J'ai regardé attentivement avec
curiosité l'émission politique Cinq chefs, une élection diffusée sur
toutes les plateformes du réseau de Radio-Canada mardi soir dernier. Je n'ai
pas été déçu de la formule. Cela permet à chacun des chefs en présence de mieux
se faire connaître des électeurs tout en faisant la preuve de leur maîtrise des
dossiers qu'ils seront appelés à gérer ou à discuter après l'élection du 5 octobre.
Dans une formule comme celle de cette émission, il y a rarement de gagnants et
de perdants et on scrute moins la performance des chefs. Pour reprendre le
trait d'Anne-Marie Dussault, c'est une sorte d'entrevue de sélection pour le
job de premier ministre dont les interviewers sont des journalistes. Il est
donc assez convenu que les gens qui suivent attentivement les points de presse
quotidiens des différentes formations politiques dans les bulletins de
nouvelles n'aient pas appris grand-chose de neuf. Reste cependant que les
pièges pour chacun sont nettement identifiés : le passé souverainiste de
Christine Fréchette, le référendum de St-Pierre Plamondon, la laïcité et la langue
pour Charles Milliard, les candidats infréquentables d'Éric Duhaime ainsi que
le processus de sélection de ceux-ci et les promesses populistes de Ruba Ghazal
contre les riches. Cela dit, l'exercice n'était pas inintéressant et nous avons
pu mieux connaître chacun des postulants au poste de premier ministre.
La surprise...
Le plus grand étonnement que j'ai
eu à la suite du visionnement de cette émission, c'est le silence des médias
sur l'incroyable bourde du chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon. À
la question posée par Alec Castonguay sur le budget total de la mission de la santé
du gouvernement du Québec, St-Pierre Plamondin, après un moment d'hésitation, a
répondu 90 milliards alors que le chiffre réel était d'un peu plus de 60 milliards,
64 milliards selon les informations révélées par Alec Castonguay. Je
comprends difficilement pourquoi les médias dans leur ensemble n'ont pas relevé
cette erreur du chef du Parti québécois, le référendiste en chef, Paul
St-Pierre Plamondon. Par ailleurs, il est étrange que Paul St-Pierre Plamondon
trébuche sur une telle question. Moi qui ne fais pas de la politique, je sais
que le budget du Québec avoisine les 171 milliards soit un budget de dépenses
de 160.5 milliards de dollars et un
service de la dette de 10,3 milliards $. Le budget de la santé totalise 40 %
des dépenses budgétaires soit 64, 2 milliards de $. Le premier de classe a été
pris en flagrant délit d'ignorance crasse. Cela ne le disqualifie pas pour
devenir un jour notre premier ministre, mais cela devrait provoquer chez lui
une réflexion qui l'amènerait à faire preuve de plus d'humilité et moins
d'arrogance.
Les chefs en contrôle de leurs messages
Plus important que cette anecdote,
c'est de constater que tous les chefs des cinq formations politiques que nous
avons pu entendre lors de cette émission sont en plein contrôle de leurs
messages et que les questions, même les rares balles courbes, des interviewers
n'ont pas réussi à les faire dévier de leur message pour cette campagne. Si je
vous fais connaître mon appréciation de la prestation des différents chefs, je
dirais qu'aucun chef ne s'est vraiment distingué et, surtout, personne n'a
réussi à partir en échappée avec la rondelle pour marquer un but. Outre la
bourde de Paul St-Pierre Plamondon, je ne peux être insensible à l'authenticité
de la chef des solidaires, Ruba Ghazal. Ce diable de femmes est charismatique
et plutôt sympathique. Elle défend des causes qui rejoignent les gens, comme le
contrôle des loyers, la réduction de la fortune indécente des plus riches, le
coût du panier d'épicerie. Son plaidoyer contre la violence faite aux femmes et
les féminicides intolérables sont une pièce d'anthologie de cette campagne. Le
chef du Parti conservateur communique bien ses idées et il a raison de dire que
son parti et son discours ont fait bouger tous les autres partis, à l'exception
de QS, vers une réduction de la taille des effectifs de l'État. Ce qui n'est
pas une mince victoire, même si nous pouvons douter que cela soit une solution
réelle à nos problèmes. Le chef du parti libéral du Québec, Charles Milliard, a
encore une fois fait la démonstration qu'il est meilleur que les résultats de
sa formation politique dans les sondages. Il a un discours clair, des idées manifestement
libérales et une honnêteté qui devrait lui permettre d'améliorer les
performances de son parti dans les urnes le jour des prochaines élections.
Le meilleur est à venir
Comme pour le chef libéral
Charles Millaird, je crois que le meilleur est à venir pour cette campagne. Les
Québécoises et les Québécois commencent à peine à s'y intéresser et l'intérêt
devrait croître au cours des prochaines semaines avec la tenue des
débats : le Face-à-Face à TVA et le Débat des chefs à
Radio-Canada. Malgré les attentes élevées que nous pouvons nourrir pour chacun
de ces chefs en vue de ces débats, il est peu probable que ces derniers
impriment une direction insoupçonnée à la campagne. Ce qui est une tendance
plus lourde et qui induit un changement significatif dans l'électorat, c'est la
fragmentation du vote entre les cinq principaux partis politiques. Notre
système a été pensé pour le bipartisme alors que les nouveaux phénomènes
politiques ont créé de nouveaux partis qui trouvent leur clientèle selon les
différentes régions du Québec. La situation sur l'île de Montréal met en
présence des duels libéraux solidaires, la région de Québec est une lutte à
trois entre le Parti conservateur, la CAQ et le PQ et ainsi de suite pour
l'ensemble du Québec. Dans plusieurs comtés, la lutte sera serrée et nous ne connaîtrons
pas le résultat avant tard en fin de soirée le soir de l'élection.
Bien entendu, l'enjeu de cette
campagne est le changement ou non du gouvernement. Il y a une force
irrésistible de changement dans la population et cela devrait se traduire par
l'élection d'un nouveau gouvernement qui sera vraisemblablement un gouvernement
minoritaire. Accessoirement, la question de l'avenir du Québec et de la tenue
d'un référendum sera invoquée, mais je ne crois pas que cela sera l'enjeu
principal du scrutin. Après tout, que nous soyons fédéralistes, souverainistes
ou autonomistes, personne ne doit craindre de voir la population se prononcer
sur un enjeu comme l'avenir du Québec. D'ailleurs, c'est le principal talon
d'Achille du Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon, les gens ne veulent
ni de référendum ni de souveraineté. Personnellement, je crois que le Québec a
choisi le Canada. À mon image, les gens sont canadiens, mais ils sont très
attachés à leur patrie : le Québec.
Mon pays, le Canada, ma patrie,
le Québec...