Ce dernier weekend, les libéraux avaient le cœur à la fête. Ils
avaient enfin un nouveau chef, Charles Milliard. Le vieil adage dit : à
vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Celui-ci s'applique à la situation
présente de Charles Milliard qui a été couronné chef d'un parti politique au
terme d'une non-course. Il faut dire que le Parti libéral du Québec a traversé
une période tumultueuse qui a culminé avec le mandat controversé de Pablo
Rodriguez à sa tête. Le nouveau chef n'a pas tardé à prendre sa première grande
décision en laissant Marwah Rizquy à l'écart de son caucus. Cette dernière en
avait été expulsée par l'ancien chef Pablo Rodriguez. Une excellente décision
selon moi. Cependant, ce geste bien qu'avisé ne peut à lui seul donner le ton
au leadership de Charles Milliard. De nombreux défis l'attendent.
L'avenir politique de Charles Milliard à la tête
du Parti libéral du Québec (PLQ) s'inscrit dans un moment charnière de la
politique québécoise. Après le passage difficile de Pablo Rodriguez, marqué par
des divisions internes, un repositionnement idéologique mal assumé et une
incapacité à reconquérir l'électorat francophone, la question n'est pas
seulement de savoir si Milliard peut redresser le parti, mais si le PLQ
lui-même peut redevenir une force structurante dans un paysage politique
profondément transformé.
Nous sommes à une époque où les anciennes lignes
de fracture (souveraineté/fédéralisme) ont été partiellement remplacées par de
nouvelles tensions : identité, langue, immigration, coût de la vie,
services publics, environnement et méfiance envers les institutions. L'avenir
politique de Charles Milliard dépendra donc moins de sa capacité à gérer le
parti que de son aptitude à comprendre et incarner cette nouvelle ère.
L'état du PLQ : un parti en quête d'âme
Depuis sa défaite historique de 2018, le PLQ
traverse une crise existentielle. Longtemps perçu comme le parti naturel du
pouvoir, il s'est retrouvé relégué à un rôle marginal, dominé par ses bastions
anglophones et allophones à Montréal et dans l'Ouest de l'île. Le problème
n'est pas seulement électoral : il est identitaire.
-
Le PLQ a perdu
son ancrage auprès des francophones;
-
Le PLQ est
perçu comme élitiste et déconnecté des régions;
-
Le PLQ peine à définir un discours clair sur la langue
et l'identité;
- Le PLQ est concurrencé par plusieurs formations occupant
des segments autrefois libéraux.
La montée de la Coalition avenir Québec (CAQ) a
capté l'électorat nationaliste modéré.
Le Parti québécois (PQ) a retrouvé un second
souffle identitaire et trône depuis près de deux ans en tête des sondages
d'opinion alors que Québec solidaire perd ses appuis parmi les progressistes
urbains. Dans ce contexte, le PLQ semble sans territoire idéologique clair. Charles
Milliard hérite donc d'un parti qui doit littéralement se réinventer.
Charles Milliard, le bon profil ?
Charles Milliard représente un profil intéressant
pour une reconstruction : il possède de nombreux atouts. Il a l'image d'un
gestionnaire compétent. Ce qui coïncide avec le profil habituel des chefs du
Parti libéral du Québec. Son parcours dans les milieux économiques lui donne
une crédibilité en matière de développement et d'administration. Il est aussi à
distance des querelles du passé. Contrairement à plusieurs figures associées aux
ères Couillard et Charest, il peut se présenter comme un renouveau. Son profil
moins partisan pourrait séduire un électorat fatigué des clivages. Il a un je
ne sais quoi qui peut être rafraîchissant pour l'électorat fatigué des vieilles
histoires du passé entre souverainistes et fédéralistes. Les gens sont en
appétit pour des choses plus prosaïques liés à leur portefeuille.
Il a aussi des faiblesses qui ne passeront pas
inaperçues durant la prochaine campagne électorale. Sa plus grande est sans
conteste sa faible notoriété populaire. Charles Milliard est un parfait inconnu
pour une majorité de Québécoises et de Québécois. Il est aussi sans véritables attaches
enracinées au Parti libéral du Québec contrairement à un Karl Blackburn par
exemple. Il dégage également l'image d'un technocrate, ce qui dans le contexte
actuel n'est pas le meilleur atout à proposer à l'électorat québécois. Enfin,
derrière les mots régionaliste, fédéraliste et nationaliste, il semble y avoir
une absence de vision claire quant à l'avenir du Québec. Non seulement il ne
nous partage pas une vision forte de l'avenir, mais il semble manquer du
charisme nécessaire pour nous convaincre qu'il peut en avoir une. Le défi
central pour lui est de passer du statut d'administrateur à celui de leader politique
capable de rallier par des émotions et non pas seulement par la force de ses
arguments.
Une nouvelle donne politique...
La question la plus importante n'est peut-être
pas l'avenir de Milliard, mais celui du système partisan québécois. Pendant des
décennies, le duel PLQ-PQ structurait tout. Ce monde n'existe plus. Aujourd'hui,
la fragmentation domine. L'électeur québécois est plus volatil, moins fidèle,
plus sensible aux enjeux conjoncturels. Le débat sur la langue française, la
laïcité et l'immigration structure désormais l'espace politique. Le PLQ,
historiquement fédéraliste et multiculturaliste, se retrouve mal positionné
dans un climat plus nationaliste. Les partis traditionnels souffrent d'une
méfiance généralisée. Les électeurs veulent de l'authenticité. C'est ici que la
question devient cruciale : Charles Milliard peut-il incarner cette
authenticité ?
Les scénarios pour l'avenir politique de Charles
Milliard
Le premier scénario qui s'impose à nous est celui
de la reconstruction lente, mais réelle. Dans ce scénario, Milliard parvient à clarifier
la position du PLQ sur la langue (défense ferme du français sans excès
coercitif), à reconnecter avec les régions, à proposer une vision économique
moderne (innovation, transition énergétique, PME) et à attirer une nouvelle
génération de candidats. Le PLQ ne revient pas immédiatement au pouvoir, mais
redevient une force crédible d'opposition. C'est un scénario probable. Le
second scénario est celui de l'effacement progressif du PLQ de la scène
politique québécoise, thèse défendue par l'ineffable Mathieu Bock-Côté. Ce scénario
est selon moi peu probable. Pour qu'un tel scénario se produise, Milliard
échoue dans sa tentative de se distinguer et le PLQ pourrait se réduire à son
noyau montréalais, perdre encore des sièges. Il pourrait être remplacé comme
principal parti fédéraliste par une nouvelle formation comme le Parti
conservateur de Duhaime ou une CAQ recentrée autour de Christine Fréchette. Dans
ce cas, l'avenir politique personnel de Milliard serait bref. La probabilité de
ce scénario est réelle, mais très peu probable.
Un autre scénario est la prise de pouvoir
étonnante par le PLQ et Charles Millaird. Les transformations rapides peuvent
produire des basculements inattendus. Cela sera au prix de la quasi-disparition
de la CAQ, d'une radicalisation accrue du Parti québécois ou d'une crise
économique majeure dans la foulée de la guerre des tarifs du président Trump. Dans
un tel scénario, Charles Milliard et le PLQ viendraient ouvrir un espace pour
un parti centriste à droite, rassurant et économique. Un scénario probable,
mais qui dépend d'un contexte externe imprévisible en ce moment.
Le scénario le plus probable est à mon sens.
L'élection du Parti québécois comme le prédisent depuis des années les sondages
d'opinion, mais un gouvernement minoritaire avec une opposition libérale
renforcée. Cela garantirait le poste de chef à Charles Milliard et empêcherait
le PQ de tenir son référendum sur la souveraineté. Les Québécois obtiendraient
alors ce qu'ils souhaitent un gouvernement de St-Pierre Plamondon, mais pas de
référendum. Dans un tel contexte, le PQ sera défait après une année ou deux et
c'est alors que Charles Milliard pourrait prétendre devenir premier ministre du
Québec.
Pour parvenir à ce scénario, il faut que Charles
Millaird survivre politiquement. Ce sera au prix d'une redéfinition du
libéralisme québécois. Pas un simple fédéralisme administratif, mais un projet
social clair mettant de l'avant un nationalisme assumé et un attachement clair
au Canada à la Robert Bourassa. Il doit aussi sortir de Montréal et redevenir
audible et performant en Mauricie, en Estrie et au Saguenay. Il devra repenser
le lien du PLQ avec l'identitaire. Ignorer cette question est suicidaire.
L'embrasser sans nuance l'est tout autant.
La politique n'est pas qu'un programme. Elle est
aussi un récit. Charles Milliard devra faire rêver les Québécois avec son
nouveau libéralisme à la québécoise. Il doit pour réussir s'ancrer dans la
jeunesse québécoise. Le Québec politique est en transition démographique.
Les jeunes électeurs sont moins attachés à la
question référendaire, ils sont sensibles à l'environnement, préoccupés par le
logement et méfiants envers les élites économiques. Le PLQ doit parler à cette
génération sans perdre sa base traditionnelle.
C'est un exercice d'équilibriste. Le Québec a
montré récemment qu'il peut se transformer rapidement. La CAQ elle-même était
marginale il y a quinze ans.
Le PQ semblait moribond avant de rebondir. La
politique québécoise est désormais fluide. Cette fluidité ouvre la porte aux
surprises. Charles Milliard pourrait saisir l'occasion s'il est capable de bien
lire l'électorat québécois et ses sautes d'humeur.
L'avenir politique de Charles Milliard ne
dépendra pas uniquement de ses qualités personnelles. Il dépendra de sa
capacité à comprendre la nouvelle psychologie électorale, à reconstruire un
parti fracturé, à offrir une vision mobilisatrice et à saisir les opportunités
imprévues. La transformation profonde de la scène politique québécoise
n'annonce pas seulement des difficultés - elle ouvre aussi la possibilité de
réalignements majeurs.
Dans ce contexte, trois vérités s'imposent. Le
PLQ ne peut plus être ce qu'il était. Charles Milliard doit incarner une
rupture crédible. Le Québec politique est plus imprévisible qu'il ne l'a été
depuis des décennies. L'histoire politique montre que les périodes de
fragmentation sont aussi celles où émergent les surprises. Rien n'est écrit.
Et c'est précisément ce qui rend l'avenir
politique de Charles Milliard à la fois fragile... et potentiellement décisif.
Milliard doit éviter le retour du refoulé...