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Faire fi des arguties juridiques…

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi 18 mars 2026

Dans le cadre des sociétés démocratiques contemporaines, nous avons érigé le respect des droits fondamentaux en mausolée. Pour nombre d'entre nous, le respect des droits fondamentaux est une pierre angulaire essentielle à notre vouloir-vivre ensemble. Toutefois, cette protection des droits fondamentaux est mise à l'épreuve par des réalités pragmatiques de la gestion des ressources de l'État. Le récent jugement de la Cour Suprême du Canada qui a annulé la décision du gouvernement libéral de Philippe Couillard d'exclure les réfugiés sans statut officiel des services de garde subventionnés illustre parfaitement ce phénomène et cela est un véritable dilemme. Tentons d'y voir plus clair ensemble...

La décision de la Cour Suprême

La récente décision de la Cour Suprême du Canada concernant l'accès aux garderies subventionnées au Québec pour les réfugiés sans statut ouvre la porte à des discussions complexes sur la justice sociale, l'égalité des droits, la capacité de payer des contribuables et les défis de gouvernance. Le jugement a annulé une décision du gouvernement Couillard, entériné par le gouvernement caquiste de François Legault, qui restreignait l'accès à ces services aux seuls citoyens, excluant ainsi les demandeurs d'asile non traité. Bien que cette décision de la Cour Suprême soit favorable aux femmes, elle pose des questions fondamentales sur la gestion des ressources publiques et sur la capacité d'un gouvernement à agir conformément aux vœux de ses citoyens. Paul St-Pierre Plamondon, le bellâtre, s'est lancé dans une campagne d'invectives envers la Cour Suprême la disant excitée par des idéologies wokes. C'est un peu court. D'ailleurs dans un Québec souverain souhaité par monsieur Plamondon quel sort sera réservé aux droits des minorités devant la tyrannie des majorités ? La force du nombre peut-elle effacer des droits fondamentaux selon l'humeur d'une majorité du moment ?

La Cour Suprême a adopté un raisonnement exclusivement juridique, ce qui est son rôle, et a jugé que l'exclusion des demandeurs d'asile constituait une violation des droits fondamentaux notamment le droit à l'égalité. Elle a défendu le principe que les familles dans le besoin, quel que soit leur statut, devraient avoir accès à des services essentiels, comme la garde d'enfants, afin de favoriser leur intégration sociale et économique. Cela est favorable aux droits des femmes et on peut s'en réjouir, mais cette décision fait l'impasse sur l'incurie du gouvernement du Canada à traiter dans des délais raisonnables les demandes des réfugiés afin de se prononcer sur leur véritable statut. Cela fait aussi l'impasse sur la capacité de payer de l'État québécois et de sa facilité à offrir un nombre suffisant de places en services de garde pour desservir les besoins de la population du Québec.

 

Les enjeux

Il n'y a pas de débats. L'accès à des services de garde est crucial pour les femmes qui représentent une part considérable de la main-d'œuvre active. En facilitant l'accès aux garderies, nous contribuons à la participation des femmes aux marchés du travail et par le fait même à réduire la pauvreté chez les femmes en favorisant leur autonomie. Cela à terme favorise une dynamique familiale et sociale qui tend à une plus grande égalité des sexes. D'autre part, la décision de la Cour Suprême permet de mieux intégrer les demandeurs d'asile à la société québécoise et canadienne. En leur fournissant des services essentiels, les familles peuvent mieux s'adapter et contribuer à la communauté, renforçant ainsi le tissu social dans son ensemble.

En revanche, il ne faut pas sous-estimer la question de la capacité de L'État à offrir des services à sa population en prenant en compte la gestion des fonds publics. Nous ne visons pas au pays des Calinours. Les ressources de l'État sont limitées et nous sommes lourdement taxés comme contribuables. La décision de la Cour Suprême du Canada ne prend aucunement en compte les contraintes budgétaires de l'État sous la pression de la demande de services en fonction de sa facilité à en offrir. En aucun moment, la décision de la Cour Suprême ne se prononce pas sur la façon dont les gouvernements peuvent équilibrer l'augmentation de l'accès tout en maintenant la viabilité financière du système de garderies subventionnées. La seule éclaircie possible c'est de se rappeler que les études démontrent que l'investissement dans les services de garde d'enfants peut générer des retombées économiques positives à long terme. En soutenant les familles et en favorisant leur participation sur le marché du travail, les gouvernements peuvent aussi espérer augmenter leur recette fiscale et réduire d'autant les dépendances aux aides gouvernementales.

Comment se faire une opinion à propos d'un sujet aussi complexe ?

Ce n'est pas simple de se faire une opinion sur un tel sujet. Le débat autour de la protection des droits fondamentaux et de la gestion des ressources publiques soulève des questions éthiques fondamentales. Quelle est la valeur d'un droit si les ressources pour le garantir ne sont pas disponibles ? D'un autre côté, sacrifier des droits individuels au profit de considérations économiques peut mener à une dérive alarmante vers une déshumanisation et à des questions sur chaque dépense gouvernementale. Qu'est-ce qui est essentiel et qu'est-ce qui ne l'est pas ?

Pour répondre à ces interrogations éthiques, il est impératif de se donner un modèle de gouvernance budgétaire inclusif où les considérations économiques n'entravent pas la protection des droits fondamentaux. De nombreux experts croient que l'intégration de telles considérations (la protection des droits fondamentaux) dans les décisions budgétaires peut mener à des investissements judicieux. Une chose est certaine, ce n'est pas en adoptant un discours populiste sur l'immigration comme le font le PQ et La CAQ que nous parviendrons à résoudre nos questionnements.

Le respect des droits fondamentaux, le pilier de notre vivre-ensemble

L'affaire des réfugiés sans statut et la décision de la Cour Suprême du Canada soulignent avec force la tension entre la protection des droits fondamentaux et la gestion des ressources de l'État. Un équilibre doit être trouvé, non seulement pour respecter les obligations juridiques du Canada, mais aussi pour promouvoir une société plus juste et inclusive. La protection des droits de la personne ne peut être perçue comme une dépense, mais plutôt comme un investissement dans le capital humain et social. En fin de compte, c'est par le respect des droits fondamentaux que l'on construit une société véritablement démocratique et prospère, pas avec des arguties juridiques...


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