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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Honteuse, la médaille d’argent?

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 23 février 2026

Je me souviens du thème d'ouverture de la mythique émission américaine Wide World of Sports. Cette émission est née, comme moi, en 1961. C'est peut-être le seul lien que j'ai avec le talent sportif! Elle a tenu l'antenne jusqu'en 1998 (merci, Google).

J'avais une quinzaine d'années quand j'ai pris connaissance de cette émission. J'étais fasciné par la narration. J'aime les communications en général et je m'attarde aux angles empruntés par les gens à l'animation.

Tout américaine, l'émission était spectaculaire dans sa narration même! Je me souviens de mon premier « ben voyons donc... » quand j'ai réalisé le sens de cette fameuse phrase qui faisait partie du montage introductif hebdomadaire. Une voix grave, intense, venait mettre en scène des mots qui me troublaient : « The thrill of victory. The agony of defeat ». Le frisson de la victoire. L'agonie de la défaite.

« Ben voyons donc... »    

Semaine olympique

À la maison, nous ne sommes pas fans de Jeux olympiques au point de réserver de longues plages horaires à regarder la télé. Mais l'intérêt est quand même là. Assez pour qu'un important malaise se développe par rapport au traitement accordé à la fameuse médaille d'argent.

C'est devenu flagrant depuis que le hockey s'est invité dans la grille horaire. Femmes ou hommes, à ce niveau, même combat.

Notre malaise tient au fait qu'on ne gagne pas la médaille d'argent en finale, on perd l'or.

« Ben voyons donc... »

C'est à ce moment que mon souvenir de Wide World of Sports est remonté à la surface.

À quinze ans, je trouvais ridicules les mots utilisés. En fait, que le frisson de la victoire s'installe, j'en conviens. On ne niera pas le fait que la victoire vient avec une émotion intense et chavirante.

Mais l'agonie de la défaite mérite un puissant « ben voyons donc... »

Tu gagnes, tu frémis parce que tu vis. Tu es deuxième, tu agonises dans ton coin.

Je sais bien que, dès les premiers coups de patin des enfants sur une patinoire lors d'un match de hockey, la pression des parents est forte pour que l'équipe (et de leur enfant, par extension) gagne. Déjà, le plaisir est éclipsé à des niveaux divers par l'attitude des parents.

C'est un triste reflet de notre société où la performance règne, même hors sport. Je trouve fascinant que, dès la naissance, nos enfants soient confrontés à des indicateurs de performance par rapport à tous les aspects de leur croissance. Les parents se mettent une pression parfois démesurée pour ne pas être ceux qui nuisent à la performance de leur enfant à se tailler une place en société.

Au gré des années, le nombre de médailles d'or recueillies par un pays a servi à démontrer la valeur d'un système politico-économique et, donc, la supériorité du pays sur les autres. Le vice est bien installé.

Mais que Marie-Philippe Poulin demeure inconsolable après quelques jours de la médaille d'argent remportée par son équipe me désole pour elle. C'est une joueuse exceptionnelle. Une pionnière. Un repère pour des milliers de jeunes hockeyeuses. Et là, on la sent anéantie par le poids rendu négatif de cette médaille d'argent.

Juraj Slafkovsky, de la Slovaquie et vedette du Canadien de Montréal, disait : « 4ème  position ou dernière position, c'est pareil ». Et il prenait une grande partie de la pression de cette défaite. Il semblait vivre une agonie. Il a 21 ans. Sibole!

Tout ça est tellement symptomatique de cette omniprésente performance qui guide notre monde.

Pourtant...

Pourtant, il y a des centaines d'athlètes de différentes disciplines qui se côtoient, toutes nations confondues, à de multiples championnats mondiaux au fil des ans. On les voit ensuite aux Jeux olympiques. La plupart sont heureux de leur positionnement. On sent l'encadrement serré d'équipes d'accompagnement.

« Tu es déçu de ta 5ème position? »

« Non, j'ai fait mon meilleur score à vie, je suis fier de mon cheminement. J'aurais préféré une médaille, mais je suis fier d'être dans ce groupe d'athlètes qui se retrouvent aux Jeux... »

Une réponse qui fait du bien.

Au moment d'écrire ces lignes, le Canada affronte les États-Unis pour la finale de hockey.

Au moment où vous lisez ces lignes, vous savez qui verse des larmes de sang et est criblé de critiques parce qu'ils ont perdu l'or et portent la honteuse médaille d'argent...

 

Deux petits clins d'œil avant le clin d'œil de la semaine :

Dans une chanson dans laquelle Vincent Vallières se posent plein de questions qui demeurent sans réponse, il y a celle-ci : « pourquoi les 4e gagnent pas de médailles? »

Et puis, l'important n'était pas de participer, au départ?      

  

Clin d'œil de la semaine

Trump est le triste reflet de cette décadente quête de l'or : le bureau ovale est bourré de dorures tristement kétaines. Trump est prêt à voler l'argent pour se procurer plus d'or...


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