Société Arts & culture Sports Chroniqueurs Concours Annonces Classées

  CHRONIQUEURS / L'Agora

Les scorpions associés

 Imprimer   Envoyer 
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 15 mars 2023

Le génie de Steven Spielberg est toujours en nous lorsque nous avons été imprégnés de son art. Je n'ai pu m'empêcher de me rappeler son film Retour vers le futur quand j'ai pris connaissance de la déclaration de Paul St-Pierre Plamondon qui demandait au gouvernement Legault de refaire une commission sur l'avenir du Québec comme au temps de l'après-crise de Meech sous le gouvernement libéral de Robert Bourassa. En fait, derrière une façade tout empreinte de gentillesse et d'amabilité, Paul St-Pierre Plamondon veut ramener le Québec en arrière. En fait, le vieux rêve d'un Québec souverain, libre de ses choix est à mon sens révolu depuis le refus de l'accord du lac Meech par le Canada anglais et par le non que nous nous sommes dit à nous-mêmes lors du référendum de 1995. Chercher à faire un retour en arrière m'apparaît comme un choix détonant par rapport à l'avenir. Réflexions libres sur l'avenir des francophones de souche du Québec au 21e siècle.

Sortir des sentiers balisés

On a souvent opposé les anciens aux modernes dans l'histoire. Défendre le monde ancien était réputé un mauvais choix eu égard aux forces de changement qui s'imposaient dans la société. La modernité était garante de progrès, d'avancement. Il ne faut pas à mon sens concevoir nécessairement la volonté de plusieurs d'entre nous de se donner un pays comme une défense du monde ancien, mais les termes actuels du débat sur la question nationale au Canada empruntent des chemins anciens et balisés, du moins dans la rhétorique de Paul St-Pierre Plamondon.

Il est incontestable que le Québec est un territoire où réside une nation francophone. Cette petite nation d'où nous tirons tous nos origines a été conquise par les Britanniques au 18e siècle. Les parlants français, une façon de nommer les habitants du territoire en excluant les Britanniques ont été discriminés de façon systématique. Il y a eu un long combat des membres du peuple de ressortissants français pour défendre l'existence de la langue française, de ses coutumes et de ses traditions. Grâce à l'Église catholique qui a joué le rôle d'une Église-nation, que Dieu ait son âme, nous avons pu nous réfugier dans une idéologie de survivance pour ne pas disparaître. Au-delà des mots durs de certains de nos historiens sur cette époque, il faut convenir que l'Église catholique romaine a joué un rôle majeur dans la préservation et la perpétuation de notre langue et de nos traditions.

Puis, le reste de l'histoire est largement connu et reconnu, il y a eu la Deuxième Guerre mondiale, le keynésianisme et l'activisme étatique qui ont mené à la construction au Canada de deux logiques étatiques qui s'opposent, l'État canadien et l'État québécois. Cette lutte entre ces deux solitudes, ces deux états perdurent depuis la conquête et s'est amplifié après la Deuxième Guerre mondiale et a pris son essor avec la montée du nationalisme québécois et la Révolution tranquille. Sous la forme de négociations constitutionnelles, les relations Québec-Canada ont occupé beaucoup d'espace politique et pour l'essentiel cela a exacerbé les passions et mené à l'élection du Parti québécois et à la tenue du référendum de 1980, à l'échec de l'accord du lac Meech et à la cruelle défaite référendaire de 1995. Avec ce Non à eux-mêmes, les Québécois et les Québécoises ont tourné le dos à cette idée d'un pays du Québec et ont choisi le Canada, pour le meilleur et pour le pire. Et, il ne faut pas se le cacher, il y a beaucoup de pires dans ce pays depuis de nombreuses années. À commencer par cet incessant Québec Bashing et ce déni de nos compatriotes canadiens à reconnaître le caractère distinct de la société québécoise et à respecter ses choix collectifs comme nation unique en Amérique du Nord. La vulgate nationaliste oppose binairement le multiculturalisme au nationalisme québécois sans prendre note que la société québécoise elle aussi a changée et change encore. D'où cette opposition entre les anciens et les modernes.

Le Canada est-il soluble dans la reconnaissance du caractère distinct du Québec

Les questions d'aujourd'hui quant à l'avenir du Québec en Amérique du Nord sont les mêmes que celles d'hier. Comment assurer la pérennité de la nation québécoise, sa langue, ses coutumes et ses traditions dans un monde largement anglophone ? Comment renouveler le discours politique à ce sujet dans un monde en profondes mutations tant sur le plan des valeurs que de sa composition démographique ?

Les réponses à ces questions ne sont pas simples. Elles sont au cœur des débats politiques contemporains au Québec et au Canada. Tous les dossiers qui émergent dans l'actualité en sont en quelque sorte liés. La question de la lutte aux changements climatiques révèle de profondes divisions entre l'ouest producteur de pétrole et le Québec, producteur d'énergie hydro-électrique. Qui a oublié la déclaration de François Legault au sujet du pétrole sale de l'Alberta ? Les questions liées au seuil d'immigration sont aussi de la partie. Le discours nationaliste s'apparente à la volonté canadienne de devenir un grand pays plus puissant et à sa volonté de provoquer la noyade démographique du Québec. Les questions liées à nos rapports avec les différentes communautés sont teintées de ce débat inachevé entre le Québec et le Canada où le Québec est soupçonné par le Rest of Canada de repli sur soi si ce n'est de racisme. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce pays. Le fédéralisme, lui-même est mis au banc des accusés sous le motif d'être un rouleau compresseur de l'identité québécoise. Le fédéralisme est une forme de gouvernement hautement recommandable, mais pas dans sa formule canadienne largement centralisée. Un temps, j'avais cru que Justin Trudeau changerait le cours des choses, mais force est d'admettre qu'il a échoué à refonder le pays que son père Pierre Elliott Trudeau nous a légué en 1982 faisant fi des droits historiques du Québec avec le rapatriement de la constitution.

Le Canada est dû pour une grande conversation démocratique sur l'avenir de ce pays et je suis d'avis que le Québec devrait y jouer un rôle de premier plan afin de faire naître un fédéralisme plus efficace et surtout respectueux des nations qui le composent comme celles du Québec, des Acadiens et des Premiers Peuples.

Des scorpions emprisonnés dans une bouteille

Le Québec et le Canada sont comme deux scorpions emprisonnés dans une bouteille. Cela ne peut que mener à la mort de chacun d'eux. Pour se sortir de cette bouteille et pour assurer l'avenir, nous devons tant Québécois et Canadiens nous engager dans une conversation démocratique dans le but de refonder ce pays sur de nouvelles bases et pour faire naître ici un fédéralisme multinational qui sera garant d'assurer un avenir à chacune des nations qui composent ce pays. Je sais que les adeptes du fruit n'est pas mûr s'opposeront à de nouvelles négociations constitutionnelles, mais c'est la seule voie qui s'offre à nous pour progresser vers l'avenir et ne pas faire un retour vers le futur avec les discours d'un Paul St-Pierre Plamondon et de ses semblables. Nous devons troquer notre histoire de frères ennemis pour celle de scorpions associés...


  A LIRE AUSSI ...

Les maudits gauchistes

Mercredi le 24 avril 2024
Les maudits gauchistes
Se raconter des histoires…

Mercredi le 1 mai 2024
Se raconter des histoires…
Un constat d’échec

Mercredi le 15 mai 2024
Un constat d’échec
NOS RECOMMANDATIONS
Le Groupe Beaucage décroche l’or au  palmarès des Sociétés les mieux gérées au Canada

Mardi le 14 mai 2024
Le Groupe Beaucage décroche l’or au palmarès des Sociétés les mieux gérées au Canada
À 157 km h dans une zone de 80 km h à Magog pour éviter d’être en retard au travail

Vendredi le 17 mai 2024
À 157 km h dans une zone de 80 km h à Magog pour éviter d’être en retard au travail
Un partenariat radiophonique unique entre Sherbrooke et la France

Mardi le 14 mai 2024
Un partenariat radiophonique unique entre Sherbrooke et la France
PLUS... | CONSULTEZ LA SECTION COMPLÈTE...

 
Daniel Nadeau
Mercredi, 15 mai 2024
Un constat d’échec

François Fouquet
Lundi, 13 mai 2024
Puissante candeur de la jonquille

inscription infolettre 600
À 157 km h dans une zone de 80 km h à Magog pour éviter d’être en retard au travail Par Daniel Campeau Vendredi, 17 mai 2024
À 157 km h dans une zone de 80 km h à Magog pour éviter d’être en retard au travail
Grève possible à la Société de transport de Sherbrooke Par Julie Meese Lundi, 13 mai 2024
Grève possible à la Société de transport de Sherbrooke
Le corps retrouvé à Drummondville est bien celui de la résidente de Windsor, Christine Leblanc Par Daniel Campeau Jeudi, 16 mai 2024
Le corps retrouvé à Drummondville est bien celui de la résidente de Windsor, Christine Leblanc
ACHETEZ EstriePlus.com
bannières | concours | répertoire web | publireportage | texte de référencement | site web | vidéos | chroniqueur vedette
2024 © EstriePlus.com, tous droits réservés | Contactez-nous