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  CHRONIQUEURS / Environnement

Vous y croyez, vous, à la croissance continue ?

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Yves Nantel Par Yves Nantel
Vendredi 3 juillet 2026

À chaque trimestre puis, à chaque année, Statistique-Canada nous informe de la progression du produit intérieur brut (PIB) par rapport au trimestre ou à l'année précédente. Cette donnée est supposée nous indiquer la mesure du PROGRÈS de la société. Avec le temps, il est devenu un impératif absolu.

Mais plusieurs, dont l'ONU, remettent en question cette mesure et ce qu'on en fait.

D'abord, qu'est-ce que le PIB ? 

Le PIB mesure la valeur totale des biens et services d'un pays pendant une période de temps.

Concrètement, on additionne

1)      les dépenses des ménages;

2)      les investissements des entreprises et des ménages;

3)      les dépenses publiques des gouvernements fédéral, provinciaux, municipaux;

4)      la différence entre les importations et les exportations. 

Il faut bien comprendre que le taux d'augmentation est toujours calculé sur le solde du trimestre précédent. C'est ce qu'on appelle une croissance exponentielle et qu'on l'érige en condition du progrès social. 

Deux éléments sont remis en cause dans cette manière de mesurer le progrès de la société : le contenu du PIB et son obligation de progresser de manière exponentielle.

 

Ce qu'on inclut et ce qu'on inclut pas dans le PIB 

Les dépenses militaires prévues pour les prochaines années ne peuvent surement pas être considérées comme un progrès social. Pourtant elles font partie du PIB ? Il en va de même de toutes les dépenses résultant de notre incapacité à contenir le réchauffement climatique telles que les compensations et les reconstructions suite aux inondations, aux feux de forêt, aux glissements de terrains.

Et côté environnement, on n'inclut pas les pertes subies par la nature : la diminution de l'eau potable, la perte de biodiversité, l'acidification des océans, la perte du pergélisol et la fonte des glaciers, etc. que l'activité économique, que l'on vénère à travers le PIB, entraîne. D'autre part, on n'inclut pas des activités qui contribuent au bien-être tels le travail non rémunéré et le travail bénévole, par exemple. 

L'obligation de progresser 

Le mantra « si le PIB ne croit pas sans cesse, il n'y a pas de progrès » nous amène à croire que la planète contient des ressources illimitées. Augmenter l'extraction des énergies fossiles, augmenter l'extraction des minéraux, transformer de plus en plus de minéraux en produits finis, ériger des gratte-ciel, construire des infrastructures pour répondre aux « besoins », etc. Si le PIB augmente, nous sommes sur la voie du progrès. 

Or, c'est ce que nous avons appliqué depuis quelque 150 ans. C'est ce qui nous a mené au cul-de-sac actuel. Pire, nous sommes arrivés à des points de rupture qui pourraient être irréversibles. La planète ne peut plus satisfaire aux besoins et aux désirs de ses habitants : à long terme on va manquer de nickel, de pétrole, et même de sable. On va manquer de nourriture, d'eau, etc. 

Le problème n'est pas tant que le PIB mesure l'évolution de la taille et de l'activité économique des pays mais qu'on en a faIt LA mesure du progrès de la société. «  Si l'économie va, tout va » sonne faux.

Comptabiliser ce qui compte vraiment 

Les appels à modifier cette mesure se font de plus en plus pressants. C'est le rapport récent du Groupe d'experts de haut niveau de l'ONU qui m'a incité à choisir le thème de cette chronique. Son rapport « Comptabiliser ce qui compte vraiment » est clair. 

Antonio Guterres, secrétaire général de l'ONU, déclarait : « ... il existe un fossé immense entre ce que le PIB mesure et ce que les populations valorisent ». Le groupe de travail propose donc un tableau de bord fondé sur 4 piliers pour mesurer le progrès : 

1)      les principes fondamentaux incluant la paix, les droits de l'homme et le respect de la planète;

2)      le bien-être social;

3)      l'équité et l'inclusion;

4)      la durabilité et la résilience. 

Est-ce que de trimestre en trimestre ou d'année en année ces piliers se renforcent? C'est la question qu'il faut se poser. Et évaluer comment l'économie nous fait réellement progresser en ce sens. 

Il faudra choisir l'audace

Les gouvernements appliquent à fond de train la nécessité de la croissance à tout prix. Les milliards investis dans l'achat d'avions et sous-marins militaires vont faire augmenter le PIB, les milliards que les entreprises et le gouvernement investiront dans l'exploitation du pétrole et du pipeline va faire augmenter le PIB. Cela respecterait-il les critères d'une charte du bien-être tel que proposé par le comité d'experts précités ? J'en doute. 

L'ONU nous rappelle que nous sommes à cette croisée des chemins qui demandera du courage autant au niveau national qu'au niveau international ? Il s'agira d'évaluer l'évolution de l'activité économique (PIB) à l'aune de critères du développement humain. 

En écrivant ceci, je suis bien conscient que ce changement crucial de voie me paraît presqu'impossible au vu de l'orientation actuelle du monde. Mais je me dis que la réalité objective nous y obligera un jour ou l'autre sinon ce sera l'effondrement de notre civilisation qui nous y obligera. Mais à quels coûts ?

Yves Nantel

juillet 2026


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