L'intelligence artificielle est là pour rester.
Mais il est temps qu'on s'en occupe.
C'est peut-être un des plus grands défis qui nous
guettent : arriver à baliser la bête pour qu'elle ne soit pas un ennemi
public par rapport à l'humain.
Pour l'instant, ce sont les développeurs commerciaux qui
s'occupent de son développement. Des supra milliardaires indépendants et
résolument concentrés sur la dualité qui occupe leur cerveau :
l'accumulation de l'argent et le pouvoir.
Je conviens qu'il n'est pas simple de se retrouver dans
pareil labyrinthe de la pensée. En plus de la complexité même de la question,
voilà que nous sommes pris jusqu'au cou dans une bouillabaisse où se côtoient
deux ingrédients qui ne vont pas ensemble : d'une part, le système
économique dont on dépend est basé sur la croissance exponentielle et
éternelle, et, d'autre part, notre conscience qu'il faut baliser l'IA et
finalement constater l'urgence d'agir en environnement.
Comme dirait Jean Perron : il y a loin de soupe aux
lièvres... Évidemment, si vous n'avez pas la référence, je précise : il y
loin de la coupe aux lèvres!
Cette semaine, j'ai lu des alarmes qui me semblent
pertinentes sur le fait de faire croître l'IA jusqu'à ce qu'elle puisse se
nourrir et se faire évoluer elle-même. Déjà, elle nous bat dans les calculs
abstraits très complexes, alors, ses capacités potentielles sont difficiles à
cerner.
Toujours cette semaine, j'ai eu un rendez-vous presque
violent avec le plancher des vaches. Ou la réalité terre à terre, si vous
préférez.
Voilà qu'on jase développement économique et que les
sempiternelles grenouilles ont refait surface. Pour que des grenouilles soient
impliquées dans la conversation, il faut d'abord qu'il y ait un milieu humide.
Un marécage. « Une criss de swomp* », disait un interlocuteur.
Ça m'est rentré dedans au point où je me suis extirpé de la
rencontre plus rapidement que prévu. Je n'avais pas le goût d'argumenter.
J'aurais probablement dû.
Bref.
En plus, je venais de lire le récit des origines du
stationnement à étages La grenouillère de la rue des Grandes-Fourches à
Sherbrooke. Le récit est signé MHist, donc, le Musée d'histoire de
Sherbrooke. Ce stationnement qu'on a détruit dernièrement a pris la
place d'une vaste zone humide qui y régnait. Une zone humide qu'on a détruite
au profit du béton et de l'asphalte. Une zone humide qui pourrait servir de
zone tampon efficace lors de la crue des eaux du printemps, ou des pluies de
plus en plus abondantes dans des laps de temps de plus en plus court.
C'est donc un peu déprimé que j'ai repris mon quotidien ce
jour-là.
Et je me suis imaginé l'évolution de la pensée moderne par
rapport à tout changement à effectuer, dans la mesure où ce changement impacte
notre quotidien.
Je me suis dit que les étapes avant de finalement croire en
quelque chose comme les changements climatiques sont les suivantes :
1ère étape : Les changements qui sont
prévisibles et annoncés, mais pas constatés :
Réaction : « je le croirai quand je le
verrai, pas avant! »
-
La réaction est une sorte de déni exprimé dans
une bravade dont l'objectif est de fermer le clapet de l'interlocuteur qui gosse
avec ses histoires de changements climatiques.
2e étape : les changements se manifestent
Réaction : « bon, bon, bon, v'là l'autre
qui s'énerve encore. Des tempêtes, il y en a toujours eu. Franchement! »
-
Le déni sent que le terrain lui glisse sous les
pieds un peu. Mais il s'accroche, prenant bien soin d'interpeler
l'interlocuteur par un «v'là l'autre» méprisant, espérant
que ce mépris soit contagieux auprès des autres.
3e étape : les gouvernements bougent.
Très peu, mais ils bougent
Réaction : « Bon, c'est ça! On va se priver de développement
à cause des « estie » de grenouilles qu'il faut protéger! Câli.... »
-
L'esprit critique est mort étouffé dans un
cerveau qui s'est mis des limites volontaires et qui les valide en emmagasinant
des tonnes de statuts de médias sociaux criant à la supercherie, le tout
vaillamment orchestré par les algorithmes, voire l'IA.
L'esprit critique, c'est celui qui questionne, mais en étant
ouvert aux réponses, d'une part, et qui a une confiance certaine en ses
capacités de discerner le réel de l'irréel. Je conviens que c'est de plus en
plus difficile. Mais c'est vital. Rien de moins!
Pourtant, si on demande à l'IA de se prononcer sur les estie
de grenouilles, voici un exemple de sa réponse :
- Bonjour Gemini.
J'ai une question d'ordre environnemental.
Est-ce que les zones humides qui contiennent ces grenouilles ont une importance
et une pertinence réelles?
-
Oui, les zones humides possèdent une importance écologique
et économique majeure, bien au-delà de la seule présence des amphibiens
qu'elles abritent.
Les grenouilles servent
d'indicateurs biologiques : leur peau très perméable les rend
extrêmement sensibles aux polluants, ce qui signifie que leur présence ou leur
disparition reflète directement la santé globale de l'écosystème.
-
Donc, on ne devrait pas détruire systématiquement ces zones
humides?
- Non, la destruction
systématique des zones humides est aujourd'hui reconnue comme une erreur
environnementale et économique majeure. C'est pourquoi la plupart des
administrations et gouvernements encadrent désormais très sévèrement leur
remblayage ou leur drainage...
Il reste à remettre
notre intelligence naturelle en service, j'imagine!
*le mot swomp
est un dérivé de swamp, donc marécage en anglais.
Clin d'œil de la
semaine
Ramener l'utilité des
espaces humides à une estie de grenouille, c'est prendre un raccourci
qui mène à un cul-de-sac...