Il était une fois... quatre histoires!
Le peintre
Une municipalité
décide d'embaucher un peintre. Le projet est simple, mais
prometteur : enjoliver un mur pas très beau et massif, mais qui
doit rester là.
Le peintre décide
d'impliquer les gens de la communauté. Il peint une toile d'assez
grande dimension qui vient illustrer et proposer le concept qu'il a
choisi, pour ensuite le reproduire sur le grand mur.
Il dépose sa
toile sur un trépied et demande aux gens de commenter et de suggérer
des améliorations au dessin.
Les commentaires
affluent. Tout est dit, dans un surprenant mélange de bonnes idées,
de critiques violentes et d'insultes...
Le lendemain, le
peintre, ébranlé par la situation qui a pris un chemin complètement
différent que celui imaginé, change de stratégie.
Près du trépied,
il dépose des pinceaux, des brosses et différentes teintes de
peinture. Il inscrit ce simple message : « Changez ou
améliorez la toile! »
Le jour suivant,
personne n'a touché à quoi que ce soit.
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La pelouse
Lors de la
construction de la maison familiale rue Denault, à Sherbrooke,
autour de 1965, mon père a dû être hospitalisé pour une phlébite
profonde. Ou quelque chose du genre. La construction était pas mal
terminée. Il restait la pelouse à installer. Le projet serait
reporté. On peut vivre sans pelouse et, de toute façon, il faudra
attendre que la jambe de papa reprenne assez de vigueur pour faire le
travail. Rien de si épouvantable.
Un soir, à
l'hôpital, papa reçoit la visite de quelques collègues de
travail et amis. Il en est bien content. Ils sont là pour lui offrir
un cadeau : une photo les montrant en train de terminer
l'installation de la pelouse!
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Le sac en
papier
Je devais avoir
10 ou 11 ans. J'habite sur la rue Denault. Une dame revient de
l'épicerie avec deux sacs dans les mains. Je ne sais trop comment
l'incident s'est produit, mais voilà qu'un des sacs de papier
contenant les denrées s'est déchiré. La dame était mal prise
avec la situation.
Ma mère, qui a
vu la scène de la fenêtre de la cuisine, m'interpelle, me remet
deux sacs d'épicerie en papier et me dit : « Va aider
la madame, allez, va! »
Je traverse la
rue en bougonnant un peu. « Me semble que si maman l'avait
pas vue, la madame, les choses se seraient arrangées pareil... »
J'arrive près
d'elle et lui offre les sacs et mon aide.
Elle me remercie
et reprend son chemin vers la maison.
Je me souviens
encore de la sensation de légèreté presque euphorique qui m'a
habité pendant quelques heures!
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M. Michaud
Gaston Michaud,
un impressionnant bonhomme de Racine, a eu souvent besoin d'aide
bénévole pour faire aboutir des projets.
C'est un être
qui croit fondamentalement en la coopération. Il croit que les plus
petits gestes, s'ils sont additionnés, font une grande différence.
Il ne faut pas sous-estimer la force qu'un petit geste peut générer
lorsque combiné à d'autres.
Il a développé
une méthode précise de recrutement de poseurs de gestes : il
s'adresse à une personne en lui disant « j'ai besoin de
toi de telle manière à tel moment pour faire ceci ».
Il s'assure
ainsi de valoriser le geste qui sera posé tout en garantissant que
sa demande n'est pas un piège dont le poseur de gestes ne pourrait
se sortir, au final.
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Ces quatre
courtes histoires se rejoignent, dans ma façon de voir les choses en
tous les cas.
Et je réalise
qu'il y a, de nos jours, souvent trop de mots et de paroles creuses
pour le nombre d'actions posées.
Je vois bien des
influenceurs ou des influenceuses qui disent des choses. Plein de
choses. Qui invitent les gens à les suivre. Virtuellement. Qui
calculent leur impact en nombre de clics et de suiveux. Une
pluie de paroles et de vraies affaires (!) dites, tout ça
dans un désert d'actions, trop souvent.
Retour aux
histoires
Le peintre a
démontré qu'il est bien plus facile de chiâler, de critiquer ou
d'insulter (surtout de nos jours avec les médias sociaux) que
d'essayer de faire quelque chose soi-même, de se mettre en action
pour démontrer son idée, son point de vue.
Mon père a
toujours levé la main pour aider autour de lui, quand il en avait la
chance. Et il ne faut pas croire qu'il cherchait à remettre,
en quelque chose, le service qu'il avait reçu de ses amis. Je n'en
crois rien.
Je pense plutôt
qu'il a senti le petit bonheur que procure le coup de main qu'on
donne, comme ça, sans s'attendre à un retour, juste pour le
plaisir et le sentiment de contribuer à quelque chose qui deviendra
plus grand parce qu'on y a contribué.
C'est vrai pour
papa dans l'histoire de pelouse comme pour moi avec les sacs de
papier.
La façon de
faire de Gaston Michaud est porteuse de tout ce qui est constructif
dans l'action. Contribuer à un projet selon ce qu'on est en
mesure de faire, même si c'est minime. En plus, un petit geste
peut devenir un immense agent de changement s'il est coordonné et
additionné à celui d'autres personnes. La force du groupe devient
alors plus forte que le geste solitaire.
La grande
conclusion? Se mettre en action génère plein de parcelles de
bonheur pour soi et pour les autres, ce qui donne un sens au
quotidien.
Et mis ensemble,
ces gestes changent la société.
Ils font une
place à la simple gentillesse en remplacement de la violence
gratuite des chiâlages stériles...
Clin d'œil
de la semaine
Le mot à la mode
en 2026? Bienveillance...
Mais voilà :
affirmer qu'on est quelqu'un de bienveillant est nul. La
bienveillance se constate dans l'action, pas dans les affirmations
verbales...