J'écoute Bernard Drainville. Il incarne cette pensée qu'il
entretient d'ailleurs depuis des années, que tout se règle, comme ça, d'un coup
de baguette magique.
J'entends par coup de baguette magique, tout geste posé de
façon spontanée et qui viendra tout régler d'une situation complexe ou non.
J'illustre mon propos avec un contre-exemple qui favorise M.
Drainville (comme quoi les nuances existent...).
Comme ministre de l'Éducation, il a décrété, d'un coup, le
non-usage des téléphones portables dans les écoles primaires et secondaires au
Québec. Ça m'a un peu étonné, mais voilà que l'acceptation sociale est venue
facilement dans ce dossier. Je parle de l'acceptation dans la microsociété
qu'est l'école. La mesure n'est pas unanime, bien sûr, mais largement acceptée.
Et on en voit les bénéfices.
J'avais pris connaissance de cette acceptation. Je m'en
réjouissais. Mais une rencontre avec un ami a mis une image claire sur la
situation.
Circulant à pied depuis quelques années pour se rendre à son
travail, l'ami finit par se tricoter des trajets dont il connaît bien les
repères quotidiens. Une grande école secondaire se trouve dans le secteur. Un
midi, un repère différent lui saute aux yeux : des groupes d'adolescents
marchent en grappes devant lui. « Qu'est-ce qu'ils font là? ».
C'était l'automne dernier. Un beau midi. Et là, voilà, la lumière se
fait : ça jase, ça rit, ça s'agace, ça se coltaille un peu. La scène n'est
plus à la mode et elle lui rappelle une sorte de bon vieux temps.
« C'est ça! Ils n'ont pas accès à leurs téléphones cellulaires! »,
constate-t-il. Alors, ils se parlent et se regardent. Ils rient sans
émojis !
Bravo pour ce coup de baguette magique, Monsieur Drainville.
Mais la même recette ne fonctionne pas toujours.
On ne règle pas la situation du système de santé par des
coups de baguette magique. Le ministre Barrette avait ramené toutes les
responsabilités à son bureau et avait imposé des listes de patients inconciliables
avec la réalité pour régler les listes d'attente pour l'accès à un médecin de
famille. Échec.
Le ministre Dubé est venu ensuite appliquer les principes
directeurs de la gestion moderne. Stratégies et indicateurs de performance,
incluant des pastilles de couleur pour chaque patient selon son état de santé.
Il a tout gâché avec un projet de loi pour imposer sa vision.
Sa baguette magique s'est cassée, comme dans Harry Potter.
Pire, il est devenu celui dont on ne doit plus mentionner le nom...
Il y avait du bon dans les stratégies et les indicateurs de
Dubé. Mais les choses sont souvent plus complexes et demandent réflexion et
temps. La loi coup de poing a engendré une riposte de même type.
On semble regarder chaque pan de notre société avec la même
vision : il y a un trou dans le filet sociétal? On met une patch. Un
trou, une cheville, diraient les plus vieux (comme je le fais!).
Trump ne réécrira pas l'histoire du Moyen-Orient avec
quelques semaines d'attaques sanglantes en Iran.
On ne réglera pas la situation des CHSLD (centre hospitalier
de soins de longue durée) sans faire, d'abord, une réflexion sur la qualité de
vie d'une population qui vieillit. C'est plus complexe qu'il n'y paraît :
c'est la première fois de l'Histoire que des populations vivent globalement
aussi vieux. Ça amène des questionnements. On ne réglera pas tout avec un coup
de baguette magique.
Ça demande de la vision. De la réflexion. Pas des
affirmations selon lesquelles on réglera tout du jour au lendemain en invoquant
le sempiternel gros bon sens.
Ne vous méprenez pas : cette chronique n'est pas une attaque
directe aux gens qui font de la politique! Cette chronique me vise, moi, comme
elle vous vise, vous! Sommes-nous prêts à y mettre les efforts et le temps ou
sommes-nous encore dans le modèle du « j'ai voté pour toi, faque,
arrange ça! Et, en passant : il ne faut pas que ta solution me
dérange! » ?
Nous glissons dans le pire des pièges. Le piège est
particulièrement bien alimenté par les algorithmes des médias sociaux. Nous ne
sommes plus prêts à mettre du temps à réfléchir. À penser. On veut juste garder
le rythme.
Un piège, donc.
Clin d'œil de la semaine
Les médias sociaux sont programmés pour empêcher les gens de
penser. Et ça marche. Hitler avait fait la même chose avec l'autoritarisme dans
les années 1930. Méchant piège...