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Notre histoire en archives : Ernest Lacharité, de maréchal-ferrant à garagiste


Par William Laguë, stagiaire aux Archives nationales du Québec à Sherbrooke
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Photo : Forge Ernest Lacharité, [vers 1907]. Archives nationales du Québec à Sherbrooke, fonds Sylvio Lacharité (P3). Photographe non identifié.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec Par Bibliothèque et Archives nationales du Québec
archives.sherbrooke@banq.qc.ca
Mardi 3 août 2021

Ceci est le premier d'une série de deux articles décrivant le parcours d'Ernest Lacharité, témoin de l'évolution vécue au Québec avec l'arrivée de l'automobile.

En 1907, Ernest Lacharité (1880-1939) fonde sa propre forge, la E. Lacharité Horseshoer, située au 8 de la rue Bridge, tout juste à la sortie du pont Aylmer (aujourd'hui la rue King Est). À cette époque, ce tronçon est une artère commerciale de la ville de Sherbrooke regroupant modistes, tailleurs, épiceries, hôtel. La forge Lacharité est localisée en fond de cour, à proximité de l'écurie O'Donnell. 

Histoire

Entre les numéros 6 et 10 de la rue Bridge se trouve le bâtiment gris en fond de cour avec l'inscription B. SM. pour blacksmith : il s'agit de la forge d'Ernest Lacharité correspondant au numéro 8. Insurance plan of Sherbrooke, Que. Goad, Chas. E. 1848-1910, (Charles Edward), Montreal, Chas. E. Goad, 1917, Toronto, p. 27. 

Au début du XXe siècle, moment où Ernest Lacharité fonde sa forge, le métier de forgeron constitue un métier d'économie communautaire. Le forgeron est connu des citoyens pour son service essentiel. D'ailleurs, il arrive qu'une personne s'abonne à une forge, à un coût fixe, afin d'y conduire son cheval aussi souvent que nécessaire. La forge Lacharité n'est pas qu'un simple commerce familial : elle s'offre des employés, comme le démontre cette petite annonce publiée dans le journal La Tribune le 10 mai 1912.

Maîtrisant toutes les dimensions du métier de forgeron, tels le martelage et le trempage, le maréchal-ferrant est également reconnu pour avoir un effet calmant sur les bêtes. En effet, la proximité des chevaux demande des gestes sûrs et rassurants afin d'éviter les ruades. Pour travailler avec une patte de cheval dans les mains en toute sécurité, il faut qu'une relation de confiance s'établisse entre le forgeron et l'animal.

La chaleur du feu et la poussière brassée par l'air du soufflet, la vapeur occasionnée par la saisie du fer rouge dans l'eau de trempe et le bruit régulier du martelage du métal donnent néanmoins à l'environnement des airs de petit enfer. Travailler à la sueur de son front : voilà une expression à laquelle Ernest Lacharité n'est certainement pas étranger!

Histoire

Intérieur de la forge d'Ernest Lacharité, [vers 1907]. Archives nationales du Québec à Sherbrooke, fonds Sylvio Lacharité (P3). Photographe non identifié.

 

Contrairement à la croyance populaire, le métier de maréchal-ferrant ne disparaît pas avec l'avènement de l'automobile au début du XXe siècle puisque les déplacements à cheval, en calèche et en charrette demeurent amplement en usage. Par la suite, malgré l'augmentation du nombre d'automobiles sur les routes, les hippomobiles - ces voiturettes tirées par des chevaux - demeurent en fonction pour la livraison jusque dans les années 1950. Aujourd'hui, le Québec compte moins de 500 maréchaux-ferrants, ultimes détenteurs de ce savoir-faire, qui font en sorte qu'il ne soit pas oublié.

La forge d'Ernest Lacharité demeure en fonction jusqu'en 1920. Le mois prochain, nous verrons de quelle façon le parcours professionnel d'Ernest Lacharité a été transformé par l'arrivée de l'automobile.

 

Sources :

BARON, Martin, « L'éloge de la Grise le cheval et la culture populaire au Québec (1850-1960) », thèse de maîtrise, Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 1997, 165 p.

BÉRUBÉ, Harold et autres (dir.), Pouvoir et territoire au Québec depuis 1850, Québec, Septentrion, 2017, 386 p.

BOUDREAU, Edouard, Sherbrooke City Directory for 1912-1913, Sherbrooke, 1912, 301 p.

DUPONT, Jean-Claude, « Ouvrage de forge », L'encyclopédie canadienne, www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/forge-ouvrage-de  (consulté le 15 mars 2021).

FAUGIER, Étienne, « Automobile, transports urbains et mutations : l'automobilisation urbaine de Québec, 1919-1939 », Urban History Review / Revue d'histoire urbaine, vol. 38, no 1, 2009, p. 26-37.

FAUGIER, Étienne, « L'économie de la vitesse : l'automobilisme et ses enjeux dans le département du Rhône et la région de Québec (1919-1961) », thèse de doctorat, Québec, Université Laval, 2013, 558 p.

GENEST, Bernard, « L'avènement de l'automobile et son impact sur les métiers traditionnels », Cap-aux-Diamants, no 45, 1996, p. 10-13.

KESTEMAN, Jean-Pierre, Histoire de Sherbrooke, tome 3 : La ville de l'électricité et du tramway (1897-1929), Sherbrooke, Éditions GGC, 2002, 292 p.

KESTEMAN, Jean-Pierre, Histoire de Sherbrooke, tome 4 : De la ville ouvrière à la métropole universitaire (1930-2002), Sherbrooke, Éditions GGC, 2002, 489 p.

La Société de Publication de l'Annuaire de la Cité de Sherbrooke (Enr.), Annuaire de la Cité de Sherbrooke et du Village de Lennoxville pour 1916-1917, Sherbrooke, 1916, 339 p.

LINTEAU, Paul-André, René DUROCHER et Jean-Claude ROBERT (dir.), Histoire du Québec contemporain, tome 1 : De la Confédération à la crise (1867-1929), Montréal, Boréal, 2002, 758 p.

« Petites annonces », La Tribune, 10 mai 1912,  https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/3503448?docsearchtext=ernest%20lacharite  (consulté le 22 mars 2021).

ROYER, J. P., Sherbrooke City Directory for 1910-1911, Sherbrooke, 1910, 355 p.

SOUMAHORO, Nantou, « Les maréchaux-ferrants, des artisans de plus en plus rares au Québec », Radio-Canada, 27 décembre 2019,  https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1430368/bruno-cote-marechalerie-marechale-ferrage-sabot-cheval  (consulté le 22 mars 2021).

TREMBLAY, Alex, « L'avènement de l'automobile au Québec : une petite Révolution tranquille au tournant du XXe siècle », Cap-aux-Diamants, no 111, 2012, p.17-21.

 

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