Au moment où vous lirez ma chronique, l'identité et le statut du
gouvernement du Québec, minoritaire ou majoritaire, est connu. J'aurai
l'occasion d'y revenir la semaine prochaine. Durant la dernière campagne
électorale, plusieurs sujets fondamentaux ont été ignorés. Je pense à
l'environnement, à la prévention de la santé par des activités sportives ou
plus grave encore les relations entre le Québec et ses communautés autochtones.
Le 30 septembre dernier, c'était la journée vérité et réconciliation. Un sujet
de la plus haute importance pour les communautés autochtones mais aussi pour le
Québec qui pioche encore sur ses désirs de faire du Québec un pays. La question
des peuples premiers sera au cœur des efforts d'un gouvernement souverainiste
pour obtenir la reconnaissance internationale. Négliger nos relations avec les
peuples autochtones c'est aussi ouvrir la voie à des débats interminables sur
l'intégrité du territoire québécois après une déclaration de souveraineté. Quoi
qu'il en soit, il est judicieux je crois que se poser la question sur l'avenir
des relations du Québec avec les peuples autochtones de son territoire. Des
relations d'égal à égal, de peuple à peuple me semble comme la base de toute
discussion.
Un peu d'histoire...
Pour se faire une opinion sur une question, il est toujours souhaitable
de se donner une compréhension du lieu d'où l'où viens si nous voulons savoir
où l'on va. L'arrivée des colons européens ont été le signal de départ de
longues périodes de conflits, d'incompréhension et de négociations. Les traités
de paix , souvent déséquilibrés, ont conduit à des dérives notamment la
dépossession des terres, l'imposition d'un mode de vie occidental et la
création d'un système d'éducation comme les pensionnats qui avait pour volonté
avouée d'effacer les cultures autochtones. Les rapports de la Commission vérité
réconciliation et de la Commission Viens ont mis en lumière les injustices
subies par les peuples autochtones et validé la nécessité d'une reconnaissance
des droits des peuples autochtones. On peut bien jouer avec les souvenirs, se
rappeler que les communautés autochtones n'ont pas été toujours exemplaire,
dixit la crise d'Oka, mais une chose demeure, notre société fait preuve de
discrimination systémique envers les peuples premiers de notre territoire.
Aujourd'hui mieux qu'hier mais moins que demain...
Aujourd'hui, la situation des peuples autochtones et leurs conditions de
vie ont connu des améliorations mais ce sujet continue de poser des défis
complexes pour notre avenir. Par
exemple, les avancées en matière de droits comme la reconnaissance de
l'autonomie gouvernementale et la protection des terres ancestrales, se
heurtent à des intérêts économiques puissants notamment dans le domaine de
l'exploitation des ressources naturelles ou de la protection des troupeaux
d'animaux ou des quotas de pêches. Le développement de l'exploitation minière,
forestière ou énergétique entre souvent en conflit avec les aspirations
légitimes des communautés autochtones qui revendiquent un droit de regard, une
participation au profit et même une vision différente du développement de
l'économie. Nous avons encore de nombreux pas à faire pour reconnaître vraiment
les droits des peuples autochtones. Il n'y a pas que les droits il y a aussi
les conditions de vie qui sont fondamentales pour les chefs autochtones. En
entrevue la semaine dernière avec Marie louise Arsenault, le chef de la
communauté Innu et chef des Premières nations Québec-Labrador Francis Verreault-Paul a insisté sur cet
aspect dans une discours mesuré et équilibré. Avec des chefs de cette qualité,
le Québec devra établir des relations de confiance et d'égal à égal avec les
communautés autochtone. Une relation de confiance qui sera fondée sur la
reconnaissance mutuelle et le respect des droits et des conditions de vie.
Un avenir commun...
Si le Québec souhaite avoir un avenir
commun avec ses communautés autochtones cela nécessite une volonté de
réconciliation véritable qui passe par de nombreux changements. La première
tâche est de mieux comprendre l'histoire de la culture autochtone afin de
favoriser une meilleure compréhension entre québécois et membres des premières
nations. Outre un dialogue nouveau entre le Québec et les nations autochtones,
il faut aussi s'assurer que les communautés autochtones participent activement
aux décisions qui les concernent. Les ententes de collaboration et le respect
des traités doivent être la norme. Il faut accepter de partager le territoire
que nous leur avons spolié et les faire participer avec une voix égale dans les
décisions politiques qui concerne le développement des ressources naturelles
ainsi que les politiques environnementales qui affectent leur territoire. Il va
de soi qu'il faut leurs droits territoriaux dans lesquels se déploiera leur
autonomie et leur développement économique. Cela étant dit, paraît normal mais
rappelez-vous que ces beaux principes volent en éclat du moment où ils
affrontent nos intérêts économiques du moment. Restreindre le croit de pêche de
nos pêcheurs tout en permettant aux autochtones de ne pas être soumis à cette règlementation
est un exemple probant, entre de nombreux exemples, , de dérapages lorsque nos principes doivent
être soumis aux récifs de la réalité. Le chemin d'un avenir commun partagé est
un long chemin rocailleux mais nécessaire pour rétablir la justice à l'endroit
des peuples autochtones. Nous avons le devoir non seulement de nous souvenir
mais de réparer les fautes de nos ancêtres. Bien sûr, on ne peut refaire
l'histoire mais on doit néanmoins faire preuve d'une plus grande humanité car
nous sommes une société riche et parmi les plus privilégiées de la planète.
Cela exige des devoirs comme celui d'être exemplaire.
Au lendemain de notre élection où nous avons ignoré les questions de nos
relations avec les peuples autochtones, nous sommes à un moment important de
notre histoire. Refuser de nous pencher sur nos relations avec les communautés
autochtones, ignorer ces enjeux ne fera qu'approfondir les fractures
existantes, ce qui n'est pas souhaitable. Il faut plutôt choisir une approche
pro-active et collaborative qui aboutira à un avenir commun où le respect
mutuel et l'autonomie des premiers peuples seraient non seulement reconnus mais
célébrés. L'avenir du Québec passe par une véritable réconciliation avec les
peuples autochtones de notre territoire. Souverain ou non, la reconnaissance
véritable des droits et des conditions de vie des peuples autochtones de notre
territoire est un pré-requis essentiel à la création d'une société juste et
équitable. Il faut se réconcilier avec le passé...