Comme vous, peut-être, j'ai vu des débats électoraux en vue
des élections du 5 octobre 2026.
J'ai beaucoup apprécié la forme de la première rencontre
lors de laquelle trois journalistes de Radio-Canada alignaient les questions
aux chefs qui se présentaient à tour de rôle à la table. Une occasion de mieux
entendre les argumentaires.
Puis, même si Paul Larocque s'en est bien tiré en animant le
débat des chefs de TVA, chapeau à Patrice Roy qui a déployé une énergie
importante à bousculer les candidats avec des questions très précises et, même,
en sollicitant de courtes réponses.
C'est exactement à ce moment, que ça m'a frappé le
plus : les chefs ne sont pas préparés, ils sont littéralement programmés!
Trop de communication
Les équipes de communication de chaque parti s'entourent,
j'imagine (je ne suis pas expert en la matière!), des stratèges politiques et
leur mandat est simple : s'assurer de bien contrôler le message et les
débats.
On fait un contrôle préventif du message.
Au fil des dernières décennies, la tendance au contrôle
total du message s'est amplifiée, au point de ne pas de flirter dangereusement
avec la déconnexion complète des électeurs.
J'imagine la scène lors des deux jours précédent un
important débat. Les directives à l'endroit des chefs doivent ressembler à
ça :
« N'oubliez pas, la
formulation exacte est la suivante et il faut la répéter au moins trois fois
pour le chef de tel parti et quatre fois pour le chef de cet autre
parti... »
« N'oubliez pas :
donnez l'impression de répondre à la question et bifurquez rapidement vers les
lignes qu'on vous a écrites »
« Répétez ceci, mais ne dites
jamais cela... »
« Rappelez-vous de parler de
référendum aussi souvent que possible... »
« Rappelez-vous de marteler
le bilan du parti au pouvoir le plus souvent possible... »
« Surveillez votre ton tout
au cours des échanges... »
« Ah! Oui, on
oubliait : soyez à l'aise et spontané! »
Trop de communication programmée tue la communication
d'humain à humain et ça finit par gosser au point de préférer une
fiction à ces débats télévisés.
Et, avec tout ça, je ne sais toujours pas!
Patrice Roy a présenté, en introduction à certains thèmes,
des petites entrevues avec des citoyens qui adressaient une question très
précise.
J'étais fébrile. Je me disais que j'allais savoir. Je m'explique.
Une dame parle de ses tentatives multiples de franchir la
première ligne donnant accès aux services médicaux, puis, témoigne avec émotion
de la qualité des suivis reçus après avoir réussi à franchir la porte d'entrée.
La question est simple : comment franchir cette première ligne, celle qui
bloque les choses?
Patrice Roy revient en force : « à tour de rôle,
que répondez-vous à cette auditrice? »
Après une petite phrase donnant de l'espoir d'une réponse
claire et imagée, voilà qu'on retombe dans les généralités. Il faut éviter de
faire comme la CAQ. Ou bien : il faut lâcher les infrastructures. Ou
bien : il faut prendre l'argent nécessaire à la tenue d'un référendum et
tout remettre dans les soins...
À la fin, je ne sais pas trop. J'ai retenu l'idée de
régionalisation et de retour en force des CLSC, mais pas un mot sur la façon de
recruter les ressources nécessaires qui manquent déjà...
Même scénario quand on a parlé de l'immigration.
Entre 15 000 et 70 000 nouveaux immigrants par
année. Mais rien, vraiment, sur comment on garde ici celles et ceux qui sont
intégrés!
Trop de calculs tuent le calcul même
À ce jour, je suis déçu de cette élection. Il y a un
pourcentage d'indécis très important pour une élection qui me semble, ma foi, toute
aussi importante!
Les gens sont donc friands de choses concrètes, mais on leur
sert quotidiennement des généralités.
C'est la triste impression qui me reste des débats.
Mais je suis tenace. J'ai fait la boussole électorale de
Radio-Canada. J'ai été un peu étonné des résultats! Nous sommes plus de
615 000 à l'avoir fait. Je gratterai plus les programmes des partis, je
crois.
Et j'espère que nous serons des centaines de milliers à
sabler ce vernis trop lisse qui nous est servi pas...
Clin d'œil de la semaine
Faire la boussole électorale, c'est personnellement
engageant.
Un peu comme la personne qui affirme agir selon
ses valeurs, mais qui se retrouve à essayer des nommer ces valeurs clairement...