Depuis des décennies, on se berce sur le balcon assez
confortable de notre chez-soi en nous répétant qu'on est chanceux d'avoir vu le
jour dans un endroit comme le Québec. Le Canada, par voie de conséquence.
Hormis des épisodes qui ont brassé notre cage (les
événements d'octobre 1970, par exemple), tout est pas mal beau chez nous.
D'ailleurs, il faut avoir 60 ans et plus pour se rappeler d'octobre
1970. Nous avons bien vécu quelques récessions économiques, évidemment, mais le
filet social rattrapait l'essentiel des dommages collatéraux.
Nous avons des problèmes de société : l'accès au logement,
l'itinérance, l'anxiété de performance, bref, le ciel n'est pas complètement
bleu, j'en conviens, mais le temps n'est pas non plus à l'orage.
J'écris cette prémisse parce que je me surprends moi-même
avec un titre de chronique comme « résistons ». Si je connais le sens
du mot, je ne connais pas les rouages qui régissent son application.
Mais résister à quoi?
Au Nième assaut de mauvaise foi que nous subissons de Trump,
notre voisin d'en bas. Celui qui veut s'accaparer notre maison pour en faire un
appartement dont il serait propriétaire.
J'en parle cette semaine parce qu'une autre date fatidique
s'en vient : si, d'ici le 19 août 2026 (j'écris ces lignes le 16 août 2026),
nous n'avons pas d'entente sur des éléments d'échanges économiques entre les
deux pays, il imposera d'autres tarifs de 50% sur une panoplie de produits que
nous exportons.
Une autre menace.
Toujours une menace!
Mais, surtout, une mauvaise foi crasse. Je ne parle pas de
foi religieuse ici. Je parle de la foi au sens de sa racine latine fides,
loyauté, fidélité, confiance. Trois mots que Trump exige de tous, mais
n'accorde à personne.
Il est question de remettre en cause des éléments de la
gestion de l'offre pour ce qui est des œufs et des produits laitiers, il est
question de remettre l'alcool américain sur les tablettes des détaillants
canadiens, etc...
Il est surtout question de tenter de faire un marché avec
quelqu'un qui est un intimidateur narcissique appuyé sur des millions, voire
des milliards de dollars, ce qui lui confère une toute-puissance folle.
Folle. Comme dans non-rationnelle, non réfléchie.
Imprévisible.
Autant d'éléments dont une économie a pourtant besoin pour
se maintenir sainement.
Résistons, je disais.
J'ai entendu Poilièvre faire la morale à Mark Carney. Le
Bloc Québécois est aussi intervenu. Essentiellement, ils s'en prennent au
gouvernement en place. C'est leur rôle d'opposition. Mais ça demeure une pluie
de mots dans un désert de solutions.
Le point de bascule?
Dans tout conflit, il y a un point de bascule. Un moment point
qu'on ne voit pas toujours venir, qui vient parfois nous surprendre. Un point
de bascule qui peut remettre en question l'appui d'une population envers son
gouvernement.
Je crois que la remise de l'alcool sur les tablettes et le
fait de disloquer (encore!) un bout de la gestion de l'offre pour les produits
laitiers et ovins sont deux éléments qui peuvent provoquer un point de bascule.
Je suis citoyen du Québec depuis 65 ans maintenant. Je suis
un pacifiste. J'ai été fier de l'armée canadienne au moment où elle déployait beaucoup
plus de Casques bleus dans le monde.
Aujourd'hui, à force de recevoir des coups sur la gueule de
ce foutu gouvernement Américain, sans pouvoir jamais émettre la moindre
critique, je me fais la réflexion suivante : il est temps de cesser de céder
du terrain et des acquis.
Je suis peut-être dans le champ. Mais là, maintenant, je me
dis arrêtons de céder sur des points qui deviendront automatiquement
irrécupérables ensuite.
Arrêtons d'entretenir le fait que nous sommes des proies
faciles qui accepteront de nous laisser bouffer, bouchée par bouchée, presqu'en
disant merci.
Tout cela dit, je continue d'espérer le meilleur pour nous...
Clin d'œil de la semaine
La parole de Trump n'a plus de valeur dès que sa
phrase se termine.
C'est
court!