Ma chronique allait s'intituler : Je me souviens...de quoi, au
juste ? C'était vendredi matin. J'écris le dimanche matin, mais je me mets aux
aguets d'une piste de chronique quelques jours avant.
La scène politique a retenu mon attention. En fait, elle a
surtout attisé ma colère. J'ai cette impression que nous vivons dans une
laveuse au cycle d'essorage. Une laveuse à spin, donc. On brasse les choses
très rapidement, souvent sans réflexion, et on base notre stricte analyse sur
les sondages d'opinion qui deviennent le seul indicateur valable.
Les politiciens se suivent. Madame Fréchette est devenue
première ministre. Derrière elle, un Bernard Drainville qui est passé du statut
de porteur d'avenir à apôtre des concepts de sa chef. Passer de celui qui
incarne un univers totalement différent de sa concurrente dans la course à la
chefferie de la CAQ à celui qui se range doucement derrière elle au lendemain
de sa défaite, ça envoie un drôle de message.
J'ai aussi vu M. Bonnardel revenir. Par la grande porte.
Celui qui n'avait rien vu et rien entendu du scandale de SAAQclic est de
retour, revêtu d'une cape d'impunité totale. Encore là, le message que ça
envoie est douteux.
Je pourrais continuer la liste de ces choses qui finissent
par me rendre très critique de la chose publique et politique.
Pour dire vrai, je crains le cynisme.
Un exemple : Justin Trudeau et François Legault ont tous les
deux, dans des partis et paliers gouvernementaux différents, promis de revoir
le mode électoral une fois élus. Puis, une fois élus, ils ont décidé de laisser
tomber. Ils ont décidé que ce n'était pas si pire, finalement, puisqu'ils
avaient obtenu le pouvoir.
Le cynisme est alors dur à éviter...
Mais le cynisme, c'est une sorte de chape de plomb qui nous
tombe dessus et qui étouffe l'espoir. D'autant que le plomb est dangereux pour
l'humain...
Vallières à la rescousse
C'est un artiste, Vincent Vallières. Je sais, vous savez.
Mais j'insiste. C'est un humain, un être qui évolue en société. Son biais vient
du fait qu'il voit les choses à travers son regard d'artiste.
Et ça fait tellement de bien!
Dans une prestation aussi douce que solide dans un rock qui
cherche plus à s'imprégner chez le spectateur qu'à tout défoncer autour, il
défile ses paroles (qu'on entend toujours bien, merci au gars du son !), il défile aussi ses mélodies et il devient un générateur
d'espoir. Essentiel espoir.
Entre deux chansons, Vallières s'adresse à nous. Parfois
drôle, parfois sérieux. Toujours pertinent. Comme ce cri du coeur par rapport
aux médias sociaux : « c'est pas parce que tu peux dire et écrire ce que tu
veux, chummy, que ce que tu dis est pertinent »
Applaudissements.
À ce moment, il parle de cynisme. Par définition, on devient
cynique quand on méprise ouvertement les conventions sociales, incluant la
moralité et l'opinion publique.
C'est le mot mépris qui me fait peur.
Mépriser, c'est couper le contact avec la situation ou la
personne visée. C'est se mettre de façon inatteignable au-dessus de la mêlée.
C'est entretenir une sorte de haine gangréneuse. L'espoir ne vit pas en ce
terreau.
Vincent Vallières a fait une prestation d'espoir solide. Pas
dans la candeur, voire la naïveté. Pas dans la petite phrase qui abrutit du
type : ça va ben aller...
Son message, ses paroles, ne sont pas des sermons. C'est une
poésie descriptive qui invite et permet l'introspection qu'on choisit de faire.
Ou non.
Sa poésie est portée par quatre musiciens d'exception qui
ont visiblement choisi d'habiter chaque note, chaque geste, chaque expression
de cette poésie.
D'entrée de jeu, il nous propose une soirée ensemble. Il
propose une rencontre avec un public. Et le public honore goulûment la
proposition!
Vincent Vallières n'est pas un gueulard. Il est mieux que ça
: il est solide. Solide et pertinent. C'est important pour lui. La dernière
tournée qu'il avait faite en solo nous a ramené un Vallières plus assumé. Plus
confiant. Le genre d'artiste qu'on souhaite rencontrer au hasard, en arrivant
de nulle part, au café Lézard.
J'en suis ressorti heureux. Et en ce dimanche matin, je
change mon titre de chronique et mon approche par rapport au sujet.
Mais je garde le titre quand même pour une éventuelle
chronique. Ne pas être cynique, ce n'est pas être naïf, disais-je.
Ne pas être cynique, au fond, c'est ne pas oublier, dans
l'exercice de notre esprit critique, de garder sa place à l'espoir.
Clin d'œil de la semaine
Note
aux politiciens : c'est dangereux de laisser s'installer le cynisme. Prière de
jeter la recette que vous avez depuis quelques décennies.