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L’avenir de Charles Milliard et du PLQ : le retour du refoulé…

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi 25 février 2026

Ce dernier weekend, les libéraux avaient le cœur à la fête. Ils avaient enfin un nouveau chef, Charles Milliard. Le vieil adage dit : à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Celui-ci s'applique à la situation présente de Charles Milliard qui a été couronné chef d'un parti politique au terme d'une non-course. Il faut dire que le Parti libéral du Québec a traversé une période tumultueuse qui a culminé avec le mandat controversé de Pablo Rodriguez à sa tête. Le nouveau chef n'a pas tardé à prendre sa première grande décision en laissant Marwah Rizquy à l'écart de son caucus. Cette dernière en avait été expulsée par l'ancien chef Pablo Rodriguez. Une excellente décision selon moi. Cependant, ce geste bien qu'avisé ne peut à lui seul donner le ton au leadership de Charles Milliard. De nombreux défis l'attendent.

L'avenir politique de Charles Milliard à la tête du Parti libéral du Québec (PLQ) s'inscrit dans un moment charnière de la politique québécoise. Après le passage difficile de Pablo Rodriguez, marqué par des divisions internes, un repositionnement idéologique mal assumé et une incapacité à reconquérir l'électorat francophone, la question n'est pas seulement de savoir si Milliard peut redresser le parti, mais si le PLQ lui-même peut redevenir une force structurante dans un paysage politique profondément transformé.

Nous sommes à une époque où les anciennes lignes de fracture (souveraineté/fédéralisme) ont été partiellement remplacées par de nouvelles tensions : identité, langue, immigration, coût de la vie, services publics, environnement et méfiance envers les institutions. L'avenir politique de Charles Milliard dépendra donc moins de sa capacité à gérer le parti que de son aptitude à comprendre et incarner cette nouvelle ère.

L'état du PLQ : un parti en quête d'âme

Depuis sa défaite historique de 2018, le PLQ traverse une crise existentielle. Longtemps perçu comme le parti naturel du pouvoir, il s'est retrouvé relégué à un rôle marginal, dominé par ses bastions anglophones et allophones à Montréal et dans l'Ouest de l'île. Le problème n'est pas seulement électoral : il est identitaire.

  • Le PLQ a perdu son ancrage auprès des francophones;
  • Le PLQ est perçu comme élitiste et déconnecté des régions;
  • Le PLQ peine à définir un discours clair sur la langue et l'identité;
  • Le PLQ est concurrencé par plusieurs formations occupant des segments autrefois libéraux.

La montée de la Coalition avenir Québec (CAQ) a capté l'électorat nationaliste modéré.

Le Parti québécois (PQ) a retrouvé un second souffle identitaire et trône depuis près de deux ans en tête des sondages d'opinion alors que Québec solidaire perd ses appuis parmi les progressistes urbains. Dans ce contexte, le PLQ semble sans territoire idéologique clair. Charles Milliard hérite donc d'un parti qui doit littéralement se réinventer.

Charles Milliard, le bon profil ?

Charles Milliard représente un profil intéressant pour une reconstruction : il possède de nombreux atouts. Il a l'image d'un gestionnaire compétent. Ce qui coïncide avec le profil habituel des chefs du Parti libéral du Québec. Son parcours dans les milieux économiques lui donne une crédibilité en matière de développement et d'administration. Il est aussi à distance des querelles du passé. Contrairement à plusieurs figures associées aux ères Couillard et Charest, il peut se présenter comme un renouveau. Son profil moins partisan pourrait séduire un électorat fatigué des clivages. Il a un je ne sais quoi qui peut être rafraîchissant pour l'électorat fatigué des vieilles histoires du passé entre souverainistes et fédéralistes. Les gens sont en appétit pour des choses plus prosaïques liés à leur portefeuille.

Il a aussi des faiblesses qui ne passeront pas inaperçues durant la prochaine campagne électorale. Sa plus grande est sans conteste sa faible notoriété populaire. Charles Milliard est un parfait inconnu pour une majorité de Québécoises et de Québécois. Il est aussi sans véritables attaches enracinées au Parti libéral du Québec contrairement à un Karl Blackburn par exemple. Il dégage également l'image d'un technocrate, ce qui dans le contexte actuel n'est pas le meilleur atout à proposer à l'électorat québécois. Enfin, derrière les mots régionaliste, fédéraliste et nationaliste, il semble y avoir une absence de vision claire quant à l'avenir du Québec. Non seulement il ne nous partage pas une vision forte de l'avenir, mais il semble manquer du charisme nécessaire pour nous convaincre qu'il peut en avoir une. Le défi central pour lui est de passer du statut d'administrateur à celui de leader politique capable de rallier par des émotions et non pas seulement par la force de ses arguments.

Une nouvelle donne politique...

La question la plus importante n'est peut-être pas l'avenir de Milliard, mais celui du système partisan québécois. Pendant des décennies, le duel PLQ-PQ structurait tout. Ce monde n'existe plus. Aujourd'hui, la fragmentation domine. L'électeur québécois est plus volatil, moins fidèle, plus sensible aux enjeux conjoncturels. Le débat sur la langue française, la laïcité et l'immigration structure désormais l'espace politique. Le PLQ, historiquement fédéraliste et multiculturaliste, se retrouve mal positionné dans un climat plus nationaliste. Les partis traditionnels souffrent d'une méfiance généralisée. Les électeurs veulent de l'authenticité. C'est ici que la question devient cruciale : Charles Milliard peut-il incarner cette authenticité ?

Les scénarios pour l'avenir politique de Charles Milliard

Le premier scénario qui s'impose à nous est celui de la reconstruction lente, mais réelle. Dans ce scénario, Milliard parvient à clarifier la position du PLQ sur la langue (défense ferme du français sans excès coercitif), à reconnecter avec les régions, à proposer une vision économique moderne (innovation, transition énergétique, PME) et à attirer une nouvelle génération de candidats. Le PLQ ne revient pas immédiatement au pouvoir, mais redevient une force crédible d'opposition. C'est un scénario probable. Le second scénario est celui de l'effacement progressif du PLQ de la scène politique québécoise, thèse défendue par l'ineffable Mathieu Bock-Côté. Ce scénario est selon moi peu probable. Pour qu'un tel scénario se produise, Milliard échoue dans sa tentative de se distinguer et le PLQ pourrait se réduire à son noyau montréalais, perdre encore des sièges. Il pourrait être remplacé comme principal parti fédéraliste par une nouvelle formation comme le Parti conservateur de Duhaime ou une CAQ recentrée autour de Christine Fréchette. Dans ce cas, l'avenir politique personnel de Milliard serait bref. La probabilité de ce scénario est réelle, mais très peu probable.

Un autre scénario est la prise de pouvoir étonnante par le PLQ et Charles Millaird. Les transformations rapides peuvent produire des basculements inattendus. Cela sera au prix de la quasi-disparition de la CAQ, d'une radicalisation accrue du Parti québécois ou d'une crise économique majeure dans la foulée de la guerre des tarifs du président Trump. Dans un tel scénario, Charles Milliard et le PLQ viendraient ouvrir un espace pour un parti centriste à droite, rassurant et économique. Un scénario probable, mais qui dépend d'un contexte externe imprévisible en ce moment.

Le scénario le plus probable est à mon sens. L'élection du Parti québécois comme le prédisent depuis des années les sondages d'opinion, mais un gouvernement minoritaire avec une opposition libérale renforcée. Cela garantirait le poste de chef à Charles Milliard et empêcherait le PQ de tenir son référendum sur la souveraineté. Les Québécois obtiendraient alors ce qu'ils souhaitent un gouvernement de St-Pierre Plamondon, mais pas de référendum. Dans un tel contexte, le PQ sera défait après une année ou deux et c'est alors que Charles Milliard pourrait prétendre devenir premier ministre du Québec.

Pour parvenir à ce scénario, il faut que Charles Millaird survivre politiquement. Ce sera au prix d'une redéfinition du libéralisme québécois. Pas un simple fédéralisme administratif, mais un projet social clair mettant de l'avant un nationalisme assumé et un attachement clair au Canada à la Robert Bourassa. Il doit aussi sortir de Montréal et redevenir audible et performant en Mauricie, en Estrie et au Saguenay. Il devra repenser le lien du PLQ avec l'identitaire. Ignorer cette question est suicidaire. L'embrasser sans nuance l'est tout autant.

La politique n'est pas qu'un programme. Elle est aussi un récit. Charles Milliard devra faire rêver les Québécois avec son nouveau libéralisme à la québécoise. Il doit pour réussir s'ancrer dans la jeunesse québécoise. Le Québec politique est en transition démographique.

Les jeunes électeurs sont moins attachés à la question référendaire, ils sont sensibles à l'environnement, préoccupés par le logement et méfiants envers les élites économiques. Le PLQ doit parler à cette génération sans perdre sa base traditionnelle.

C'est un exercice d'équilibriste. Le Québec a montré récemment qu'il peut se transformer rapidement. La CAQ elle-même était marginale il y a quinze ans.

Le PQ semblait moribond avant de rebondir. La politique québécoise est désormais fluide. Cette fluidité ouvre la porte aux surprises. Charles Milliard pourrait saisir l'occasion s'il est capable de bien lire l'électorat québécois et ses sautes d'humeur.

L'avenir politique de Charles Milliard ne dépendra pas uniquement de ses qualités personnelles. Il dépendra de sa capacité à comprendre la nouvelle psychologie électorale, à reconstruire un parti fracturé, à offrir une vision mobilisatrice et à saisir les opportunités imprévues. La transformation profonde de la scène politique québécoise n'annonce pas seulement des difficultés - elle ouvre aussi la possibilité de réalignements majeurs.

Dans ce contexte, trois vérités s'imposent. Le PLQ ne peut plus être ce qu'il était. Charles Milliard doit incarner une rupture crédible. Le Québec politique est plus imprévisible qu'il ne l'a été depuis des décennies. L'histoire politique montre que les périodes de fragmentation sont aussi celles où émergent les surprises. Rien n'est écrit.

Et c'est précisément ce qui rend l'avenir politique de Charles Milliard à la fois fragile... et potentiellement décisif. Milliard doit éviter le retour du refoulé...



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