Ouf ! Que d'événements dans cette
campagne électorale depuis ma dernière chronique ! De nombreux débats, dont le Face-à-Face
à TVA, le Grand débat des chefs à Noovo et Crave et le débat économique
à RDI avec les principaux ténors de chaque parti. De tout cela, on ne peut
conclure qu'une chose : les Québécois ne sont pas tombés en amour avec
aucun des chefs en présence. Si bien que l'idée d'un gouvernement minoritaire
s'impose de plus en plus. À moins que les sondages qui seront publiés après le
19 septembre viennent confirmer de nouvelles tendances qui aujourd'hui
(j'écris cette chronique le 18 septembre) me semblent imperceptibles. Une
campagne marquée par des effets de toges, la multiplication de petits scandales
de l'un ou l'autre des candidats et des efforts marketing de chaque parti qui
n'hésite pas à mettre en vitrine leur vie privée pour gagner des votes. Un
exemple : la mise en scène des enfants de Paul St-Pierre Plamondon au soir
du Face-à-Face à TVA. Des enfants vêtus de gaminets publicitaires à la
gloire de leur père et de son parti. De mauvais goût...
Où en sommes-nous ?
Après plus de quatre semaines de
campagne, sommes-nous aujourd'hui plus en mesure de choisir le nouveau
gouvernement du Québec ? Les partis en présence ont-ils réussi à nous faire
rêver d'un Québec plus adapté aux circonstances dans lesquelles nous nous
trouvons ? Les réponses des différents partis aux enjeux qui confrontent
notre avenir sont-elles celles que nous souhaitons ? Je crois que la réponse à
ces diverses questions n'est pas simple et qu'elle variera selon les
affiliations partisanes de chacun. Ça va de soi. La politique est le lieu par
excellence de la confrontation des intérêts qui s'opposent dans notre société.
Les conflits sont la matière première de la politique. Aussi, il est risible de
lire des idéalistes qui souhaitent un monde de calinours en politique, comme la
panéliste des mordus de politique Françoise Boivin. Il est plutôt dans l'ordre
des choses que les gens s'affrontent sur la scène politique dans des combats
vigoureux. Cela vaut mieux que des affrontements physiques dans les rues.
Une chose est certaine, les
grandes questions qui s'imposent à nous sont toujours irrésolues : faut-il
plus ou moins d'État ? Les fonctionnaires sont-ils vraiment la source de nos
problèmes d'équilibre budgétaire ? Quel avenir pour le Québec, dans ou hors du
Canada ? Comment le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, peut-il nous dire
sans rire qu'il va collaborer avec le premier ministre du Canada, Mark Carney,
après tout ce qu'il a pu en dire au cours des derniers mois : « Mark
Carney s'inscrit dans une longue tradition de colonialisme. Mark Carney est mon
véritable ennemi. »
Une fin de campagne enlevante...
Une autre certitude que nous
pouvons avoir à propos de la présente campagne électorale, c'est que sa fin
sera enlevante. Paul St-Pierre Plamondon devrait s'expliquer sur sa volonté de
tenir un référendum sur l'avenir du Québec alors que 70 % de la population
n'en veut pas. Je veux bien qu'il dise à Charles Milliard qui lui a posé la
question, que 80 % des gens ne veulent pas des libéraux. Cependant moi, je
suis l'un des représentants de ces 70 % et je ne souhaite pas voir une
fois de plus le Québec s'embourber dans un autre exercice référendaire qui
divise les familles, brise les amitiés et affaiblit le Québec. Le PQ peut bien continuer
de rêver dans ses rencontres, mais il n'a pas à nous imposer ses rêves et ses espoirs
déçus. Sur le plan des autres sujets, le Parti québécois a pourtant des
solutions qui sont adaptées, mais à ce chapitre, ses adversaires n'ont pas à
rougir. Le PLQ et Charles Milliard mènent une bonne campagne. Le discours est
prudent et adapté à notre contexte, mais les électeurs francophones continuent
de bouder ce chef pourtant beaucoup plus méritant que le laissent voir les
résultats des sondages. Christine Fréchette porte quant à elle le poids de huit
années de gouvernement caquiste. Même si elle ne démérite pas depuis son
accession au titre de première ministre, madame Fréchette a de la difficulté à
faire oublier son bilan. Je crois que les électeurs ne seront pas dupes de sa
volonté de paraître plus fédéraliste que les libéraux. L'ineffable Éric Duhaime
continue de courtiser sa clientèle de la région de Québec avec des idées de
droite qui, telle une baguette magique, réglerait les problèmes du Québec.
Quant à Ruba Ghazal, elle représente l'espoir dans cette campagne. C'est elle
et son parti Québec solidaire le camp de l'espoir. Ses intentions sont
généreuses et elle s'attaque au vrai problème ressenti par la population, soit
le coût de la vie ainsi que des inégalités économiques et sociales croissantes.
À n'en point douter, nous sommes devant cinq chefs et cinq formations
politiques qui sont perçus comme crédibles par une partie importante de la
population. Chacun de ces partis politiques aura des députés à l'Assemblée
nationale au lendemain de la prochaine élection.
Le débat de la dernière chance...
Pour tous les chefs en présence,
pour des raisons différentes, le dernier débat qui se tiendra ce soir sur les
ondes de Radio-Canada sera déterminant. Après des sondages qui auront ou non bougé
et publiés en début de semaine, les chefs devront fermer leur campagne avec un
discours de fermeture de vente auprès de la population. Si d'aventure le PQ
prend la tête des sondages avec la possibilité de former un gouvernement
majoritaire, il ne faudrait pas s'étonner de voir le chef du PQ vivre des
moments forts difficiles lors de ce débat sur les ondes du repaire des
fédéralistes colonisateurs aux dires de St-Pierre Plamondon. Une grande
certitude m'habite en ce qui concerne cette élection : les Québécois
veulent un changement de gouvernement. Au moment où j'écris cette chronique, le
PQ de St-Pierre Plamondon apparaît comme le plus solide prétendant. Néanmoins,
les Québécois sont aussi déterminés à ne pas avoir un troisième référendum.
Cette conviction de changement de même que le refus d'un troisième référendum pourraient
donner comme résultat un gouvernement minoritaire du Parti québécois. Cet état
de fait serait en mesure de créer une tragi-comédie parmi les élus qui voudront
d'un référendum au-delà de leurs attaches partisanes. Finalement, nous aurons
eu droit à une élection dont le résultat sera de mettre en scène l'imposture...