En
octobre 2014, les citoyens de Richmond ont voté à 75 % pour cesser de
fluorer leur eau potable. La Suisse a réglé la question bien avant, en
mettant le fluor dans le sel de cuisine. Sa prévention dentaire passe aussi par l'école, alors que son assurance maladie de base ne paie en principe pas le dentiste.
Une assurance maladie qui ne rembourse pas les plombages
En
Suisse, l'assurance maladie de base est obligatoire. Selon l'Office
fédéral de la santé publique (OFSP), elle ne rembourse pourtant ni le
plombage d'une carie ni l'appareil orthodontique d'un enfant. La facture
du médecin-dentiste, comme on appelle le dentiste en Suisse, revient
donc au patient ou à son assurance complémentaire, s'il en a une. On
consulte en cabinet ou dans des réseaux de cliniques dentaires privés
comme Adent, qui compte 25 cliniques en Suisse romande et en Suisse alémanique.
En
2011, les ménages suisses payaient de leur poche 89 % des dépenses de
soins dentaires, contre 44 % au Canada, d'après les statistiques de
l'OCDE reprises par le canton de Vaud. Les Vaudois ont pourtant refusé
de changer de modèle. Le 4 mars 2018, ils ont rejeté à 57,57 % une
initiative qui voulait créer une assurance cantonale obligatoire pour
les soins dentaires de base, financée par une cotisation des employeurs
et des salariés.
Deux systèmes comparés point par point
Critère
Québec
Suisse
Jeunes enfants
La RAMQ paie certains soins dentaires aux enfants de moins de 10 ans
Soins payés par les parents ou par leur assurance complémentaire
Adultes
Le
Régime canadien de soins dentaires couvre, sous conditions, les
personnes sans assurance dentaire privée dont le revenu familial net
rajusté est inférieur à 90 000 $, avec une quote-part de 0 %, 40 % ou 60
% selon le revenu.
L'assurance de base paie seulement en cas de
maladie grave et non évitable du système de la mastication, d'autre
maladie grave ou d'accident qu'aucune autre assurance ne couvre.
L'assurance complémentaire est facultative, et l'assureur peut refuser
une demande
Prévention à l'école
Une hygiéniste
dentaire de santé publique dépiste et pose gratuitement des scellants
en 2e année du primaire et en 2e secondaire, dans les écoles publiques
Dépistage dentaire annuel organisé par l'école, pendant toute la scolarité obligatoire dans le canton de Vaud
Fluor
Ajouté à l'eau potable, il concernait 1 % de l'eau destinée à la consommation en 2022
Ajouté au sel de cuisine à raison de 250 mg par kilo, c'est la première source de fluor du pays
Au
Québec, l'argent public va à des groupes précis, les jeunes enfants et
les ménages sans assurance sous un plafond de revenu. La Suisse laisse
la facture aux familles, mais des cantons comme Vaud et Genève font
examiner les dents de tous leurs écoliers.
Le fluor passe par la salière
Le
canton de Zurich a été le premier au monde à autoriser, le 7 juillet
1955, la vente d'un sel à la fois iodé et fluoré, selon un historique
publié en 2005 par Thomas Marthaler, de l'Université de Zurich, dans la
revue de la Société suisse des médecins-dentistes. Ce choix convenait,
écrit-il, à un pays qui compte peu de grandes villes et de nombreux
réseaux de distribution d'eau complexes. Le dosage de départ, jugé trop
faible, a été porté à son niveau actuel dans le canton de Vaud dès 1970,
puis dans le reste du pays en 1983. En 2004, 88 % du sel de ménage
vendu en Suisse était fluoré.
Bâle a d'abord fait l'autre choix.
Le canton a fluoré son eau potable dès 1962, puis il est passé lui aussi
au sel fluoré en 2003. Une cuillère à thé de ce sel apporte 1,25 mg de
fluorure, d'après la Société suisse de nutrition. Le sel règle au
passage ce qui divisait Richmond, l'obligation faite à tous. D'autres
sels restent en vente, et chacun choisit son paquet à l'épicerie.
Un examen dentaire chaque année à l'école
Dans
le canton de Vaud, le dépistage annuel est payé par les municipalités,
et les soins éventuels se font ensuite à part. À Genève, les élèves de 4
ans jusqu'à la fin du primaire sont examinés gratuitement pendant les
heures de classe, parfois dans un autobus de dépistage stationné près de
l'école. Au cycle d'orientation, le début du secondaire, les parents
reçoivent chaque année un bon pour un contrôle gratuit chez le dentiste
de leur choix.
À Genève, la part des élèves aux dents saines, sans
carie, même débutante, ni carie passée, est montée de 40 % dans les
années 1990 à 58 % en 2020-2021. Pour l'ensemble de la Suisse,
l'historique de 2005 parle d'un recul de 80 à 90 % de la carie, mesurée
en dents cariées, absentes ou obturées. Thomas Marthaler attribue la
plus grande part de cette baisse aux fluorures appliqués sur les dents, comme le dentifrice et les brossages au gel fluoré faits à l'école, plus qu'au sel.
Ce qu'un parent de l'Estrie peut en retenir
L'exemple
suisse rappelle que la carie se prévient d'abord à la maison et à
l'école. Au Québec, quelques gestes permettent de profiter des
programmes existants :
retourner le formulaire de
consentement de la santé publique s'il arrive dans le sac d'école,
puisque les scellants posés en classe sont gratuits ;
présenter
la carte d'assurance maladie d'un enfant de moins de 10 ans, car le
dentiste doit facturer à la RAMQ les soins qu'elle couvre ;
sans
assurance dentaire privée, vérifier son admissibilité au Régime
canadien de soins dentaires, qui couvrait près de six millions de
personnes en décembre 2025 ;
utiliser un dentifrice fluoré, puisque les fluorures rendent les dents plus résistantes aux bactéries de la carie ;
voir un dentiste au moins une fois par année pour un examen et un nettoyage, comme le recommande le gouvernement du Québec.
En Suisse, où l'assurance de base ne paie pas ce rendez-vous, le réseau Adent conseille lui aussi un contrôle dentaire annuel.