Paul St-Pierre Plamondon a réussi son pari. La semaine dernière il a été
élu premier ministre du Québec, le 34e de notre histoire. Une
victoire enivrante, mais qui laisse un goût amer, puisque dans l'histoire du
Canada, jamais un gouvernement n'a été élu avec un si faible pourcentage du
vote. Cela n'enlève pas la légitimité de l'élection du gouvernement du PQ. Cela
est le résultat des distorsions de notre système électoral. Avec plus de voix
exprimées que Québec solidaire, la Coalition avenir Québec se retrouve sans
aucun député alors que les solidaires obtiennent neuf sièges. Tant pis, c'est
l'ex-premier ministre François Legault qui a renoncé au projet de loi préparé
par Sonia Lebel en affirmant que les gens ne se battaient pas dans les autobus
pour changer le mode de scrutin. Bien pris qui croyait prendre finalement. Il
reste néanmoins que Paul St-Pierre Plamondon est notre premier ministre, alors
que moins de deux personnes sur dix ayant leurs noms inscrits sur la liste
électorale ont choisi de lui donner leur appui. Cela devrait rendre notre
nouveau premier ministre humble et soucieux de collaborer avec les autres
formations politiques présentes à l'Assemblée nationale. D'ailleurs, de
nombreux défis se retrouvent sur sa table de travail.
Les premiers pas du
gouvernement Plamondon
Je ne me suis jamais caché que je ne suis pas un fan du nouveau premier
ministre Plamondon. Il faut quand même lui reconnaître qu'il est un politicien
habile et qu'il possède une intelligence supérieure à la moyenne. En d'autres
mots, il a une bonne tête. Ses premiers pas comme premier ministre désigné en
ont fait la preuve. Le choix de ses priorités en ligne avec son discours électoral
est un passage obligé pour quelqu'un qui fait de l'honnêteté, l'intégrité et la
transparence les éléments de sa marque de commerce. Ses choix de revoir les
couches bureaucratiques qui étouffent la gestion gouvernementale, de geler le
salaire des députés ainsi que des grands commis de l'État et de prendre à bras
le corps le problème de l'itinérance comme première tête de chapitre de son
nouveau gouvernement sont excellents et tombent sous le sens. Il demeure des
écueils qu'il doit à tout prix éviter, par exemple, sa volonté de faire
disparaître toute trace de monarchie britannique dans les affaires de l'État
québécois.
S'il est vrai qu'il n'y a pas d'amour perdu entre les Québécois et la
monarchie, il n'en demeure pas moins que cela est très loin des préoccupations
quotidiennes de la population qui sont rivées au coût de la vie, à la crise du
logement et aux problèmes à obtenir des services de base en santé et en
éducation. Je ne parle même pas de la question nationale où une très grande
majorité, plus de 70 % de la population, ne veut pas en entendre parler
pour le moment. Je dis pour le moment, car il est possible que cette question
suscite de l'intérêt dans une autre conjoncture politique que celle que nous
vivons actuellement. Sans compter les dossiers du champ gauche qui se
pointeront comme le surréaliste combat du deuxième chef de l'opposition, Éric
Duhaime, contre le tramway à Québec. Le duel ces derniers jours entre le maire
de Québec, Bruno Marchand, et monsieur Duhaime est divertissant, mais tragique.
Encore une fois, nous piétinons dans nos volontés de réaliser de grands
projets. Il y a toujours un groupe qui se fait entendre pour s'opposer. La
taille du groupe importe peu, c'est la place qu'il occupe dans l'espace
médiatique qui suscite la réflexion.
Monsieur Plamondon a aussi la tâche toujours difficile de composer un
Conseil des ministres en mettant en vedette les grands piliers de son futur
gouvernement, sans oublier d'assurer une représentation de toutes les régions et
en cherchant à respecter une parité entre les femmes et les hommes. L'un des
problèmes du nouveau premier ministre sera d'assurer une représentation de la
ville de Québec dans son gouvernement, car la région de la Capitale nationale
ne compte sur aucun député du PQ. L'idée avancée par certains de nommer un
ministre non élu, Pacal Paradis, par exemple, n'est pas une très bonne idée. La
population a voté contre lui dans Jean-Talon, lui préférant la libérale Julie
White. Monsieur Plamondon doit donc prendre garde de faire par la porte-arrière
ce que la population a refusé de faire par la porte avant.
La lune de miel
Quoi que l'on puisse en penser, nous avons le devoir moral d'accorder la
chance au coureur. Ce qui signifie que Paul St-Pierre Plamondon pourra
bénéficier d'une courte lune de miel avec les 72 % de personnes qui ne lui
ont pas accordé leur confiance. Si PSPP veut vraiment profiter à plein de cet
état de grâce momentané, il devrait s'éloigner de ses combats idéologiques
contre la monarchie et mettre en sourdine ses velléités souverainistes le temps
de réparer le Québec comme il l'a promis. Les dossiers et les priorités ne
manquent pas et, s'il se concentre sur les enjeux majeurs qu'il a énoncés cette
dernière semaine, il devra pouvoir compter sur la collaboration des autres
partis d'opposition, dont le Parti libéral du Québec.
Dommages
collatéraux
Cette campagne électorale et ses résultats ont eu des dommages
collatéraux importants, dont la disparition de la Coalition avenir Québec de
l'Assemblée nationale. Une véritable catastrophe pour cette formation politique
qui se remettra difficilement de cet échec cuisant. La célèbre troisième voie
est maintenant occupée par Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec dans
une version plus adéquiste que caquiste. Il sera intéressant de voir la suite
de l'histoire dans le cas de la CAQ. Il y a peu d'espace politique pour son
option, mais le passé nous enseigne qu'il faut être prudent avant d'écrire la
nécrologie d'un parti politique au Québec.
Une autre manifestation étonnante de cette campagne : la
performance assez impressionnante du Parti libéral du Québec dans le Québec
francophone. On peut penser, par exemple, aux performances des candidats dans
la région de l'Estrie (Sherbrooke et Saint-François) qui ont été dignes de
mention. Tant à Sherbrooke que dans le comté de Saint-François, Jacqueline
Belleau et Pierre Cossette ont mené des luttes qui les ont amenés près de la
victoire. Pour la suite, les libéraux peuvent envisager l'avenir avec optimisme
non seulement en Estrie, mais dans toutes les terres francophones du Québec.
Québec solidaire a été fidèle à sa tradition de faire mieux que ce que les
observateurs prédisaient. La victoire dans Sherbrooke est quand même un exploit
dans les circonstances.
Bref, Paul St-Pierre Plamondon a un mandat difficile devant lui. Il
devra faire preuve d'habiletés stratégiques et réussir à s'entendre avec ses
adversaires. Ce sera le cube de Rubik de Paul St-Pierre Plamondon...