Pour juger des politiques gouvernementales en
matière de lutte au réchauffement climatique, il faut bien comprendre la
trajectoire proposée pour sortir des émissions de GES.
Avec l'accord de Paris sur le climat, en 2015,
cette trajectoire a pris forme. Elle fut adoptée par 190 pays suite à un long
processus et appuyée par les recherches de scientifiques du monde entier.
L'origine et la démarche
Le réchauffement du climat et les conséquences que
nous subissons de plus en plus dramatiquement a débuté très récemment, à savoir
il y a quelque 150 ans (1850 comme date approximative); ce qui correspond au
début de l'ère industrielle.
C'est l'exploitation des combustibles fossiles qui
en fut l'origine. On a commencé à extraire du sous-sol de notre planète des
matières qui avaient pris de 150 à 300 millions d'années à se former : le
charbon, puis le pétrole et enfin le gaz. Cette exploitation a créé un dôme, un
effet de serre, au-dessus de la terre qui a réchauffé le climat au-delà de ce
que la planète pouvait gérer. Ce stock de GES dans l'atmosphère a augmenté
chaque année depuis.
Déjà en 1972, le Club de Rome, dans un document
intitulé « Halte à la croissance », nous avertissait que notre modèle de
développement n'était pas viable à long terme car notre planète n'était pas
pourvue de ressources infinies.
Ce n'est qu'au sommet de la Terre à Rio, en 1992,
que les pays se réunissent pour discuter du problème. Deux ans plus tard, ils
s'engagent à le résoudre en adoptant la Convention cadre des Nations-unies sur
le climat en 1994. Puis, les pays adoptent un processus d'application
(protocole de Kyoto en 1997), finalement des engagements plus fermes sont
acceptés : une stratégie et des étapes pour la réaliser (accord de Paris en 2015).
La trajectoire
D'abord, on précise comme objectif de revenir à un
climat viable pour la planète, ce qui implique que la température ne doit pas
augmenter de plus de 2 ℃, idéalement 1,5 ℃.
Puis, l'échéance pour y arriver est fixée à l'an
2100. Mais comme nous continuerons chaque année à faire grossir le stock de GES
dans l'atmosphère, les scientifiques ont alors proposé une limite à laisser
augmenter le stock : l'an 2050.
C'est à ce moment que l'on doit atteindre la
carboneutralité. Cela signifie que l'on ne doit plus émettre de GES dans
l'atmosphère. À la limite, si notre modèle de développement en émet encore, on
devra les avoir annulés ou séquestrés avant qu'ils n'atteignent l'atmosphère.
Et les pays doivent planifier des échéances et des cibles intermédiaires.
À ce moment, nous aurons accumulé un stock maximum. Il
restera 50 ans pour le réduire, non seulement ne pas l'augmenter mais le
réduire au niveau de 1850 pour atteindre un niveau acceptable pour notre
planète et ainsi pour nous les humains et toute la vie sur terre. Ce sera la
partie la plus difficile, nous prévient-on.
À défaut de quoi, notre civilisation pourrait
disparaitre ou du moins être amputée grandement. Les scientifiques se perdent
en conjectures sur les scénarios possibles.
Où en sommes-nous ?
Au niveau mondial, les émissions de GES ont
atteint en 2023, 50,2 milliards de tonnes, en hausse de 1,3 % par rapport à
2022. Le rapport du Programme des Nations-unies pour l'environnement (PNUE)
rapporte que si nous ne donnons pas un coup de barre immédiatement nous
subirons une hausse de température de 3,1 ℃ d'ici la fin du siècle.
Toujours en 2023, le Canada a émis 694 millions de
tonnes de GES. Ces émissions sont constituées par 79 % de gaz carbonique, 16 %
de méthane et 4 % d'oxyde nitreux. Après une baisse de 10 % par rapport à 2005,
la diminution n'aura été que de 0,3 % en 2024 par rapport à 2023. Il faut
réaliser que pour atteindre 50 % en 2030, il faudra réduire de 347 millions de
tonnes nos émissions annuelles d'ici 4 ans. ??
Et que fait le gouvernement canadien ?
Depuis qu'il est au pouvoir, le gouvernement
canadien a aboli la taxe carbone (taxe sur l'essence) pour les individus, a
abandonné l'objectif prévu de réduire de 35 à 38% les émissions de
l'exploitation pétrolière en 2030, a reporté le resserrement des émissions de
méthane, a rejeté l'obligation de produire davantage de véhicules électriques,
a assoupli l'utilisation du gaz naturel, etc.
Mais surtout il base le développement futur de
notre économie sur la production et la vente des produits pétroliers en
finançant, en grande partie, un pipeline de l'Alberta à l'océan Pacifique ainsi
que les recherches sur la capture et le stockage du carbone. Les émissions de
GES ne pourront qu'augmenter. Il faut oublier l'atteinte de la carboneutralité
en 2050. Et ce, même si le secteur pétrolier et gazier représente 30 % des GES
au Canada.
La prémisse des décisions de l'accord de Paris
repose sur le fait que tous les pays, petits ou grands,
doivent prendre les mesures nécessaires pour atteindre l'objectif de la
carboneutralité en 2050.
Il en va de même pour les provinces à l'intérieur
du Canada. En ce sens, à quand l'atteinte de la carboneutrlité de l'Alberta qui
cumule a elle seule 38 % des GES du Canada et qui est la province qui émet le
plus de GES par habitant ? Le pipeline à construire est une infrastructure
prévue pour être en opération 40 à 50 ans.
Pas de bon augure, de plus en plus de
scientifiques nous alertent sur le fait que les recherches antérieures ont
sous-estimé l'accélération de la dégradation du climat. Ils nous exhortent à
sortir plus rapidement des énergies fossiles. M. Carney, vous n'êtes pas
sérieux. C'est désespérant.
Yves Nantel
Août 2026