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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

L’IA et les grenouilles

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 21 septembre 2026

L'intelligence artificielle est là pour rester.

Mais il est temps qu'on s'en occupe.

C'est peut-être un des plus grands défis qui nous guettent : arriver à baliser la bête pour qu'elle ne soit pas un ennemi public par rapport à l'humain.

Pour l'instant, ce sont les développeurs commerciaux qui s'occupent de son développement. Des supra milliardaires indépendants et résolument concentrés sur la dualité qui occupe leur cerveau : l'accumulation de l'argent et le pouvoir. 

Je conviens qu'il n'est pas simple de se retrouver dans pareil labyrinthe de la pensée. En plus de la complexité même de la question, voilà que nous sommes pris jusqu'au cou dans une bouillabaisse où se côtoient deux ingrédients qui ne vont pas ensemble : d'une part, le système économique dont on dépend est basé sur la croissance exponentielle et éternelle, et, d'autre part, notre conscience qu'il faut baliser l'IA et finalement constater l'urgence d'agir en environnement.

Comme dirait Jean Perron : il y a loin de soupe aux lièvres... Évidemment, si vous n'avez pas la référence, je précise : il y loin de la coupe aux lèvres!

Cette semaine, j'ai lu des alarmes qui me semblent pertinentes sur le fait de faire croître l'IA jusqu'à ce qu'elle puisse se nourrir et se faire évoluer elle-même. Déjà, elle nous bat dans les calculs abstraits très complexes, alors, ses capacités potentielles sont difficiles à cerner.

Toujours cette semaine, j'ai eu un rendez-vous presque violent avec le plancher des vaches. Ou la réalité terre à terre, si vous préférez.

Voilà qu'on jase développement économique et que les sempiternelles grenouilles ont refait surface. Pour que des grenouilles soient impliquées dans la conversation, il faut d'abord qu'il y ait un milieu humide. Un marécage. « Une criss de swomp* », disait un interlocuteur.

Ça m'est rentré dedans au point où je me suis extirpé de la rencontre plus rapidement que prévu. Je n'avais pas le goût d'argumenter. J'aurais probablement dû.

Bref.

En plus, je venais de lire le récit des origines du stationnement à étages La grenouillère de la rue des Grandes-Fourches à Sherbrooke. Le récit est signé MHist, donc, le Musée d'histoire de Sherbrooke. Ce stationnement qu'on a détruit dernièrement a pris la place d'une vaste zone humide qui y régnait. Une zone humide qu'on a détruite au profit du béton et de l'asphalte. Une zone humide qui pourrait servir de zone tampon efficace lors de la crue des eaux du printemps, ou des pluies de plus en plus abondantes dans des laps de temps de plus en plus court.

C'est donc un peu déprimé que j'ai repris mon quotidien ce jour-là.

Et je me suis imaginé l'évolution de la pensée moderne par rapport à tout changement à effectuer, dans la mesure où ce changement impacte notre quotidien.

Je me suis dit que les étapes avant de finalement croire en quelque chose comme les changements climatiques sont les suivantes :

1ère étape : Les changements qui sont prévisibles et annoncés, mais pas constatés :

Réaction : « je le croirai quand je le verrai, pas avant! »

  • La réaction est une sorte de déni exprimé dans une bravade dont l'objectif est de fermer le clapet de l'interlocuteur qui gosse avec ses histoires de changements climatiques.

2e étape : les changements se manifestent

Réaction : « bon, bon, bon, v'là l'autre qui s'énerve encore. Des tempêtes, il y en a toujours eu. Franchement! »

  • Le déni sent que le terrain lui glisse sous les pieds un peu. Mais il s'accroche, prenant bien soin d'interpeler l'interlocuteur par un «v'là l'autre» méprisant, espérant que ce mépris soit contagieux auprès des autres.

3e étape : les gouvernements bougent. Très peu, mais ils bougent

Réaction : « Bon, c'est ça! On va se priver de développement à cause des « estie » de grenouilles qu'il faut protéger! Câli.... »

  • L'esprit critique est mort étouffé dans un cerveau qui s'est mis des limites volontaires et qui les valide en emmagasinant des tonnes de statuts de médias sociaux criant à la supercherie, le tout vaillamment orchestré par les algorithmes, voire l'IA.

L'esprit critique, c'est celui qui questionne, mais en étant ouvert aux réponses, d'une part, et qui a une confiance certaine en ses capacités de discerner le réel de l'irréel. Je conviens que c'est de plus en plus difficile. Mais c'est vital. Rien de moins!

Pourtant, si on demande à l'IA de se prononcer sur les estie de grenouilles, voici un exemple de sa réponse :

-       Bonjour Gemini.

J'ai une question d'ordre environnemental. Est-ce que les zones humides qui contiennent ces grenouilles ont une importance et une pertinence réelles?

-       Oui, les zones humides possèdent une importance écologique et économique majeure, bien au-delà de la seule présence des amphibiens qu'elles abritent.

Les grenouilles servent d'indicateurs biologiques : leur peau très perméable les rend extrêmement sensibles aux polluants, ce qui signifie que leur présence ou leur disparition reflète directement la santé globale de l'écosystème.

-       Donc, on ne devrait pas détruire systématiquement ces zones humides?

-       Non, la destruction systématique des zones humides est aujourd'hui reconnue comme une erreur environnementale et économique majeure. C'est pourquoi la plupart des administrations et gouvernements encadrent désormais très sévèrement leur remblayage ou leur drainage...

Il reste à remettre notre intelligence naturelle en service, j'imagine!

*le mot swomp est un dérivé de swamp, donc marécage en anglais.

Clin d'œil de la semaine

Ramener l'utilité des espaces humides à une estie de grenouille, c'est prendre un raccourci qui mène à un cul-de-sac...

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