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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Le peintre, la pelouse, le sac de papier et M. Michaud

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François Fouquet - Deux mots à vous dire Par François Fouquet - Deux mots à vous dire
Lundi 2 novembre 2026

Il était une fois... quatre histoires!

Le peintre

Une municipalité décide d'embaucher un peintre. Le projet est simple, mais prometteur : enjoliver un mur pas très beau et massif, mais qui doit rester là.

Le peintre décide d'impliquer les gens de la communauté. Il peint une toile d'assez grande dimension qui vient illustrer et proposer le concept qu'il a choisi, pour ensuite le reproduire sur le grand mur.

Il dépose sa toile sur un trépied et demande aux gens de commenter et de suggérer des améliorations au dessin.

Les commentaires affluent. Tout est dit, dans un surprenant mélange de bonnes idées, de critiques violentes et d'insultes...

Le lendemain, le peintre, ébranlé par la situation qui a pris un chemin complètement différent que celui imaginé, change de stratégie.

Près du trépied, il dépose des pinceaux, des brosses et différentes teintes de peinture. Il inscrit ce simple message : « Changez ou améliorez la toile! »

Le jour suivant, personne n'a touché à quoi que ce soit.

______________

La pelouse

Lors de la construction de la maison familiale rue Denault, à Sherbrooke, autour de 1965, mon père a dû être hospitalisé pour une phlébite profonde. Ou quelque chose du genre. La construction était pas mal terminée. Il restait la pelouse à installer. Le projet serait reporté. On peut vivre sans pelouse et, de toute façon, il faudra attendre que la jambe de papa reprenne assez de vigueur pour faire le travail. Rien de si épouvantable.

Un soir, à l'hôpital, papa reçoit la visite de quelques collègues de travail et amis. Il en est bien content. Ils sont là pour lui offrir un cadeau : une photo les montrant en train de terminer l'installation de la pelouse!

__________

Le sac en papier

Je devais avoir 10 ou 11 ans. J'habite sur la rue Denault. Une dame revient de l'épicerie avec deux sacs dans les mains. Je ne sais trop comment l'incident s'est produit, mais voilà qu'un des sacs de papier contenant les denrées s'est déchiré. La dame était mal prise avec la situation.

Ma mère, qui a vu la scène de la fenêtre de la cuisine, m'interpelle, me remet deux sacs d'épicerie en papier et me dit : « Va aider la madame, allez, va! »

Je traverse la rue en bougonnant un peu. « Me semble que si maman l'avait pas vue, la madame, les choses se seraient arrangées pareil... »

J'arrive près d'elle et lui offre les sacs et mon aide.

Elle me remercie et reprend son chemin vers la maison.

Je me souviens encore de la sensation de légèreté presque euphorique qui m'a habité pendant quelques heures!

_________

M. Michaud

Gaston Michaud, un impressionnant bonhomme de Racine, a eu souvent besoin d'aide bénévole pour faire aboutir des projets.

C'est un être qui croit fondamentalement en la coopération. Il croit que les plus petits gestes, s'ils sont additionnés, font une grande différence. Il ne faut pas sous-estimer la force qu'un petit geste peut générer lorsque combiné à d'autres.

Il a développé une méthode précise de recrutement de poseurs de gestes : il s'adresse à une personne en lui disant « j'ai besoin de toi de telle manière à tel moment pour faire ceci ».

Il s'assure ainsi de valoriser le geste qui sera posé tout en garantissant que sa demande n'est pas un piège dont le poseur de gestes ne pourrait se sortir, au final.

______________

Ces quatre courtes histoires se rejoignent, dans ma façon de voir les choses en tous les cas.

Et je réalise qu'il y a, de nos jours, souvent trop de mots et de paroles creuses pour le nombre d'actions posées.

Je vois bien des influenceurs ou des influenceuses qui disent des choses. Plein de choses. Qui invitent les gens à les suivre. Virtuellement. Qui calculent leur impact en nombre de clics et de suiveux. Une pluie de paroles et de vraies affaires (!) dites, tout ça dans un désert d'actions, trop souvent.

Retour aux histoires

Le peintre a démontré qu'il est bien plus facile de chiâler, de critiquer ou d'insulter (surtout de nos jours avec les médias sociaux) que d'essayer de faire quelque chose soi-même, de se mettre en action pour démontrer son idée, son point de vue.

Mon père a toujours levé la main pour aider autour de lui, quand il en avait la chance. Et il ne faut pas croire qu'il cherchait à remettre, en quelque chose, le service qu'il avait reçu de ses amis. Je n'en crois rien.

Je pense plutôt qu'il a senti le petit bonheur que procure le coup de main qu'on donne, comme ça, sans s'attendre à un retour, juste pour le plaisir et le sentiment de contribuer à quelque chose qui deviendra plus grand parce qu'on y a contribué.

C'est vrai pour papa dans l'histoire de pelouse comme pour moi avec les sacs de papier.

La façon de faire de Gaston Michaud est porteuse de tout ce qui est constructif dans l'action. Contribuer à un projet selon ce qu'on est en mesure de faire, même si c'est minime. En plus, un petit geste peut devenir un immense agent de changement s'il est coordonné et additionné à celui d'autres personnes. La force du groupe devient alors plus forte que le geste solitaire.

La grande conclusion? Se mettre en action génère plein de parcelles de bonheur pour soi et pour les autres, ce qui donne un sens au quotidien.

Et mis ensemble, ces gestes changent la société.

Ils font une place à la simple gentillesse en remplacement de la violence gratuite des chiâlages stériles...

Clin d'œil de la semaine

Le mot à la mode en 2026? Bienveillance...

Mais voilà : affirmer qu'on est quelqu'un de bienveillant est nul. La bienveillance se constate dans l'action, pas dans les affirmations verbales...


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