Le Regroupement des propriétaires d'habitations locatives (RPHL) est « révolté » d'apprendre le financement de 500 autres logements sociaux pour la période de 2015-2019 par la Ville de Sherbrooke.
Lundi dernier, les membres du conseil municipal ont annoncé le renouvèlement de leur engagement de 2010-2014 pour les quatre prochaines années avec un budget annuel de 1 785 000 $. La Ville de Sherbrooke continuera ainsi à financer une centaine de logements sociaux par année jusqu'en 2019 ce qui déconcerte le RPHL qui déplore la concurrence déloyale entre le secteur public et le marché locatif privé.
Prêts à sortir dans la rue
« En ces temps de fort taux d'inoccupation au Québec et en particulier, à Sherbrooke, le RPHL réitère qu'il est préférable tant pour les locataires que les propriétaires que l'aide en provenance de tous les paliers de gouvernement se traduise en une aide au locataire (ou au propriétaire l'hébergeant) plutôt que de construire des nouveaux logements subventionnés. » Selon les dernières données de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL), le taux d'inoccupation dans la région de Sherbrooke est de 5,3 % (octobre-2013), soit une augmentation de 1,4 % depuis l'année 2009.
Inquiet pour l'avenir du parc immobilier de Sherbrooke, le RPHL se dit prêt à « sortir ses membres dans les rues avec des chaudrons » afin de se faire entendre. Le regroupement estime qu'il est de la responsabilité de la municipalité « de soutenir ses payeurs, commerçants, propriétaires d'immeubles » et non pas « de leur faire compétition. »
Le RPHL rappelle que plusieurs propriétaires d'habitations locatives ont des logements de libres et souhaitent répondre aux besoins en logement avec l'aide financière du gouvernement ou de la ville : « il nous faut aider les locataires qui sont dans le besoin en utilisant une aide financière à la personne plutôt que de subventionner la pierre », a expliqué Martin Messier, président du RPHL. « L'aide à la personne favorise la mixité sociale et contribue à notre économie, c'est une solution gagnant-gagnant », a-t-il poursuivi.
Requête louable
La requête des propriétaires d'habitations locatives est louable estime Rémi Demers, conseiller municipal du district Marie-Rivier de l'arrondissement de Fleurimont. « Le contexte est particulièrement difficile en ce moment pour les propriétaires. S'il pouvait y avoir des possibilités d'augmenter la subvention aux locataires privés, j'en serais très heureux. Ça nous permettrait de répondre davantage aux besoins », qui sont estimés à plus de 1 400 ménages à Sherbrooke.
Il y a des logements subventionnés en milieu privé, mais aucune nouvelle unité ne peut être ajoutée. Le programme, qui permettait de subventionner les logements privés, n'existe plus depuis 1994. Il y a néanmoins des pourparlers en ce sens : « il y a des débats, du lobbying, des échanges qui se font sur la question, il y a des discussions avec la Société d'habitation du Québec », a-t-il assuré.
Taux d'inoccupation des 4½
Le taux d'inoccupation est surtout basé sur les logements 4½, alors que les besoins les plus criants sont pour des logements 3½ pour les personnes seules et des logements six, sept ½ pour les grandes familles, explique le conseiller municipal. D'autre part, il faut considérer qu'à Sherbrooke « un ménage locataire sur trois vie sous le seuil de faible revenu », a-t-il ajouté.
Rémi Demers précise que les personnes qui bénéficient de logements sociaux sont très démunies : « Nous avons des personnes âgées, mais aussi des personnes qui ont des problèmes de santé mentale, qui vivent des difficultés particulières. » Bien que les propriétaires souhaitent en cette période difficile venir en aide à cette clientèle, « dès que le marché sera stabilisé, ce n'est pas une clientèle qui sera la bienvenue », juge-t-il.
À Sherbrooke, 5 000 ménages consacrent plus de 50 % de leur revenu au loyer. « Si on se compare avec les autres grandes villes du Québec, en terme du nombre de logements sociaux per capita nous sommes les 9e sur 10. Alors, il ne faut pas penser qu'à Sherbrooke il y a beaucoup de logements sociaux. » Le conseiller précise également que la ville ne construit pas uniquement des logements sociaux neufs, bon nombre des logements sociaux proviennent de bâtiments qui ont été rénovés. Le bâtiment Les Habitations La Facterie, qui abritait autrefois une usine de textile, a été complètement rénové et agrandi pour accueillir 48 locataires. Il a été officiellement inauguré le 18 juin dernier. (Photo : Les Habitations La Facterie)
Pour de plus amples informations sur la création de 500 nouvelles unités pour la période 2015-2019 annoncé par la ville de Sherbrooke, cliquez sur le lien.