurs pays, dont le nôtre et
les États-Unis, la monarchie fait face à des critiques concernant sa
légitimité. Les mouvements républicains ou les critiques de l'aristocratie
viennent souvent saper l'idée même que la monarchie peut être un agent d'apaisement.
Les débats sur l'héritage et le privilège associés à la royauté peuvent
engendrer des sentiments d'injustice. D'ailleurs, les manifestants anti-Trump
ont des affiches où il est inscrit No Kings.
Souvent, la monarchie et la réalité
des citoyens sont déconnectées. La royauté apparaît souvent trop éloignée des
préoccupations quotidiennes des gens, son impact en est considérablement
réduit. Le défi de Charles III consiste donc à rester pertinent et à s'adapter
aux évolutions des attentes sociétales. C'est ce qu'il a réussi admirablement
dans son voyage aux États-Unis. La monarchie a un potentiel significatif pour
jouer un rôle d'apaisement dans un monde chaotique. Par sa symbolique forte,
son engagement dans le dialogue politique et ses initiatives sociales, elle
peut contribuer à restaurer la cohésion au sein des sociétés modernes.
Toutefois, il est essentiel pour la monarchie de s'adapter aux évolutions
sociopolitiques et de rester proche des préoccupations des citoyens pour
remplir efficacement cette fonction. Comme le roi Charles III l'a illustré
dans son discours devant le Congrès américain, la monarchie doit être un
symbole d'unité et un promoteur de paix, cherchant à établir des ponts là où il
y a division, et à encourager la compréhension là où il y a conflit. C'est dans
cet esprit d'ouverture et de respect que la monarchie pourra vraiment aspirer à
un rôle apaisant dans les sociétés contemporaines. C'est dans ce contexte que
Charles III a fait la leçon à Donald Trump...