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Conflit israélo-palestinien : rencontre avec Sami Aoun


Par Sarah Pomar-Chiquette, journaliste
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Vendredi 25 juillet 2014

EstriePlus s'est entretenu avec Sami Aoun, professeur de sciences politiques à l'Université de Sherbrooke et directeur de l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

Le gouvernement Harper a annoncé son appui « sans équivoque » à la politique d'Israël dans le conflit qui l'oppose au Hamas. Comment expliquer la radicalisation de la position du gouvernement conservateur?

Il est bien évident que le gouvernement Harper prend des positions d'ordre plutôt dogmatiques, teintées par des considérations religieuses et culturelles. En ce sens, le gouvernement Harper ne prend pas des positions fondées sur le calcul des intérêts, mais plutôt sur des affinités idéologiques. Malgré la prise de position et d'alignement avec la politique israélienne, surtout du gouvernement de Benyamin Netanyahou et de la droite israélienne, le gouvernement Harper n'a pas laissé tomber la solution des deux États, la solution la plus communément acceptée par la diplomatie internationale. Peut-être on n'investit pas beaucoup d'efforts de médiation ou de rapprochement entre Palestiniens et Israéliens.

La position du gouvernement conservateur dans son appui sans équivoque au gouvernement Netanyahou est considérée par quelques milieux de la gauche israélienne comme étant un appui partisan et non pas un appui à Israël en tant qu'État. Quelques milieux de la gauche israélienne voient que c'est une position qui appuie une faction israélienne, un parti, une approche, au détriment de d'autres approches israéliennes.

Le gouvernement Harper a le droit de se demander qui a déclenché cette guerre et dans quels objectifs. Est-ce pour promouvoir la solution des deux États ou pour promouvoir des agendas propres à la droite israélienne et propres au Hamas? Le Hamas rejette la solution des deux États et rejette la négociation avec Israël. Ces prises de position sont très difficiles à accepter pour le gouvernement canadien. Toutefois, le gouvernement Harper appuie l'Autorité palestinienne et la représentation palestinienne à Ottawa est toujours ouverte.

Quelles sont les différences majeures entre les positions américaines et canadiennes?

Il y a une différence majeure : l'administration Obama a beaucoup de préoccupations pour faire un équilibre entre ses alliés des pouvoirs arabes ou ses interlocuteurs palestiniens, surtout l'Autorité palestinienne présidée par Mahmoud Abbas. L'administration Obama a essayé sans beaucoup de ferveur et d'enthousiasme de faire un rapprochement entre l'Autorité palestinienne et le gouvernement Netanyahou. La tentative a été avortée et nous avons constaté que le secrétaire John Kerry est sorti bredouille de sa navette. Il n'a pas pu faire avancer la solution des deux États. De plus, l'envoyé spécial américain « pour les négociations israélo-palestiniennes », Martin Indyk, a démissionné en mettant le blâme sur le déficit de la bonne volonté des Israéliens et des Palestiniens sur la question de la paix et de la promotion d'une solution.

Le mouvement Hamas et le mouvement Jihad islamique sont sur la liste des groupes terroristes au Canada. Tous les gestes que ces groupes posent sont considérés comme terroristes et peuvent ainsi être dénoncés. En ce sens, le gouvernement Harper est limité dans sa poursuite de l'égalité ou de l'équité entre le mouvement Hamas et le gouvernement Netanyahou, puisqu'il considère le Hamas et le Jihad comme des groupes terroristes. Alors, nous avons une position qui fait obstacle à un effort diplomatique canadien.

Pouvons-nous croire en la position de neutralité du président égyptien Abel Fattah Al-Sissi?

Gaza est devenu un lieu de guerre par procuration. Si on regarde du côté arabe, on voit que l'Égypte, avec le nouveau pouvoir d'Abel Fattah Al-Sissi, considère les Frères musulmans comme un groupe terroriste. Le pouvoir Al-Sissi s'engage dans une bataille contre les Frères musulmans et leur frère, le Hamas. Les Frères musulmans et le Hamas sont du même groupe. Vous ne pouvez pas à la fois considérer les mouvements islamistes Hamas et les Frères musulmans comme des groupes terroristes et proposer des initiatives pour résoudre la guerre ou encourager une sortie de crise de la guerre de Gaza. Ce qui fait que toutes les initiatives qui viennent du pouvoir d'Al-Sissi sont mal vues par le Hamas.

Il y a aussi une rivalité en arrière-plan entre d'un côté l'Égypte, appuyé par l'Arabie Saoudite et de l'autre côté les Frères musulmans et le Hamas, qui eux sont appuyés par le Qatar et la Turquie. Ce qui fait que la question de Gaza n'est plus seulement au niveau de la sacralité de la cause, mais elle est aussi au niveau des guerres intestines entre les pays arabes, notamment le Qatar et l'Arabie Saoudite et aussi au sein des pays musulmans, la Turquie en rivalité avec l'Iran.

Alors que nous savons l'écart de force entre les deux belligérants, quel est l'intérêt du Hamas de participer à ce conflit?

Dans les guerres par procuration, le calcul des pertes et des gains n'est pas le même que dans les guerres conventionnelles. Il suffit pour le Hamas de toucher l'aéroport de Tel-Aviv et de perturber les lignes d'aviation pour déclarer victoire. Il suffit de prendre un otage israélien pour dire qu'ils ont atteint un objectif important. Ils ont une tolérance très élevée pour la résistance, les pertes humaines et les destructions. Leur calcul est qu'il faut faire saigner la puissance d'occupation.

De l'autre côté, les Israéliens sont plus soucieux du nombre de leurs morts et de la protection de leurs civils. Le Hamas joue comme s'il n'avait rien à perdre. C'est pourquoi ils peuvent être plus aventuriers. Le fait de résister, le fait de toucher quelques cibles israéliennes, c'est déjà pour le Hamas mission accomplie. Le Hamas pourrait profiter de cette guerre pour redorer son blason comme la seule résistance contre Israël.

Où est l'impasse du côté israélien comme du côté Hamas? Comment traduire ce que les deux prétendent être leur victoire? Ce sera très difficile, d'où l'initiative égyptienne et celle des Autorités palestiniennes qui essayent de reformuler l'initiative égyptienne pour qu'elle ne soit pas au profit du Hamas, non plus au profit de Netanyahou, mais au profit du peuple palestinien et de l'Autorité palestinienne. Une démarche qui est largement appuyée par les Américains.

Comment expliquez-vous l'inefficacité de la communauté internationale à intervenir dans ce conflit?

C'est une question d'une guerre d'usure, qui perdure depuis plusieurs années, avec un horizon politique bouché, alors les gens ne se mobilisent plus. Il y a aussi des doutes sur les intentions du Hamas dans le déclenchement du conflit. Puis, Netanyahou est mal-aimé de l'administration américaine. Les Américains ne veulent pas qu'Israël soit mené par une politique de droite qui dérange leurs intérêts dans la région musulmane et arabe. De plus, le Hamas est considéré comme un groupe islamiste et il y a dans la culture occidentale en général une peur de l'islam, ce que l'on appelle l'islamophobie. Certains mouvements islamistes, qui se rapprochent idéologiquement du Hamas, font des actes de barbarie et de terrorisme contre l'Occident ou contre les populations musulmanes et chrétiennes, comme nous avons vu en Syrie et en Irak. C'est aussi en raison de la guerre entre sunnites et chiites que les gens ne sont pas autant mobilisés pour défendre soit une droite israélienne, soit une droite islamiste palestinienne. Les gens sont confus.

Ceci étant dit, il faut toujours garder à l'esprit que la cause palestinienne est la seule cause parmi les Arabes et les musulmans qui est mobilisatrice. Tous les autres conflits ne sont plus mobilisateurs. Les Arabes ne se mobilisent pas sur la question irakienne, syrienne, libyenne parce qu'il y a beaucoup de divergences d'opinions. La cause palestinienne est la seule cause qui est symboliquement toujours émotive.

Dans la communauté internationale, on voit que le conflit israélo-palestinien est un conflit interne et très intense à comparer à des conflits majeurs comme la guerre civile en Syrie ou en Irak. Il y a une marginalisation de l'importance du Moyen-Orient. Le Moyen-Orient est perçu comme un terrain de conflits et d'enjeux insolubles. On remarque que ce n'est pas si efficace de se mobiliser. Il y a aussi les intérêts des Occidentaux qui se sont déplacés de la région du Moyen-Orient vers la région de l'Asie : la Chine, le continent indien et le pacifique. Il y a une démobilisation de la communauté internationale en raison entre autres du déclin des réserves du pétrole, du déclin de l'importance d'Israël dans la grande stratégie américaine et aussi parce qu'il n'y a pas une possibilité de solution directe dans le conflit.

De quelle manière se terminera ce conflit? Est-ce que selon vous la paix est possible sans un perdant?

Non, c'est presque impossible pour l'instant. Il y a deux scénarios possibles. Le premier est le calme pour le calme, c'est-à-dire un retour à la trêve de 2012, mais ce scénario devient de moins en moins probable. Les initiatives qui se font en ce moment, surtout du côté de l'Autorité palestinienne et de l'Égypte, et en coulisse du Qatar, c'est d'aller chercher des gains pour le Hamas et les mouvements islamistes pour qu'ils ne tombent pas dans les mains de l'Iran. Donc, le deuxième scénario est de donner quelques gains aux Palestiniens : la levée du blocus, élargir la superficie de la pêche dans la mer de Gaza et libérer des prisonniers palestiniens. En échange il y aurait une police palestinienne ou arabe internationale avec observateurs internationaux pour regarder les frontières entre Gaza et Israël et superviser le trafic d'armes et le flux des produits. Si jamais il y a une police d'observation de la paix ou de la trêve, avec une garantie pour les Israéliens que le Hamas et les jihadistes islamiques ne reconstruisent pas des tunnels, nous pourrons dire qu'il y a un gain pour une trêve pour les dix prochaines années environ.

Étant donné que les questions les plus chaudes sont en Irak, en Syrie et en Libye, il y a un intérêt à chercher la trêve de 2012 et de la consolider d'une façon plus tangible. Le malheur c'est qu'on ne peut pas savoir dans quelle mesure le Hamas et Israël se considèreront gagnants. Il faut trouver un moyen pour que les deux camps puissent sauver la face.

Il ne faut pas s'attendre à l'éradication du Hamas parce que ce n'est pas dans l'intérêt d'Israël. Le Hamas dans le passé a joué un rôle dans le muselage de beaucoup de radicaux islamistes et le fait que le Hamas refuse la solution des deux États joue clairement dans l'intérêt d'Israël et de la droite israélienne.


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