Au Minnesota, la mort de Renee Nicole Good, cette dame de 37
ans tuée par un agent de la police de l'immigration (ICE), crée des remous
majeurs. Avec raison. C'est insupportable comme situation.
La Maison-Blanche soutient le policier, à la vie à la mort.
Sur l'interprétation personnelle de Trump de la vidéo, le policier avait raison
de tuer une dangereuse femme agissant activement au sein d'un groupe d'extrême
gauche...
Légitime défense, déclare le seigneur Trump. Dossier clos.
C'est habile de sa part de ramener tous les regards à ce point, parce qu'au
fond, c'est tout le reste qui est d'une gravité dont on mesure de plus en plus
les effets.
Une concentration dangereusement croissante
La concentration des piliers du pouvoir est un danger qui
devient extrême.
D'abord, l'information
Le fait que les grands des médias sociaux aient toute
l'attention du Président, c'est déjà grave. Ajoutez à cela le mépris ouvert que
Trump démontre pour les médias traditionnels et vous avez subitement une
équation de contrôle : ce qui est dit sur les médias traditionnels est faux ou
d'extrême gauche et le contrôle des algorithmes chargés de choisir ce qui est
offert sur les médias sociaux est entre les mains des proches du Président.
Puis la police
La police est censée être là pour protéger le citoyen. Pas
seulement pour quelques-uns choisis et triés, mais tous les citoyens. C'est de
moins en moins le cas.
Et comme la police régulière est quand même tenue à une
déontologie, pourquoi ne pas créer des polices sur mesure ? En 2001, la police
de l'immigration (ICE) a été créée, directement après les événements du 11
septembre.
Sous Trump, les budgets ont explosé au point qu'il a fait
d'ICE le service de police le mieux financé (plus que le FBI). Les
interventions de ces policiers peuvent se faire n'importe où et n'importe
quand. Les cagoules sont permises. Les voitures sont banalisées.
L'idée est de mettre à la porte les immigrants dont le
statut est en attente de règlement. On tient pour acquis que ce sont tous des
criminels.
Mais l'idée est surtout de semer un climat de peur dans
toute la population. Trump adore ce climat. « Faites ce que je dis de faire et
il ne vous arrivera rien. » À la limite, dans sa logique aussi tordue que
souple, il appelle ça de la bienveillance.
L'urgence
Le principe de l'urgence est une façon de détourner toutes
les règles de base. Il suffit de trouver une façon originale de prétendre que
la sécurité intérieure du pays est compromise pour plaider l'urgence et, ainsi,
outrepasser toutes les règles en cours.
Les immigrants menacent la sécurité intérieure? Pas de
preuve à donner. Juste à le dire et hop, on a une police déjantée qui peut
frapper partout, et n'importe comment. Ils s'appellent ICE. Comme pour glacer
le sang des Américains et favoriser ce sentiment de peur si cher à Trump.
Le policier était-il en situation de légitime défense? Non,
de toute évidence, mais ce n'est pas ce qui compte : le gars a été
généreusement pré-gracié par Trump et son vice, Vance. Et ces policiers sont
visiblement formés pour être des humains imbus du pouvoir ultime de vie ou de
mort sur quiconque refuse de se mettre à genou immédiatement devant lui.
Se concentrer sur la situation de légitime défense est un
détournement d'attention sur ce qui compte vraiment.
Nous sommes en présence d'un gouvernement autoritaire qui
tisse sa toile jour après jour. Une toile qui inclut bien peu d'Américains, au
final. Elle inclut généreusement l'élite définie par Trump et exige des autres
une obéissance sans failles. Et s'ils ont de la misère à boucler leur budget
personnel et à se faire soigner, c'est qu'ils sont paresseux. Un bon Américain
sait se débrouiller, non? La bouffe, le toit et les soins de santé, ça va au
mérite, non? De plus en plus, malheureusement. Et c'est Trump qui dessine les
limites du mérite.
Ma grande crainte des prochains mois ? Trump continuera de
semer le chaos et des soulèvements populaires s'intensifieront. Trump pourrait
les encourager et faire annuler les élections de mi-mandat: situation d'urgence
menaçant la sécurité intérieure...
Clin d'œil de la semaine
Minnesota est un terme sioux, une des Premières Nations du
territoire des États-Unis. C'est qui l'immigrant, finalement ?