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L’insoutenable légèreté d’une opinion publique revancharde…

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 12 avril 2023

Nous vivons à une époque où nous chassons allégrement les vendeurs du temple pour faire place à de nouveaux. Nous affirmons collectivement notre haine de l'idolâtrie alors que nous nous créons chaque jour qui passe de nouvelles idoles. Plus que jamais, nous vivons dans une époque faite de symboles où l'on cherche à faire table rase du passé, mais, pardonnez-moi le cliché, ce n'est pas sans jeter le bébé avec l'eau du bain.

Parmi les choses que nous rejetons, il y a le système de justice. Sous prétexte que celui-ci a fait preuve de défaillance notamment à l'égard des crimes commis à l'endroit des femmes, nous ne croyons plus qu'à une justice qui est en accord avec nos convictions et nos opinions du moment. On voit bien ce que donne une telle attitude chez notre voisin du sud où la haine et la polarisation autour d'une figure comme celle de Donald Trump donnent lieu à de curieuses arabesques de la justice américaine.

Nous le vivons aussi chez nous, dans une moindre mesure, avec les opinions et les commentaires exprimés à la suite du jugement du tribunal condamnant l'État québécois à verser 385 000 $ à son ex-premier ministre Jean Charest en dommages et intérêts pour avoir failli dans sa responsabilité de protéger sa vie privée en marge d'une enquête de police sur ses actions présumées en matière de gestion des contrats publics et de financement des partis politiques. Les enquêtes multiples et intensives n'ont rien donné et elles ont été abandonnées. Malgré cela, il se trouve encore de nombreuses personnes qui veulent croire que Jean Charest est coupable de quelque chose, mais que nous avons été incapables de prouver. Commentaires libres sur une histoire d'acharnement envers Jean Charest.

Jean Charest, l'homme à abattre

J'ai souvent écrit sur Jean Charest. Malgré des désaccords importants que j'ai pu avoir avec certaines de ses décisions, notamment en 2012, je n'ai jamais cessé de croire qu'il a été et est toujours le politicien le plus talentueux de sa génération. Jean Charest, malgré qu'il ait connu sa part de défaites, est un gagnant né et il s'est fait élire premier ministre du Québec à trois reprises, ce qui est nettement plus que le bilan de plusieurs de ses détracteurs notamment ceux que l'on retrouve au Parti québécois comme Paul St-Pierre Plamondon ou Jean-François Lisée.

La hargne de certains envers Jean Charest est largement attribuable à sa superbe. Il est un adversaire redoutable pour celles et ceux qui n'ont de cesse à tout transformer pour faire jaillir l'idée de pays en dépit de la tiédeur de la population du Québec envers cette idée. Le cas de Jean Charest n'est pas unique. On retrouve la même envers l'ex-premier ministre Pierre Elliott Trudeau et dans une moindre mesure à l'égard de son fils, l'actuel premier ministre libéral Justin Trudeau. Que cela soit entendu, la mouvance souverainiste aime détester ceux qui s'opposent à son projet et n'hésite pas à démoniser l'adversaire. C'est ce procédé qui a donné naissance à la fable du gouvernement libéral corrompu et au sifflement de l'air du parrain par l'ex-député de Chauveau de l'ADQ à l'Assemblée nationale Gérard Deltell. Malgré la commission Charbonneau, les enquêtes policières aussi nombreuses que vaines, jamais il n'a été établi de liens probants entre le financement des partis politiques et l'octroi des contrats publics au Québec. On a même brûlé sur la place publique la réputation de l'ancien vérificateur général et commissaire à la Commission Charbonneau, Renaud Lachance, pour avoir affirmé cela. L'opinion publique conditionnée par un discours politique partisan voulait la tête de coupables en haut lieu et la réalité en a décidé autrement. Big deal !

Les faits sont têtus

Même si cela ne plaît pas aux commentateurs politiques et aux journalistes d'enquête qui ont choisi les libéraux de Jean Charest pour cible il y a longtemps, il n'existe aucune preuve réelle d'un lien entre le financement des partis politiques et l'octroi des contrats publics. Si la Commission Charbonneau n'a pu conclure à cette hypothèse ainsi que de nombreuses années d'enquêtes policières, cela doit s'expliquer par le fait que cela n'a pas existé. Il ne faut pas se méprendre, je ne dis pas qu'il n'y a pas eu de financement illégal sur une base organisée, mais ce que je crois c'est, qu'importe les prétentions de l'ex-argentier Marc Bibeau, jamais un élu à l'Assemblée nationale, fût-il premier ministre ne peut octroyer un contrat à une firme d'un ami. Dans notre système politique, ce sont les sous-ministres qui doivent signer les documents officiels comme les contrats avec des entreprises. Or, sous le gouvernement Charest de 2003 à 2012, il y a eu de nombreux sous-ministres, plus d'une centaine, quelqu'un a-t-il déjà entendu un ex-sous-ministre plaidé qu'il a été obligé d'octroyer un contrat à une firme sous la pression d'un ministre ou du premier ministre ? C'est probablement ce fait et la connaissance intime du système gouvernemental qui expliquent le refus de l'ex-vérificateur général et commissaire à la commission Charbonneau, Renaud Lachance, de signer le rapport de la juge Charbonneau qui prétendait à l'existence d'un lien entre financement illégal et octroi de contrat public.

Ce qui ne signifie pas qu'il n'y a pas eu de changements de culture au Parti libéral du Québec dans la foulée de l'arrivée de Jean Charest comme chef en 1998. Comme l'a affirmé un jour l'ancien président du PLQ et député d'Orford, Robert Benoit, l'arrivée de Jean Charest à la tête du PLQ a été accompagnée d'un changement de culture. Le PLQ jadis un parti d'idées est devenu un parti affairiste sans grandes visions, une machine à ramasser de l'argent. Nous ne pouvons lui donner tort. C'est d'ailleurs, le début du manque de connexion du PLQ avec le Québec francophone. Il ne faudrait cependant pas en attribuer la faute qu'à Jean Charest. C'est Robert Bourassa lui-même qui avait mis la table.

Les séquelles de Meech

Au fond, tout débute avec le rejet de Meech par le Canada. Accord généreux envers le Québec qui reconnaissait son caractère distinct et qui s'inscrivait dans une logique du Canada de communautés et de peuples fondateurs plutôt que dans celle de Pierre Elliott Trudeau qui ne croyait qu'en un grand Canada uni, bilingue qui se caractérisait par des êtres de droits individuels et non des êtres en chair et en os.

Le rejet de l'accord du lac Meech par le Canada anglais a provoqué une grande colère au Québec avec pour conséquence une résurgence du nationalisme et l'affirmation de l'idée de la souveraineté. Même le PLQ par sa commission politique a produit le Rapport Allaire qui était un appel à une vaste décentralisation de l'État fédéral au profit des provinces. Robert Bourassa a voulu calmer le jeu et contre toute attente est retourné négocier une nouvelle entente celle connue sous le nom de Charlottetown qui a été rejeté par référendum tant par le Québec que par le reste du Canada. C'est ici que l'on doit situer le début de la désaffection des francophones pour les libéraux.

Jean Charest n'a pas été un joueur mineur dans ces événements. Tribun important lors du référendum perdu, il avait aussi présidé une commission pour chercher à rapprocher les provinces récalcitrantes du Nouveau-Brunswick, du Manitoba et de Terre-Neuve pour sauver Meech. Il n'y est pas parvenu et Lucien Bouchard a quitté le PC pour fonder le Bloc Québécois. Les séquelles de Meech se traduisent donc par la naissance de l'ADQ, du Bloc et par l'arrivée de Jean Charest à la tête du PLQ. Le PLQ avait commencé à rompre avec son identité des années 1960. Jean Charest a fini la job. Ce parti jadis d'idées deviendra un parti affairistes dont la plus grande obsession sera de s'emparer du pouvoir et de le conserver. Cela ne se termine pas bien comme l'indiquent le résultat des dernières élections et l'appui des francophones à ce parti dans les sondages d'opinion.

Jean Charest mérite l'estime du Québec

En dépit des opinions ambiantes, des résultats de sondage sur les meilleurs premiers ministres, Jean Charest mérite l'estime et le respect du Québec. Il n'a commis aucun crime et il a fait advenir une culture politique où le principe de parité homme-femme est devenu un incontournable pour tout gouvernement. Il a contribué puissamment au rayonnement international du Québec en s'appuyant sur la doctrine Gérin-Lajoie comme nul premier ministre ne l'a fait. Il mérite des excuses et on doit le laisser en paix. Il faut rompre avec cette insoutenable légèreté de l'opinion publique revancharde...



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