Aire de repos. Cette seule appellation fait remonter en moi des
images contradictoires.
Ces souvenirs
sont reliés à des autoroutes ou des routes passablement
achalandées. Des « rest areas » du nord-est des
z'états à celles de l'autoroute 20 en direction de Québec.
Souvenirs
contradictoires parce que d'un côté, les aires de repos de la 20
vers Québec me ramènent ce sentiment d'être subitement en
retrait de la grande vitesse. Les arbres matures, souvent des
conifères, et les tables de pique-niques éparpillées permettaient
une petite pause dans un périple donné. Une pause du 118 km/heure
commandé au régulateur de vitesse de la voiture.
Parenthèse 1: allez savoir pourquoi, une règle
non-écrite dicte la conduite des policiers qui n'interviennent pas
si on n'excède pas la vitesse maximale permise de plus de 20
km/heure. C'est beaucoup, quand même!
Donc, 100 km/h équivaut à 118 ou 119 km/h
Un ami pestait contre le fait qu'ailleurs, c'est 110 km/h sur les
autoroutes. Dans les provinces maritimes, par exemple. « Mais
nous, disait-il, on est trop épais...on laisse ça à 100! »
Oui, mais: si 100 km/heure équivaut à 118, c'est que 110 km/h
équivaudra à 128? C'est vite pour nos types de route, me semble.
Faudrait argumenter...
Parenthèse 2 : je suis tanné de cette habitude
d'argumenter un point en visant le bas. En nous abaissant. « On
sait ben, nous, on est trop épais pour faire telle affaire qui se
fait ailleurs! »
C'est quoi, ça? C'est tout sauf un argument, en tous les cas!
Argumente-moi que les voitures sont devenues plus sophistiquées,
moins dangereuses, qu'elles sont maintenant assistées de toutes
sortes d'aide à la conduite, mais bordel, lâche-moi ces phrases
vides qui nous rabaissent tout le temps!
Ce n'est pas anecdotique tant que ça. Notre incapacité
d'argumenter nuit à la démocratie même, tout en favorisant la
polarisation, la haine et les comportements dégradants. Rien que ça!
Bon, j'en étais où avant les parenthèses?
Oui! Les aires de repos et les souvenirs contradictoires!
Si ces pauses à l'ombre des arbres me faisaient apprécier une
relative quiétude, il n'en demeure pas moins, que c'était aussi
le bon endroit pour mesurer le degré de civisme qui anime les gens!
Et le degré était souvent très bas!
Parenthèse 3 : c'est quoi cette manie de traiter de
façon presque sauvage les biens et installations qui ne nous
appartiennent pas en propre, mais plutôt collectivement? On n'a
pas d'excuse : l'urine n'est pas attirée par les murs ou
le plancher! C'est à la personne qui laisse aller le liquide de le
diriger correctement. Disons que je n'irais pas à la chasse avec
quelqu'un qui vise si mal!
Et ces tables aux pattes cassées? Et ces déchets qui tombent et
qu'on ne ramasse pas? Je sais, je sais, ce n'est pas nous, c'est
eux autres! Mais on doit bien en connaître, ils ont l'air nombreux
non?
Bref.
Les aires de repos me ramènent aussi à ces souvenirs des camions de
restauration. Les camions qui visitaient les stations-service et
certaines entreprises manufacturières au moment des pauses café!
Des camions au fini acier inoxydable embossé. On ouvrait la porte
latérale de la boîte du camion pour en faire un genre d'auvent
solide.
Et le café y était mauvais, généralement.
Mais je me souviens des « carrés au Rice Krispies »
qui ont accompagné ma route si souvent!
Sur les routes qui menaient vers Old Orchard ou Ogunquit, les rest
areas étaient souvent plus près des cours d'eau et offraient
des endroits de repos attrayants. La même difficulté à diriger
l'urine se ressentait, mais le panorama était plus rustique un
peu. Il faut dire qu'on ne parlait pas toujours d'autoroutes. Je
me souviens que la vitesse limite était fixée à 50 ou 55 km/heure
(88 km/h, max!).
Parenthèse 4 : je me demande encore si on avait raison
de s'en tenir à la limite de vitesse prescrite, mais je le faisais
systématiquement. J'ai toujours eu le sentiment qu'une plaque
d'immatriculation du Québec représentait une sorte d'ennemi
pour les policiers, mais un très bon ami cher pour les hôteliers et
restaurateurs!
Ça, c'était bien avant que Trump nous déclare la guerre
économique et qu'il nous considère comme des incultes qui doivent
la vie aux Américains. Disons que ce n'est rien pour changer ma
perception des forces de l'ordre là-bas...
Les aires de repos évoquent donc des souvenirs heureux, mais pas
toujours...
Mais elles demeurent des endroits intéressants pour quiconque veut
analyser les agissements d'une population par rapport à des
installations publiques.
C'est pertinent d'observer le phénomène.
Je l'ai fait souvent.
J'en conclus, et ce n'est pas scientifique, que la majorité des
gens se conduisent bien et respectent le bien commun. Souvent, des
gens ramassent ce que d'autres ont nonchalamment ou méchamment
laissé traîner.
Bon. Pause terminée. Je reprends la route de mon quotidien.
Mais deux éléments me restent en tête.
D'abord, c'est fou, le pouvoir d'une minorité dans une
société. À n'y rien comprendre...
Puis, je me demande quelles sont mes aires de repos, dans ma vie
quotidienne... Et surtout est-ce que je les entretiens bien?
Clin d'œil de la semaine
Quand il s'agit d'être pisse-vinaigre, Trump vise assez bien. Et
très généreusement...