Je me réfugie très régulièrement dans la lecture de sagas
fictives à caractère historique. Idéalement, ça se passe au Québec. J'ai bien
essayé des livres d'ailleurs, mais je préfère les référents qui me
correspondent.
Ces temps-ci, l'œuvre dans laquelle je suis plongé se situe
autour de 1930 et 1940. En zone rurale.
Il y est question d'une jeune femme née d'un père irlandais
et d'une mère québécoise. Le père parle français et est catholique. Un peu en
retrait, au village, il y a un quartier d'anglophones. Ils sont chrétiens, mais
non catholiques.
Isssshhhhh....
La trame de fond qui définit le quotidien de Marguerite
(Maggie) est basée sur ces différences : la langue et la religion.
Elle est prise au piège : pas une vraie francophone
pour les francos et pas une réelle anglophone pour les anglos. On l'accuse (à
raison) de pas être portée sur la chose religieuse et, comme par voie de
conséquences (donc, à tort), d'être trop portée sur la chose sexuelle,
l'accusant de se donner à quiconque le souhaite.
C'était hier, bien sûr. La religion catholique était
déployée quotidiennement comme un livre de recettes qui impose des ingrédients
et des étapes nécessaires. Nécessaires sous peine d'excommunication ou de
séjour permanent en enfer. Rien que ça!
Bref, la menace était constante pour cette Maggie qui se
cherchait une place dans cette drôle de soupe sociale. Un fort caractère
l'habite en plus et elle comprend mal pourquoi les femmes peuvent voter, au
municipal, à Montréal, mais pas dans son village où le vote est encore à main
levée devant l'église!
C'était hier, bien sûr.
Au gré de la lecture, mes émotions se bousculent un peu. La
chose est donc très bien écrite! Et, à tout moment, je me dis qu'heureusement, les
choses ont changé.
C'était hier.
Mais, cette fois, c'était vraiment hier. Comme dans hier
soir. Un reportage au bulletin de nouvelles télévisées parle de la période de
réchauffement à laquelle les grandes firmes de sondage se livrent présentement
en vue du scrutin de l'automne.
Les firmes se préparent à honorer les demandes des partis
politiques québécois qui demanderont des coups de sonde quotidiens pour décoder
les intentions de vote du bon peuple. Évidemment, ils ajusteront
quotidiennement le tir par rapport au message qu'ils demanderont à des
spécialistes en résidence de polir et d'adapter au jour le jour.
On calculera de façon stratégique les attaques plus ou moins
personnelles envers les opposants. Il faudra s'assurer que la bonne attaque est
bien faite et qu'elle écorchera l'autre pendant quelques jours, le temps
d'influencer, idéalement, les fameux coups de sonde.
C'est une sorte de science, tout ça. Une science inexacte
mais qui se base sur des probabilités et des prévisibilités. Une sorte de météo
politique.
Hier soir, toujours, on entendait Charles Milliard, le chef
Libéral, attaquer Christine Fréchette de la CAQ sur une place qu'elle ne
prendra pas à une certaine table de négociation.
C'est parti, me suis-je dit.
Dans la saga historique, les accusations pleuvent pendant la
joute électorale : « allez-vous faire confiance à quelqu'un qui a de
la misère à gérer son champ de foin? » Ou encore : « allez-vous
vous fier à ce mollasson qui n'est qu'une grenouille de bénitier? »
Toutes ces accusations visaient à mettre l'attention collective
sur des traits personnels des opposants politiques. Pendant ce temps, on ne
parlait pas d'enjeux. L'objectif était d'être au pouvoir. Après, il serait
toujours temps d'expliquer pourquoi les choses sont comme ci ou comme ça.
C'était hier, disais-je.
Mais est-ce si différent aujourd'hui?
Au Fédéral, Poilièvre attaquait autrui et répétait les mêmes
phrases vides pendant toutes ses campagnes. Il s'est cassé les dents dans l'Est
du pays.
Peut-on y voir un message d'espoir?
Nos enjeux sociaux-économiques sont plus grands que la somme
des attaques et/ou insultes qui seront partagées à qui mieux-mieux.
Et nos enjeux environnementaux ne seront pas mis en lumière
dans les sondages quotidiens.
Ah! Et les coups de sonde quotidiens ne constitueront pas
une vision éclairée de projet de société.
Je me croise les doigts, mais j'ai bien peur qu'on répète
les mêmes accusations classiques. Qu'on cherchera les squelettes dans les placards.
Que les personnes candidates au poste de premier ninistre seront engluées dans
le même modèle que celui d'hier : prenons tous les moyens pour être au
pouvoir. On verra bien ensuite.
Hier comme demain, j'en ai peur.
Aujourd'hui, je vais prendre l'air du début août...
Clin d'œil de la semaine
Des personnes immigrantes s'occupent de nos parents dans les
CHSLD. On leur fait assez confiance pour s'occuper de nos aînés, mais on
entretient le doute par rapport à leur statut ici.
C'est prévu dans la charte des valeurs québécoises, cet état
de fait