La dernière
en liste, Maïté Blanchette Vézina a décidé de devenir membre du Parti
conservateur d'Éric Duhaime. Coup de maître de Duhaime qui vient assurer à son
parti une représentation à l'Assemblée nationale. Cela vient réparer en quelque
sorte une injustice quant à la représentation du Parti conservateur qui a quand
même récolté plus de 500 000 voix lors de la dernière élection. Cela
braque aussi les projecteurs sur le phénomène des transfuges en politique qui
est de plus en plus présent tant sur la scène politique québécoise que dans la
capitale fédérale à Ottawa. Le point sur un sujet chaud de l'heure.
Transfuge, un nouveau phénomène ?
La scène
politique canadienne, comme celle de nombreux pays modernes, est en constante
évolution. Un phénomène particulièrement frappant est celui des transfuges, c'est-à-dire
des politiciens qui changent de parti au cours de leur carrière. Alors que
certains y voient une opportunité d'adaptation à un paysage politique en
mutation, d'autres jugent ce comportement comme étant antidémocratique et
déstabilisant pour la confiance du public dans ses institutions.
Avant de vous
donner mon opinion, permettez-moi de tenter de définir ce que l'on entend par
transfuge. Dans le contexte politique, un transfuge est un membre d'un parti
qui décide de quitter ce dernier pour en rejoindre un autre, parfois et
souvent, au sein d'un mandat déjà en cours. Cette pratique peut survenir pour
diverses raisons, incluant des désaccords idéologiques, des conflits internes
ou simplement par pur opportunisme.
Pourquoi changer de parti en cours de route ?
Dans un monde
où les valeurs et les priorités des citoyens changent rapidement, il est
naturel que les politiciens cherchent à s'adapter à ces évolutions. Les
transfuges peuvent être perçus comme des agents de changement qui portent des
préoccupations jugées dépassées par leur ancien parti. Ainsi, le changement de
parti peut être interprété comme une volonté d'être en phase avec l'électorat,
renforçant ainsi la pertinence de la représentation démocratique. En outre, le
changement de parti peut être également considéré comme une manifestation de
liberté individuelle. Les politiciens ont le droit de réévaluer leurs croyances
et de rechercher des environnements qui correspondent mieux à leurs valeurs.
Cette liberté permet de renouveler continuellement les débats politiques et ainsi
amener de nouvelles perspectives au sein des partis. Là n'est pas le problème.
Là où le bât blesse, ce sont les conséquences de l'exercice de cette liberté
des élus dans le grand jeu des coalitions gouvernementales pour former les
gouvernements.
Stratégies d'alliance et de coalition
Dans un
système politique où les majorités absolues sont de plus en plus rares, les
transfuges peuvent jouer un rôle crucial dans la formation de coalitions. Le
passage d'un parti à l'autre peut faciliter des alliances qui, bien que basées
sur des motivations individuelles, peuvent également conduire à des
gouvernements plus stables. Ce phénomène peut amener des projets politiques
plus diversifiés, mais peut aussi avoir comme effet pervers de détourner le
choix des électeurs lors d'un scrutin général en transformant un gouvernement
minoritaire en un gouvernement majoritaire comme c'est le cas à Ottawa avec la
transfuge du NPD et les élections complémentaires à venir.
Certains
transfuges se justifient parfois par des préoccupations pour leurs commettants
comme la député et ex-ministre de la CAQ Maïté Blanchette Vézina. Ce qui est
toutefois paradoxal dans ses explications c'est qu'elle décide de quitter la
circonscription alors qu'elle grossit les rangs du Parti conservateur d'Éric
Duhaime. On comprend donc que c'est sa rétrogradation du conseil des ministres
plus que ses électeurs qui ont été au centre de sa décision de quitter la CAQ
et de rallier les rangs du Parti conservateur.
On ne peut
pas exclure de notre compréhension de son geste que c'est une manœuvre purement
opportuniste. Cela mène à une politique du calcul plutôt qu'à une politique
basée sur la défense des intérêts des électeurs. Cela vient saboter l'idée que
les politiciens sont là pour servir le bien public, l'intérêt supérieur de l'État.
Lorsque Maïté Blanchette Vézina quitte la CAQ et rallie les rangs du parti
conservateur, cela vient accréditer l'idée que les élus ne servent pas le bien
commun, mais leur propre bien.
Les transfuges, un mal de notre démocratie
Le mouvement
des transfuges vient induire une instabilité dans le paysage politique. Une
telle instabilité peut générer une polarisation accrue où les partis adoptent
des positions plus rigides pour conserver leur base, réduisant ainsi les possibilités
de compromis et de collaboration. La confiance entre les partis et leurs
électeurs s'amenuisent également, car le public peut percevoir les élus comme
étant plus préoccupés par leurs ambitions personnelles que par le service
public. Les transfuges peuvent aussi perturber le fonctionnement normal du
processus législatif. Lorsqu'un nombre significatif de représentants change de
couleur politique, cela peut influencer les votes sur des lois et des questions
clés, souvent sans tenir compte d'un véritable débat démocratique. Cela
provoque une gouvernance instable et encourage la polarisation des opinions.
Qui plus est,
le phénomène des transfuges est souvent accompagné d'une augmentation du
cynisme parmi l'électorat. Les Québécois et les Canadiens, comme beaucoup de
citoyens d'autres démocraties en Occident, peuvent ressentir qu'une plus grande
loyauté aux partis est nécessaire pour garantir que les élus agissent dans
l'intérêt supérieur du pays. La multiplication des transfuges renforce l'idée
que les élus trahissent leurs promesses et conduisent à un détachement et à une
abstention croissante lors des élections. Toutes les enquêtes démontrent que la
confiance dans les institutions politiques est en déclin. Les transfuges, en
ajoutant à cette perception de l'opportunisme politique, viennent aggraver le
sentiment d'aliénation des électeurs envers leurs élus.
Maintenir l'intégrité de notre système
démocratique
Le phénomène
des transfuges est de plus en plus présent sur la scène politique canadienne.
Comme le laisse voir mon texte, chaque cas et un cas d'espèce et il est
difficile de porter un jugement ex cathedra sur cette manifestation de notre
système politique. Le défi consiste à trouver un équilibre entre la nécessaire
agilité politique et l'importance de la stabilité de la confiance du public
envers la classe politique qui est au cœur de notre contrat social. Les enjeux
de transfert des loyautés politiques nous rappellent que les valeurs
démocratiques évoluent, tout comme les attentes des électeurs, et qu'il est
essentiel de naviguer ces eaux avec soin pour préserver l'intégrité et
l'efficacité de notre système politique.
Chose certaine, des
réformes semblent nécessaires comme mettre une limite de deux mandats maximums
aux élus ou encore d'adopter une représentation plus proportionnelle. Quoi que
nous fassions, il n'en demeure pas moins que les transfuges demeureront un
phénomène de notre époque politique...