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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Le budget des espoirs. Le budget désespoir

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi 18 mars 2024

On l'attendait, le budget. Monsieur Legault était sorti publiquement, une semaine avant, pour dire qu'il serait déficitaire et que c'était en grande partie à cause des contrats de travail qu'il venait de signer avec sa fonction publique.  

Bon.

Le ministre Girard, avec le dynamisme d'un escargot somnolent, a défilé un à un les éléments de son budget.

Malgré un déficit prévu énorme, tout le monde est déçu de ce budget. Ou presque.

C'est que les enjeux sont immenses.

Et on ne peut pas vivre dans un monde parallèle. L'économie et la consommation sont les moteurs de nos quotidiens. Tout est centré là-dessus.

C'est ce qui fait que tous les aspects, tant humains qu'économiques, sont présentés dans un budget monétaire, par le ministre des Finances. Il est certainement influencé par ses collègues, mais c'est l'argent qui finit par avoir le dernier mot.

Je vous propose cette image du lait qu'on met doucement à réchauffer dans une petite casserole. Le lait devient de plus en plus chaud. Et, à un moment, l'espace d'un clin d'œil, tout déborde.

Je crains que la température monte plus rapidement qu'on le voudrait dans la casserole sociale.

Le gouvernement est ouvertement économique dans son approche. Il a défié les règles environnementales pour donner tout l'espace à une usine de batteries de voitures. Je m'intéresse à la chose un peu et je lis que la technologie des batteries est sur le point de changer. Peut-être que l'idée est bonne, mais c'est risqué quand même.

Je me méfie des sorties massives d'argent pour des projets venus de nulle part.

Et je me méfie d'un gouvernement qui banalise les 6 millions de dollars échangés contre deux parties hors concours des Kings de Los Angeles. Je me méfie parce que le réflexe du ministre des Finances, qui a autorisé ce projet sur un coin de table, est de se vexer du fait qu'on ramène ça sur le tapis : « je ne comprends pas que vous me parliez de ça, s'exclame-t-il. C'est seulement 6 millions sur 115 milliards de dollars! » Et il ne badine pas. Il ne comprend juste pas que 6 millions, ça fait une énorme différence dans le réseau communautaire qui devient plus essentiel chaque mois. 

Par le tamis du budget

Tout passe par le budget. C'est comme ça. Tout est monnayable. Tout est argent. Soit.

Le gouvernement semble exaspéré devant toutes les demandes adressées. On finit par croire que toutes les organisations qui réclament plus du gouvernement sont des enfants gâtés qui ne se contentent jamais de ce qu'ils ont. Penser comme ça, c'est démontrer le degré de déconnexion avec la réalité quotidienne.

Derrière ces revendications, il y a des milliers de personnes âgées qui sont inquiètes par rapport au toit qu'ils peuvent avoir et aux soins qu'ils pourront recevoir. Il y a aussi des milliers de Québécois qui sont inquiets pour leur capacité à se loger convenablement. Il y a aussi des milliers de personnes qui vivent un stress financier. Quiconque a fait l'épicerie dernièrement comprend bien que des milliers de familles peinent à boucler leur budget.

Et attention, ce ne sont pas des paresseux ou des quêteux. Ce sont généralement des adultes qui mettent leurs ressources en commun pour naviguer dans l'univers social qui est le nôtre.

Le ministre des Finances parle d'un budget responsable. Ce genre de commentaire doit venir des autres, pas de soi-même.

Au-delà des idées de l'un et des opinions de l'autre, il y a des constats solides. Trop solides.

Parmi eux, le fossé qui s'élargit entre les mieux nantis et les plus pauvres. La classe dite moyenne n'a plus les moyens de son titre et glisse vers le bas de façon visiblement irrémédiable.

Et on semble dire qu'avec l'annonce d'une première baisse des taux d'intérêt au plus tard à l'automne, il se pourrait bien que le prix des maisons augmente.

La piscine creusée et la Tesla, ça peut être considéré comme quelque chose que quelqu'un finit par mériter. On parle d'items non vitaux. Ou s'ils sont vitaux, c'est que la personne qui le sent comme ça ne se concentre que sur elle-même...

Le loyer, l'habitation, l'accès aux services de santé, la prise en charge quand la santé mentale dérape, tout ça, ça ne relève pas du privilège des riches, ni du mérite.

Ce sont des droits minimaux auxquels il faut porter attention.

Le lait chauffe doucement dans la casserole.  

Il faudrait se mettre en tête qu'il est important d'éviter les débordements qui ne crieront pas gare avant de survenir...

 

Espérons, pour le bien de tous, qu'on finira par avoir les moyens de nos problèmes... 


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