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Repêcher un joueur pour le junior : c’est du sérieux!

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Daniel Rancourt Par Daniel Rancourt
drancourt@estrieplus.com
Jeudi 29 mai 2014

Si quelqu'un à Sherbrooke peut nous expliquer les arcanes du repêchage des joueurs juniors, c'est bien Patrick Charbonneau, directeur général du Phoenix de Sherbrooke depuis maintenant trois ans, après quelques années passées à la direction de la Centrale de recrutement de la Ligue de hockey junior majeure du Québec (LHJMQ).

Existe-t-il une recette pour dénicher le jeune joueur de hockey qui fera sensation et qui mènera l'équipe aux plus grands honneurs? «  Nous avons tous les rapports que nous voulons, toutes les informations que nous avons besoin : toutes les statistiques, l'état de santé, le coup de patin du jeune, son sens du jeu, etc. Mais il reste deux choses moins tangibles : aime-t-il jouer au hockey? Jusqu'à quel point le jeune est-il dédié, prêt à tout consacrer au hockey? Et l'autre chose, c'est notre feeling, notre intuition, pour un jeune joueur plutôt qu'un autre... Non, il n'existe pas de recette magique », répond Patrick Charbonneau.

« Samedi, lorsque débutera le repêchage, nous aurons le choix parmi quelque 900 noms de joueurs éligibles nés en 1997-98 issus pour la plupart des rangs midget AAA du Québec, des Maritimes et des états de la Nouvelle-Angleterre selon une liste préparée par la ligue. Notre chef recruteur, Alain Charbonneau (le frère de Patrick) avec nos sept recruteurs et moi-même, avons établi notre propre liste de candidats : une centaine de noms par ordre de talent et par position », explique-t-il.

Pendant l'année, l'équipe de recruteurs a préparé à trois reprises une liste de joueurs qu'ils ont réévaluée et qu'ils vont réviser jusqu'à la veille du repêchage de samedi prochain.

« Nous avons entre 40 et 50 rapports d'évaluation sur chaque joueur : sur ces rapports, le recruteur a noté la performance du joueur lors d'un match, son coup de patin, son jeu offensif et défensif, son implication physique, son caractère et a ajouté ses commentaires personnels. Il arrive parfois que deux de nos recruteurs assistent au même match et nous fournissent des rapports d'évaluation où on peut croiser et recouper les informations », décrit Patrick Charbonneau.

Les membres de la direction du Phoenix rencontrent les premiers 30 à 35 joueurs de cette liste afin de connaître un peu mieux leur personnalité. On rencontre aussi leurs parents et on contacte leurs entraîneurs présents et passés. Bref, on tente d'obtenir le plus d'informations possible sur le jeune candidat.

« Ces rencontres sont souvent l'occasion pour présenter notre programme scolaire et rassurer les parents sur le sérieux de notre organisation. On apprend à connaître nos jeunes : est-ce une personne gênée, timide, ou flamboyante, volubile? On veut aussi confronter sa propre perception de joueur de hockey avec la nôtre. Celui qui était le meilleur joueur offensif de son équipe midget sera peut-être un joueur défensif dans le junior. Et quand le jeune commence à penser qu'on l'utilise mal, c'est là qu'on risque d'avoir des problèmes », précise le directeur général du Phoenix.

Les meilleurs atteignent la ligue junior majeure et rejoignent l'élite en rêvant du jour où ils joueront dans la Ligue nationale de hockey.

« Il y en a qui veulent plus que d'autres. Plusieurs traits de caractère d'un jeune se révèlent sur la glace : ce que tu vois du jeune sur la glace ressemble pas mal à ce qu'il est dans la vie. Même s'ils n'ont que 15 ans, on cherche des jeunes qui sont matures, qui sont sérieux et qui ont un but en tête. Déjà à cet âge-là, ils s'entraînent tous les jours, ils sont disciplinés, ils vivent en pension, ils vont aux études, ils sont organisés et ils sont capables de gérer tout ça. Ils sont déjà conscients des enjeux pour leur future carrière », ajoute Patrick Charbonneau.

L'organisation du Phoenix encadre sérieusement les recrues de l'équipe : les vétérans, qui peuvent avoir jusqu'à cinq, six ans de plus que les plus jeunes, sont appelés à aider les derniers arrivés à s'intégrer au groupe. Et il y a les règlements d'équipe. Ainsi les jeunes joueurs du Phoenix sont obligés d'aller à l'école. Et ils peuvent bénéficier de bourses d'études universitaires même après la fin de leur stage junior pour compléter leur formation.

«Une équipe de hockey junior, ce n'est pas juste du hockey! C'est aussi gérer 24 ados tous les jours... Avec tout ce que ça veut dire », fait-il observer. Les parents d'adolescents comprennent sûrement!

« Le recrutement est primordial pour une équipe junior. Une organisation professionnelle peut se former un noyau solide de joueurs pour des années à venir avec un bon repêchage. Mais dans le junior, les jeunes ne font que passer, de 15-16 ans à 20-21 ans. Tout est toujours à recommencer », conclut Patrick Charbonneau.


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