Le gouvernement canadien vient de sabrer dans les
mesures de réduction des émissions de GES : abolition de la taxe carbone pour
les consommateurs, élimination des quotas de vente de véhicules électriques,
abandon du plafonnement des émissions du secteur pétrolier et gazier, et j'en
passe.
En contrepartie, le gouvernement mise sur la CSC
pour permettre aux pétrolières de continuer d'exploiter les énergies fossiles
de l'Alberta en affirmant qu'il maintient son engagement de réduction des
émissions. Cette position est difficile à comprendre.
L'empreinte du CO2
au Canada
Le dioxyde de carbone (CO2)
contribue pour 65 % dans le réchauffement du climat au niveau de la planète.
Pour le Canada, c'est 79 %; le reste provient du méthane (16 %) et du protoxyde
d'azote (4 %).
Le dernier rapport « Sources et puits de GES au
Canada » indique qu'en 2023 le secteur « pétrole et gaz » émet 30 % des GES au
Canada et que le secteur « transport » en émet 22,6 %; ainsi 52,6 % des
émissions impliquent du pétrole ou du gaz. À elle seule, l'industrie des sables
bitumineux est responsable de 13 % des GES canadiens.
Une autre donnée à retenir : les émissions de CO2 provenant de l'exploitation du pétrole se
divisent en deux phases : l'extraction et la
transformation à hauteur de 10 à 15 % et la
combustion (transport, chauffage, production) l'autre 85 %.
Que vient faire la capture et le stockage du
carbone ?
Il existe deux principales méthodes de capture du
carbone :
1- la capture lors de son échappement dans
l'atmosphère (ex.: les rejets par les cheminées des raffineries)
2- la capture directement dans l'atmosphère (de la
science-fiction actuellement mais pas impossible théoriquement).
C'est de la première méthode que nous parlons ici.
Concrètement, il s'agit de capturer le CO2
autant lors de l'extraction que de la transformation du pétrole, de l'acheminer
par pipeline et de l'enfouir dans le sol à grandes profondeurs; par exemple,
dans des mines désaffectées.
Les 6 plus grandes pétrolières exploitant les sables bitumineux de l'Alberta ont
mis sur pied Alliance nouvelles voies
(Pathways Alliance), qui vise à « décarboner » leur exploitation du
pétrole. Dans son entente signée avec l'Alberta, en novembre dernier, le
gouvernement canadien s'engage à financer ce projet et à favoriser la
construction d'un ou de plusieurs pipelines pour exporter le pétrole lourd de
l'Alberta vers l'Asie.
Cela va-t-il contribuer à réduire les émissions
de GES ?
Expérimentée depuis déjà près de 50 ans, on aurait
réussi quelques expériences positives de CSC mais qui n'enthousiasment pas
nécessairement les scientifiques. Ces expériences n'ont été réalisées qu'à une
petite échelle et rien n'indique qu'on peut le faire à l'échelle de
l'exploitation globale. On souligne aussi que la technologie ne pourrait être
prête que dans plusieurs années et qu'entre-temps l'exploitation du pétrole
sans capture aura continué à réchauffer la planète. Un autre argument avancé
est que l'exploitation du pétrole et du gaz émet du méthane, gaz à ne pas
négliger puisqu'il a un facteur de réchauffement du climat beaucoup plus grand
que le CO2. Ajoutons que cette technologie
serait très coûteuse comparativement au développement des énergies éoliennes et
solaires.
Selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur
l'évolution du climat (GIEC), il n'existe aucun scénario qui prévoit la
restriction de la température à +1,5 ℃ ou même +2℃ avec l'expansion du pétrole
ou du gaz, même à faibles émissions. La poursuite de l'exploitation des
énergies fossiles est donc un frein à l'atteinte des cibles de l'Accord de
Paris
De plus, les experts et l'ensemble du mouvement
écologique mettent de l'avant les risques de fuite de CO2
ou encore la contamination d'eaux souterraines qui ne sont pas à négliger ainsi
que les dangers liés au transport sous pression dans les pipelines.
Ceci pose la question : sommes-nous prêts à
prendre le risque d'attendre une technologie incertaine, coûteuse et
potentiellement dommageable pour la santé ?
Qu'en est-il des émissions lors de
l'utilisation finale ?
Mais l'aspect déterminant à considérer demeure que
la CSC ne couvrirait que la capture de 10 à 15 % du CO2
venant de l'exploitation des sables bitumineux car c'est leur utilisation
finale qui émet la grande majorité de CO2
soit 85 à 90 %. On exporterait alors les principales émissions de CO2 dans les pays qui achèteraient notre pétrole
pour le raffiner et le vendre sur le marché intérieur. En ce sens, il n'existe
pas de « pétrole décarboné ».
La CSC un leurre
Dans la conjoncture canadienne, la CSC et les
pipelines ne sont rien de moins qu'une manière d'encourager les pétrolières à continuer
d'exploiter les énergies fossiles pour les 40 à 50 prochaines années (durée de
vie des pipelines) et une façon de passer à côté de l'objectif de « sortir
le plus rapidement possible des énergies fossiles », prôné par le GIEC.
La CSC, si elle s'avérait efficace, devrait être
une stratégie de dernier recours et non la principale. Tous les efforts doivent
donc viser prioritairement le développement les énergies renouvelables, le
soutien de projets éco-structurants et l'adaptation inévitable aux conséquences
du réchauffement actuel du climat.
C'est vrai que le défi est colossal mais à quoi
servira-t-il au Canada de se vanter d'avoir un pétrole « propre » à 15 % alors
qu'il continuera à vendre plus de pétrole « sale » à 85 % sur le marché
international contribuant ainsi à augmenter davantage le stock de GES dans
l'atmosphère?
Yves Nantel
Mars 2026