Les premières fois sont marquantes.
La première fois qu'on cherche et trouve (idéalement!) notre
équilibre sur un vélo.
La première fois qu'on se retrouve à l'école des grands!
La première relation sexuelle. Celle-ci est souvent faite
dans une couverture de gêne qui n'exprime pas la fameuse première fois. Le
genre de situation qui peut inclure une surprise : « Oh! C'est ta
première fois! » On voit ça dans les films...
Bref, les premières fois sont importantes.
Et si je reprends mon dernier exemple, elle peut être
malaisante si l'autre personne impliquée se moque ou ne fait pas preuve de
bienveillance.
Cette semaine, j'ai été chamboulé en entendant la phrase
« Oh! C'est votre première fois! », dans un contexte beaucoup plus
sombre et intense.
Vendredi, c'était le 25e anniversaire des
attentats du 11 septembre 2001 à New-York. Les tours jumelles du World trade
center, icônes économiques mondiales démontrant la suprématie américaine au
passage, s'écroulaient dans un fracas indescriptible, provoquant la mort de
près de 3 000 personnes qui étaient au travail ce matin-là.
Un drame indescriptible.
Donc, le vendredi, 11 septembre 2026, voilà que des
témoignages de gens qui se souviennent ont occupé les ondes radio et télé une
bonne partie de la journée.
Des témoignages parfois plus ou moins pertinents, j'avoue,
mais des témoignages quand même.
Le problème, avec les témoignages, c'est qu'ils sont souvent
prévisibles. Comme le témoignage du voisin d'un drame qui déclare
solennellement : « j'aurais jamais pensé, il avait l'air d'un bon
gars... »
Mais là n'est pas le propos.
Parmi ces témoignages, celui d'une québécoise qui se
souvient de la réaction d'une amie et consœur de classe de l'époque. Une Afghane
qui s'est exclamée, en fin de journée : « Oh! C'est votre première
fois! ».
C'était sa façon de réagir à l'hyper couverture médiatique
qu'elle découvrait avec une surprise certaine. Une couverture qui prend une
grande ampleur 25 ans plus tard!
N'allez pas croire qu'elle était insensible, mais, pour
elle, pareil bombardement est connu et malheureusement subi sur une base bien
plus régulière que ce que l'on ingère ici.
Et sa surprise se continue, se changeant en tristesse :
« C'est comme si la vie des Américains valait bien plus que la vie des
autres, ailleurs, quand je vois l'intensité des reportages... »
C'est là, que j'ai été frappé de plein fouet.
Les horreurs du Liban, de l'Iran, de l'Ukraine, de la bande
de Gaza (et quoi encore?) sont au menu des nouvelles pour quelques minutes par
semaine. Mais c'est moins important.
Tous ces conflits sont loin de nous et on ne peut pas se
nourrir d'images sombres à outrance, je le comprends très bien.
Mais, dans ma tête, son commentaire tourne en boucle. C'est
comme si on se voit au haut d'une pyramide et qu'eux, le gens de ces pays, sont
plus bas que nous. Donc, potentiellement moins importants.
C'est vrai que c'était notre première fois.
Il y avait eu les guerres de 1914-18 et de 1939-45, celles
du Vietnam et bien d'autres, mais elles se déroulaient ailleurs. Là, c'était
notre première attaque hostile sur le continent depuis quelques centenaires!
Et nous avons été outrés et blessés. Meurtris.
Ma question est la suivante : est-ce qu'on garde seulement
des souvenirs tristes ou bien, si, quelque part, on a appris de la leçon?
Non, ne répondez pas.
La réponse me fait peur, je pense...
Clin d'œil de la semaine
Les attentats du 11
septembre 2001, dans ma tête, c'était chez-nous. C'était aussi dans le temps où
nous n'étions pas attaqués économiquement et verbalement par les États-Unis...
Aujourd'hui, ce serait
chez-eux, j'imagine!