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Parlons-en d’immigration !

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 31 janvier 2024

Les politiciens entrent à peine de vacances que le sujet de l'immigration revient à l'avant-plan de l'actualité. Nous ne sommes pas si originaux que cela. Le même lancinant débat fait rage dans la plupart des démocraties occidentales. Près de nous, aux États-Unis d'Amérique, la campagne de Trump y fait une large place avec les images d'illégaux meurtriers et violeurs de femmes. Ce sang étranger qui vient contaminer le sang pur américain dixit Donald Trump.

Chez nous, les propos sont plus modérés, à la façon canadienne dirions-nous, nous sommes ouverts à accueillir des immigrants et des réfugiés, mais nous avons des problèmes pour les loger, les éduquer et les soigner. C'est le sens de la lettre de François Legault à Justin Trudeau. Paul St-Pierre Plamondon, ce lettré populaire aux propos souvent insignifiants, ce bellâtre prétentieux a pour ambition de mettre l'immigration au cœur de ses préoccupations au cours de la prochaine session parlementaire. Je vous prédis que derrière les belles intentions, le chef du PQ dira en substance la même chose que Parizeau au soir du référendum perdu de 1995 ou encore de son allié du Bloc qui estime que Montréal devient une ville étrangère au Québec. Que faut-il voir dans ses propos si ce n'est une politique pour séduire un électorat blanc conservateur, inquiet pour l'avenir de ses traditions ? Il faut se retrancher chez Québec solidaire et au PLQ pour entendre des discours qui sur l'immigration qui tranchent avec la xénophobie ambiante dans le discours politique dominant tant chez les politiques que dans les médias. Il faut pourtant en finir avec ce discours d'accablement des gens que nous accueillons chez nous.

Nous ne pouvons pas nous attendrir à propos d'une photo d'un jeune syrien mort sur une plage et, en même temps, tenir des discours qui font des immigrants un problème alors qu'ils représentent la seule solution à notre problème démographique, du déclin des naissances et du vieillissement de la population. L'immigration ne devrait pas être un sujet de polarisation politique, mais plutôt un chantier de construction de notre avenir. La crise du logement quoi qu'en l'on en dise n'est pas le résultat de l'accueil de réfugiés, de travailleurs temporaires ou d'immigrants, mais bien le résultat de politiques publiques inadéquates en matière de logement. Le point sur une question litigieuse : l'immigration.

L'immigration au Québec

Hélas, le discours anti-immigration, avec ou sans fariboles, n'est pas nouveau dans les propos politique québécois. Jadis, alors que Monique Gagnon-Tremblay était ministre des Communautés culturelles et de l'Immigration sous le gouvernement de Robert Bourassa, de 1989 à 1994, elle avait proposé une politique ambitieuse qui proposait à la fois l'établissement des immigrants dans les régions notamment en Estrie, en Outaouais et à Québec tout en présentant une politique d'interculturalisme. Cette politique s'accompagnait de revendications du Québec sur les pleins pouvoirs en immigration qui n'ont pas été obtenus même si nous avons acquis de nombreuses nouvelles prérogatives dans l'entente McDougall-Gagnon-Tremblay qui était venue rafraîchir l'entente Cullen-Couture au lendemain de l'échec de l'Accord du lac Meech. Cette avancée politique majeure dans l'histoire politique du Québec demeure encore à ce jour méconnue et le gouvernement actuel n'en utilise pas le plein potentiel.

Une image contenant texte, Police, affiche, graphismeDescription générée automatiquementDepuis toujours, notre histoire est traversée par des épisodes peu glorieux envers les étrangers. Il faut rappeler les conflits entre les francophones et les Irlandais au moment de la construction du canal de Lachine au 19e siècle. Les épisodes fratricides qui ont toujours accompagné chez nous notre haine de l'Anglais qui perdure encore jusqu'à nous. Comment passer sous silence le mauvais sort que nous avons réservé aux Juifs au moment de la Seconde Guerre mondiale ? Le Québec n'était pas seul malheureusement, le gouvernement de Mackenzie King a même refusé d'accueillir des Juifs fuyant l'Europe, un fait majeur de l'important récit historique des historiens canadiens anglais Harold Troper et Irving Abella sur la politique d'immigration restrictive du Canada envers les réfugiés juifs pendant les années de l'holocauste. Un livre que je recommande à tous : None is too many: Canada and the Jews of Europe 1933-1948.

Tout cela pour dire que ce n'est pas d'aujourd'hui que les politiciens canadiens et québécois cultivent le ressentiment envers l'étranger, c'est un trait non seulement de notre histoire, mais de l'histoire de l'ensemble de la civilisation occidentale. Pas étonnant qu'un auteur comme Albert Camus ait consacré toute son œuvre à dénoncer ce trait de civilisation. Dans son célèbre roman L'étranger, Camus questionne la question de l'altérité. Il cherche à nous faire comprendre notre relation avec l'étranger.

 

Camus et l'altérité : pour réfléchir ensemble...

Une image contenant texte, Police, conceptionDescription générée automatiquementDans son roman L'étranger, Camus raconte l'absurdité du monde. Comment un homme normal peut-il être si peu affecté de la mort de sa mère ? Dès les premières phrases de son roman, Albert Camus donne le ton : « Ma mère est morte ». Le narrateur va bien aller à la rencontre du corps de sa défunte, mais rien ne semble presser. Il hésite à en parler et fait preuve de peu d'empathie pour la mort, sa mère. En fait, Camus nous raconte la méchanceté du quotidien, la tendre indifférence du monde et la folie des hommes. Il nous dit surtout que l'on n'a pas le droit de sacrifier les certitudes du plus grand nombre pour qui il est de bon aloi de pleurer sa mère. Dans le monde des hommes de Camus, il n'y a pas de place pour ceux qui ne savent pas mentir ni pleurer.

En fait, le roman le plus célèbre de Camus nous amène à nous interroger sur ce qu'est un étranger pour nous ? Que tenons-nous pour autres, avec la charge de menace et d'inquiétude contenue dans le mot étranger ? Le mot étranger doit-il rimer avec le mot danger ? L'étranger est-il le réfugié, le migrant, l'ancien colonisé venu se venger de ses ancêtres sur son territoire national ? L'étranger prend-il plutôt la forme d'un substrat dégradé de nous-mêmes, le sans-abri, le pauvre, l'invisible ? L'étranger à nous-mêmes n'est-il pas plutôt l'errant venu de loin menaçant les esprits intolérants et frileux, gagnés par une obsession hygiéniste, qui jugent ces nouveaux arrivants comme une menace autant à notre intégrité physique qu'à notre tissu social ?

Albert Camus a toujours été un rebelle, lucide et souvent minoritaire pour les idées qu'il a émises. Il ne voulait que comprendre le monde et nous aider, nous ses lecteurs, à mieux le comprendre. Les enseignements que nous livre son roman le plus célèbre peuvent aider à notre réflexion actuelle sur l'immigration et à nous poser les bonnes questions sur nos attitudes et sur notre pseudo générosité envers l'accueil des autres.

Soyons des humains plutôt que de pâles Westphaliens...

Le traité de Westphalie signé en 1648 est à l'origine de la naissance d'un nouvel ordre international qui fonde les États égaux en droit et souverains de leurs frontières. Un ordre international qui doit être requestionné aujourd'hui sous l'impulsion des changements climatiques qui poussent de nombreuses populations à migrer vers des zones plus sécuritaires et plus riches. Le mouvement global des populations sur la terre ne s'arrêtera pas de sitôt. Voilà pourquoi c'est une mauvaise idée absolue de cultiver la peur de l'Autre et de refuser de réfléchir comme humain sur l'avenir de l'humanité sur une planète que nous tuons à petit feu chaque jour. Le repli sur soi nationaliste comme nous le propose les Blanchet, St-Pierre Plamondon et Legault de ce monde n'est pas la ligne politique à adopter. C'est plutôt Justin Trudeau qui a raison dans ce débat. Moi je préfère de loin avoir tort avec Justin Trudeau et Camus que d'avoir raison avec celles et ceux qui veulent le repli du Québec sur soi-même avec les vieilles questions poussiéreuses de souveraineté. Je suis d'accord, parlons en d'immigration...



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