Je me souviens du thème d'ouverture de la mythique émission
américaine Wide World of Sports. Cette émission est née, comme moi, en
1961. C'est peut-être le seul lien que j'ai avec le talent sportif! Elle a tenu
l'antenne jusqu'en 1998 (merci, Google).
J'avais une quinzaine d'années quand j'ai pris connaissance
de cette émission. J'étais fasciné par la narration. J'aime les communications
en général et je m'attarde aux angles empruntés par les gens à l'animation.
Tout américaine, l'émission était spectaculaire dans sa
narration même! Je me souviens de mon premier « ben voyons donc... »
quand j'ai réalisé le sens de cette fameuse phrase qui faisait partie du
montage introductif hebdomadaire. Une voix grave, intense, venait mettre en
scène des mots qui me troublaient : « The thrill of victory. The
agony of defeat ». Le frisson de la victoire. L'agonie de la
défaite.
« Ben voyons donc... »
Semaine olympique
À la maison, nous ne sommes pas fans de Jeux olympiques
au point de réserver de longues plages horaires à regarder la télé. Mais
l'intérêt est quand même là. Assez pour qu'un important malaise se développe
par rapport au traitement accordé à la fameuse médaille d'argent.
C'est devenu flagrant depuis que le hockey s'est invité dans
la grille horaire. Femmes ou hommes, à ce niveau, même combat.
Notre malaise tient au fait qu'on ne gagne pas la médaille
d'argent en finale, on perd l'or.
« Ben voyons donc... »
C'est à ce moment que mon souvenir de Wide World of
Sports est remonté à la surface.
À quinze ans, je trouvais ridicules les mots utilisés. En
fait, que le frisson de la victoire s'installe, j'en conviens. On ne niera pas
le fait que la victoire vient avec une émotion intense et chavirante.
Mais l'agonie de la défaite mérite un puissant
« ben voyons donc... »
Tu gagnes, tu frémis parce que tu vis. Tu es deuxième, tu
agonises dans ton coin.
Je sais bien que, dès les premiers coups de patin des
enfants sur une patinoire lors d'un match de hockey, la pression des parents
est forte pour que l'équipe (et de leur enfant, par extension) gagne. Déjà, le
plaisir est éclipsé à des niveaux divers par l'attitude des parents.
C'est un triste reflet de notre société où la performance
règne, même hors sport. Je trouve fascinant que, dès la naissance, nos enfants
soient confrontés à des indicateurs de performance par rapport à tous les
aspects de leur croissance. Les parents se mettent une pression parfois
démesurée pour ne pas être ceux qui nuisent à la performance de leur enfant à
se tailler une place en société.
Au gré des années, le nombre de médailles d'or recueillies
par un pays a servi à démontrer la valeur d'un système politico-économique et,
donc, la supériorité du pays sur les autres. Le vice est bien installé.
Mais que Marie-Philippe Poulin demeure inconsolable après
quelques jours de la médaille d'argent remportée par son équipe me désole pour elle.
C'est une joueuse exceptionnelle. Une pionnière. Un repère pour des milliers de
jeunes hockeyeuses. Et là, on la sent anéantie par le poids rendu négatif de
cette médaille d'argent.
Juraj Slafkovsky, de la Slovaquie et vedette du Canadien de
Montréal, disait : « 4ème
position ou dernière position, c'est pareil ». Et il prenait une
grande partie de la pression de cette défaite. Il semblait vivre une agonie. Il
a 21 ans. Sibole!
Tout ça est tellement symptomatique de cette omniprésente
performance qui guide notre monde.
Pourtant...
Pourtant, il y a des centaines d'athlètes de différentes
disciplines qui se côtoient, toutes nations confondues, à de multiples
championnats mondiaux au fil des ans. On les voit ensuite aux Jeux olympiques.
La plupart sont heureux de leur positionnement. On sent l'encadrement serré
d'équipes d'accompagnement.
« Tu es déçu de ta 5ème position? »
« Non, j'ai fait mon meilleur score à vie, je suis fier
de mon cheminement. J'aurais préféré une médaille, mais je suis fier d'être
dans ce groupe d'athlètes qui se retrouvent aux Jeux... »
Une réponse qui fait du bien.
Au moment d'écrire ces lignes, le Canada affronte les
États-Unis pour la finale de hockey.
Au moment où vous lisez ces lignes, vous savez qui verse des
larmes de sang et est criblé de critiques parce qu'ils ont perdu l'or et
portent la honteuse médaille d'argent...
Deux petits clins d'œil avant le clin d'œil de la
semaine :
Dans une chanson dans laquelle Vincent Vallières se posent
plein de questions qui demeurent sans réponse, il y a celle-ci :
« pourquoi les 4e gagnent pas de médailles? »
Et puis, l'important n'était pas de participer, au départ?
Clin d'œil de la semaine
Trump est le triste reflet de cette décadente quête de
l'or : le bureau ovale est bourré de dorures tristement kétaines. Trump
est prêt à voler l'argent pour se procurer plus d'or...