Afin de justifier l'abandon de mesures de lutte au
changement climatique, nos gouvernements invoquent la nécessité de rétablir
l'équilibre entre le climat et l'économie. Arguant que l'économie est l'élément
défavorisé, ils sabrent dans les mesures qui commençaient à faire bouger
l'aiguille de la diminution des émissions de GES. Mais de quel déséquilibre
parle-t-on au juste ?
Petit rappel pour
bien comprendre
À l'époque de l'ère préindustrielle (±1850), nous n'avions
pas de problèmes d'effet de serre même si des phénomènes naturels tels que les
éruptions volcaniques, les feux de forêt, les inondations, les marais
émettaient différents gaz.
L'exploitation du charbon à la fin du XIXe siècle, puis du
pétrole et du gaz naturel, des ressources non renouvelables, a changé la donne.
La combustion de ces sources d'énergie a libéré graduellement le CO2 enfoui
depuis des millions d'année et a provoqué un effet de serre qui déséquilibre le
climat chaque année davantage. Notons ici que c'est à partir des années 1950,
années d'après-guerre, que la courbe ascendante s'est emballée.
Des premières alertes
au déséquilibre
Les premières recherches mettant en garde les dirigeants
internationaux des problèmes du réchauffement du climat datent de 1972 avec le
rapport « Halte à la croissance » du Club de Rome. Ces chercheurs nous
avisaient que la croissance économique conduisait dangereusement à la
dégradation de la planète.
Puis, ce fut la grande rencontre internationale du « Sommet
de la terre » au Brésil en 1992 qui a marqué le début des préoccupations de
l'ONU (178 pays) en acceptant le concept de développement durable. Ces
rencontres se sont alors structurées sous le vocable de COP, le GIEC est créé
et les recherches sur l'évolution du climat nous ont alimentés en connaissances
scientifiques sur l'évolution du climat.
Une des conclusions consensuelles des scientifiques est que
le réchauffement du climat, l'effet de serre et ses répercussions sur la
planète sont d'origine humaine à savoir l'organisation de notre mode de
production/consommation. Les éléments en cause sont le gaz carbonique (CO2), le
méthane (NH4) et le protoxyde d'azote (N2O) qui constituent l'essentiel des gaz
à effet de serre (GES).
Les solutions
proposées
Il devient alors évident que pour revenir à une planète
viable à long terme, il faut « sortir des énergies fossiles ». Il ne s'agit pas
de revenir à la traction animale comme complément à la force humaine ou au bois
pour la cuisson et le chauffage, mais de transiter vers des énergies renouvelables
comme l'eau, le soleil ou le vent.
En 2015,196 pays signent l'Accord de Paris et s'engagent à
mettre en place des mesures pour contenir le réchauffement du climat à +2 ℃,
idéalement +1,5 ℃, d'ici 2100. Même si les
moyens et les échéances
sont laissés à la
discrétion des pays, il est proposé qu'on se fixe la carboneutralité en 2050 (ne plus émettre de
GES ou, si on en émet, les neutraliser avant qu'ils n'atteignent l'atmosphère)
et comme étape intermédiaire la réduction de 50 % d'ici 2030.
Les résultats, 10 ans
plus tard
Aujourd'hui,10 ans plus tard, tous n'ont pas pris ces
impératifs au sérieux, loin de là. Tout ce qu'on a réussi, c'est de contenir
l'augmentation ou à peine. On n'a pas encore réussi à diminuer les émissions,
seuls quelques pays peuvent se vanter d'avoir fait bouger l'aiguille de la
réduction par rapport à 1990.
Pris sous l'angle du réchauffement, avec les mesures
actuelles, au lieu de se limiter à +1,5 ℃, il s'inscrit
sur une trajectoire de +2,8 ℃ à la
fin du siècle. Donc préparons-nous
à dépenser
des milliards et des milliards de dollars en compensation pour s'adapter aux
dommages causés. Si, dès 1980, on avait pris les mesures qui s'imposaient, nous
ne serions pas en voie de détruire la planète.
Que font nos
gouvernements ?
Aujourd'hui, nos gouvernements reculent et disent qu'il faut
rétablir l'équilibre entre économie et protection du climat. Entendons-nous. Le
déséquilibre n'est pas à l'encontre de l'économie mais bien du climat. Et ce
déséquilibre augmente d'année en année. Comment se fait-il que nos
gouvernements se cachent l'évidence ?
À preuve, le gouvernement du Canada sabre dans les mesures
mises en place. Abolition de la taxe carbone et des subventions à l'achat
d'autos électriques, annulation du plafond de production d'énergies fossiles et
projection de construction d'un pipeline qui assurera l'exploitation du pétrole
des sables bitumineux pour les 40 prochaines années.
Le Québec fait de même. Abolition graduelle des subventions
à l'achat électrique, volonté de diminuer ses objectifs de réduction de GES
pour 2030, remise en cause du marché du carbone avec la Californie,
assouplissement des normes environnementales et j'en passe.
De la contradiction
Alors que la communauté scientifique incite à renforcer les
mesures de réduction de GES, notre pays est sur les rails de l'augmentation des
émissions, du réchauffement accru du climat et de l'amplification des
conséquences sur la planète.
À l'époque des décisions prises en vue d'exploiter les
énergies fossiles, la science n'a pas pu prévoir les conséquences négatives de
ce choix : on peut donc affirmer qu'on ne savait pas. On pourrait se faire la
même réflexion lors des décisions prises au début des années 1950, années où
l'exploitation s'est faite de façon complètement débridée pour atteindre les
niveaux actuels. On ne savait pas.
Mais aujourd'hui, on sait. On sait depuis plus de 50 ans. On
n'a pas d'excuses, on n'a que de grandes responsabilités et l'obligation de
mettre le cap sur la carboneutralité sans défaillir.
Yves Nantel
janvier 2026