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Gestionnaire : rôle ou profession ?

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 31 août 2026

Les choses changent. Évoluent. Pour le meilleur souvent. Pour le pire aussi, cela dit. C'est comme ça dans tout. C'est inscrit dans l'éternel cycle de l'évolution.

Depuis plusieurs années, maintenant, la profession de gestionnaire a été adoptée et valorisée. Depuis une dizaine d'années la Faculté d'administration est devenue l'École de gestion Une désignation qui, peut-on lire sur le site Web de l'U de S, permet d'affirmer haut et fort, et sans équivoque, le caractère pratique de ses programmes de formation en gestion et de ses activités de recherche. 

La démarche est logique dans l'esprit évolutif des choses.

Ce sont les répercussions constatées de cette évolution qui me préoccupent. Je les constate de mon œil de gestionnaire nouvellement retraité. Je me souviens bien avoir assisté à une conférence plaidant pour cette nouvelle profession de gestionnaire. On y parlait du fait, entre autres, que la profession de gestionnaire reposait sur des principes de base du type : un employé qui gravit les échelons n'est pas nécessairement un bon gestionnaire, tout comme le bon joueur n'est pas nécessairement un bon instructeur. Le fait de privilégier quelqu'un qui connait l'entreprise n'est pas une garantie de succès.

« Évidemment! L'inverse n'est pas garanti non plus... », m'étais-je alors étonné.

L'idée était d'enfin(!) doter les entreprises d'une personne formée aux grands principes de gestion et qui ne ferait pas de microgestion, mais laisserait s'exprimer les talents connaisseurs du produit ou du service en les libérant des fonctions inhérentes à la gestion.     

On a donc documenté et uniformisé les méthodes en proposant un coffre d'outils uniforme et censé répondre à tous les besoins de l'entreprise, quelle qu'elle soit. Ces outils passent par de l'analyse des techniques de gestion des performances des membres du personnel et des procédés, en instaurant des ratios, des indicateurs, des éléments de « benchmarking » (étalonnage) et autres unités de mesure destinées à avoir une compréhension fine, dit-on, de la bonne marche des entreprises.

Je n'en ai pas contre les outils. Ils sont tous valables.

J'en ai contre le fait de tout uniformiser en chemin. L'approche résolument technocratique me dérange.

J'ai trop souvent entendu, lors de conversations avec des gestionnaires professionnels, des phrases du type : « tu sais, gérer un dépanneur ou une entreprise manufacturière, c'est pareil! »

Un des problèmes se situe dans l'attitude. L'attitude de la personne qui se sent investie d'un super-pouvoir, soit celui d'être capable de prendre en mains les destinées de toute entreprise qu'elle croisera sur sa route professionnelle, puisqu'elle est formée pour le faire. Une attitude qui exclut potentiellement la reconnaissance de différences dans les modèles d'entreprises ou dans leur nature propre.

Autre chose. Le concept est aussi assorti d'une habitude développée dans les dernières décennies et qui consiste en des mandats de direction de 5 à 7 ans.

      

Le concept est basé sur le fait qu'une période de 5 à 7 ans définit maintenant le cycle optimal d'un gestionnaire en poste. L'oeil neuf externe est souvent amené pour argumenter le modèle. Cette façon de penser introduit une sorte de cycle : la personne arrive en poste, installe immédiatement ses critères, constate et répare, dans les premières mois ou années, ce qu'elle a identifié comme des lacunes. Elle imprime ensuite l'entreprise de sa signature de gestionnaire, puis quitte pour un autre défi. La personne suivante refait le même cycle.

L'avantage pour le gestionnaire? Personne n'est vraiment imputable en bout de piste dans cette dynamique.

Les désavantages majeurs?

1)    En changeant de gestionnaire à cette cadence, l'entreprise est toujours en pleine mutation, refonte, révision, consolidation, bref, le sol est constamment et relativement instable.

2)    Les outils de gestion prennent le pas sur la mission et la raison d'être des entreprises tant leur importance devient démesurément grande.

En plus, l'uniformisation des méthodes fait en sorte que le gestionnaire d'une entreprise privée peut aller travailler dans le secteur public ou parapublic, dans une coopérative, dans un organisme communautaire : c'est toujours la même méthode. Plus de distinction entre les modèles.   

Vous me trouvez dur?

J'expose mes constats et mes préoccupations. Je les crois légitimes. Comme l'uniformisation et le fait que nos universités se concentrent sur un modèle qui semble universel, tout cela milite en faveur d'une prise de conscience et d'éventuels ajustements.

C'est vrai qu'un bon employé connaissant bien la nature et la dynamique d'une entreprise ne fera pas nécessairement un bon gestionnaire. Mais c'est aussi vrai que le coffre d'outils du gestionnaire professionnel ne tiendra pas nécessairement en compte les spécificités et la nature de l'entreprise qu'il dirige.

Tant et aussi longtemps qu'un ministère, une société d'état, un dépanneur, une PME, une grande entreprise, une coopérative et un organisme communautaire seront considérés comme des entités qu'on « gestionne » de la même manière, on perdra au change.

C'est l'essence même des entreprises qu'on met en jeu. Certaines d'entre elles doivent créer une richesse spécifique qui ne s'illustre pas nécessairement en ratios et tableaux numériques. Pourtant, ces richesses sont souvent essentielles pour la communauté. La collectivité.

Considérer que toute entreprise est égale en substance comme dans sa gestion, c'est faire un très pratique, mais oh! combien dangereux raccourci intellectuel.

Dans une économie qui se cherche, il y a une urgence, à mon œil, à remettre des choses en perspective.

Clin d'œil de la semaine

C'est pratique de vouer un culte aux statistiques : ça permet de faire toute coupure ou ajustement en disant simplement « on n'avait pas le choix! » 



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