Je
ne chiquerai pas la guenille. Le premier ministre péquiste Paul
St-Pierre Plamondon a offert aux Québécois que nous sommes un
excellent gouvernement sur papier. En examinant rapidement les CV des
personnes sélectionnées par le premier ministre du Parti québécois,
il est manifeste que nous avons affaire à une équipe solide, qui
allie expérience, compétence et détermination pour promouvoir
inconditionnellement leur idée centrale : faire du Québec un
pays. Je ne suis pas de ceux qui s'offenseront de l'utilisation
des fonds publics pour promouvoir une option politique sur l'avenir
du Québec que je ne partage pas. Je crois que Paul St-Pierre
Plamondon a gagné ses jetons de dépenses en refusant d'abandonner
son option fondamentale de séparer le Québec du Canada durant la
campagne électorale. Si l'on croit le dernier sondage de Léger,
cela lui aurait même coûté sa majorité. Il reste néanmoins que
la question de l'avenir du Québec sera le talon d'Achille de ce
gouvernement et risque à terme de plomber son action. L'avenir,
qui est toujours long, saura nous le dire.
Des
compétences réelles
Si
l'on se donne la peine de se concentrer sur les différentes
personnalités choisies par St-Pierre Plamondon et des mandats qui
leur ont été confiés, on ne peut pas être en désaccord. En fait,
le discours livré par le premier ministre Plamondon fait l'étalage
des ratées du gouvernement Legault à l'image du quart-arrière du
lundi matin, qui nous explique comment il aurait joué le match après
l'avoir perdu pour le gagner. Par exemple, l'impopulaire
investissement du gouvernement du Québec dans Northvolt est
aujourd'hui un scandale innommable alors que le jour de son
annonce, les critiques étaient beaucoup plus modestes. Demander au
ministre du Développement économique et de l'Innovation, Stéphane
Paquet, si vous ne me croyez pas. L'idée de couper les subventions
aux entreprises en pleine guerre commerciale n'est peut-être pas
l'idée du siècle.
La
nomination d'une parfaite inconnue sans expérience réelle dans
les opérations au sein du domaine de la santé pourrait aussi
susciter des interrogations, d'autant plus que son mandat principal
est de répéter la sempiternelle pièce de théâtre politique
québécoise en santé, jouer dans les structures. On verra bien ce
que l'avenir réserve à cette ministre et à notre système de
santé. Ce qui est vrai en santé l'est aussi en matière d'énergie
où monsieur Plamondon s'est bien gardé de dire du bien de
l'entente historique du Québec avec Terre-Neuve concernant
Churchill Falls. Cela ne veut rien dire pour le moment, mais là
aussi, l'avenir nous dira si monsieur Plamondon et son gouvernement
continueront de rechigner sur cette entente qui est apparue comme un
rare succès du gouvernement précédent de François Legault et de
Christine Fréchette.
Parmi
les bons coups de ces nominations, il faut noter la nomination de
Pascal Bérubé à la culture et à la langue française. Ce député
d'expérience permettra au gouvernement Plamondon de s'inscrire
dans les sentiers tracés par le ministre déchu avant la fin de son
mandat, Mathieu Lacombe, pour sa trop grande proximité avec des
membres de l'actuel gouvernement lors de la soirée de fête
électorale. Un mot finalement sur les postes stratégiques à la
justice, au trésor et aux finances. Pour le ministère des Finances,
monsieur Marceau devra laisser un meilleur souvenir que lors de son
premier passage dans le gouvernement minoritaire de Pauline Marois,
il n'avait guère impressionné avec ses mesures rétroactives lors
de son premier budget. Au trésor, Alain Therrien devrait être
efficace dans le rôle du goon
de service, qui devra toujours dire non. Il a été un excellent
parlementaire tant à Ottawa qu'à Québec. Cela devra donner
d'intéressantes joutes verbales à l'Assemblée nationale avec
les différentes oppositions. La ministre de la Justice, qui a un
panier chargé, devra faire bonne figure. Madame Marie-Claude
Sarrazin a laissé un bon souvenir de son rôle de procureur à la
Commission Galant sur le scandale de SAAQ-Clic. Enfin, il est
intéressant de pouvoir s'imaginer qu'au gouvernement du Québec,
nous aurons un ministre capable de parler avec l'industrie des
logiciels grâce au concours de madame Anne Nguyen et de retrouver un
Québécois racisé d'origine gabonaise, Dieudonné Ella Oyoyo,
comme ministre des Relations internationales, de la Francophonie et
du Commerce extérieur. Comme il est rafraîchissant de penser qu'un
Québécois d'origine wendat sera responsable des affaires
autochtones, Simon-Pierre Savard-Tremblay. Enfin, je suis heureux de
constater que l'Estrie compte un ministre qui a l'expérience de
la vie publique en monsieur Bernard Sévigny. Je suis curieux de voir
comment il naviguera dans le monde agricole, lui un montréalais
d'origine et un urbain. Il pourrait prendre exemple sur sa
conjointe, l'actuelle mairesse de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau,
qui a fait un excellent travail à l'agriculture sous un
gouvernement de Justin Trudeau. Outre cela, il est important que
l'Estrie ait une voix forte au conseil des ministres, si ce n'est
que pour mettre fin à la saga de la construction de l'école
Montcalm à Sherbrooke.
Laisser
la chance au coureur...
Il
est vrai que la situation de gouvernement minoritaire dans laquelle
se retrouve monsieur St-Pierre Plamondon écourtera pour la peine la
traditionnelle lune de miel de la population envers son gouvernement.
Les défis qui attendent ce gouvernement sont énormes et le bilan
que lui a laissé le gouvernement de Legault-Fréchette est
pitoyable. Il y a des urgences partout, à commencer par le drame
quotidien de ces hommes et de ces femmes qui vivent dans les rues. Il
faut féliciter le premier ministre Plamondon d'avoir choisi de
faire la guerre à l'itinérance et d'en porter la
responsabilité. Le principal écueil de ce gouvernement, outre les
défis colossaux qui se dressent devant lui pour améliorer la
situation, c'est bien entendu l'écueil de nous convaincre de la
nécessité de séparer le Québec du Canada. Bien loin de moi l'idée
d'être contre l'épouvantail d'un éventuel référendum. J'ai
plutôt hâte à ce rendez-vous projeté de faire une fois de plus le
débat sur notre appartenance au Canada. Le Québec, je l'écris
souvent, c'est ma patrie et le Canada est mon pays. Ma seule
crainte, c'est qu'une fois de plus le Québec ressorte affaibli
de cet exercice, comme nous l'avons été en 1980 et en 1995. Quoi
qu'il en soit, nous avons décidé le 5 octobre dernier de
nous donner un gouvernement minoritaire dirigé par monsieur Paul
St-Pierre Plamondon. Nous avons obtenu ce pour quoi nous avons voté.
Mesdames, messieurs, votre nouveau gouvernement...